Le 30 avril 2026, Northland Power a annoncé la signature d’un contrat d’achat d’énergie corporatif (CPPA) avec TSMC portant sur l’intégralité de la production du parc éolien offshore Hai Long, au large de Taïwan. Une fois les procédures administratives finalisées, prévues pour fin 2026, le fabricant de semi-conducteurs achètera les 1 022 MW de capacité brute du complexe pour les trente prochaines années. Ce n’est pas un achat d’énergie parmi d’autres : c’est le signal que la course aux puces IA repose désormais aussi sur des mégawatts renouvelables sécurisés à des décennies.
Un parc de 1 022 MW réparti en trois sites au large de Changhua
Hai Long est situé entre 45 et 70 kilomètres des côtes de Changhua, dans le détroit de Taïwan. Le complexe se divise en trois projets : Hai Long 2A (294 MW), Hai Long 2B (224 MW) et Hai Long 3 (504 MW). Northland Power en détient 30,6 %, Mitsui & Co. 40 % et Gentari International Renewables 29,4 %.
TSMC et Northland travaillent ensemble depuis 2022 : un premier accord couvrait déjà Hai Long 2B et Hai Long 3. Le nouveau CPPA intègre Hai Long 2A et consolide l’ensemble sous un contrat unique de trente ans. Pour Northland, cela améliore la visibilité sur les revenus à long terme. Pour TSMC, cela garantit une source d’énergie locale et verte dans un pays où l’approvisionnement électrique est devenu une contrainte stratégique à part entière.
Taïwan a planifié 15 GW de capacité éolienne en mer d’ici 2035, avec une moyenne d’environ 1,5 GW d’appels d’offres par an, selon Enerdata. L’accord TSMC-Northland s’inscrit dans ce programme, mais son envergure dépasse un contrat green power classique : il finance et sécurise un parc entier sur le long terme, ce qui modifie la logique de financement du secteur éolien offshore taïwanais.
TSMC consomme déjà 10 % de l’électricité de Taïwan — et ça va doubler
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) indique que TSMC a consommé plus de 20 TWh en 2023, soit près de 10 % de la consommation électrique totale de l’île. Ce chiffre, déjà exceptionnel pour une seule entreprise, pourrait grimper à 24 % du total taïwanais d’ici 2030 si l’expansion continue au rythme actuel, selon des estimations de S&P Global relayées par Data Center Dynamics.
La pression n’est pas seulement climatique. Taïwan est fortement dépendant des importations d’hydrocarbures pour son mix électrique, et TSMC est au cœur d’une industrie critique pour l’économie mondiale. Ses puces alimentent les serveurs IA, les smartphones, les véhicules électriques et les systèmes de défense. Une tension dans l’approvisionnement électrique de l’île aurait des répercussions industrielles et géopolitiques bien au-delà de ses frontières.
TSMC a révisé ses objectifs climatiques ces dernières années : 60 % d’électricité renouvelable d’ici 2030, neutralité carbone en 2050, et 100 % d’électricité renouvelable dans ses opérations mondiales avancé à 2040. Avant Hai Long, la société avait déjà signé un accord avec Ørsted pour 920 MW issus du parc Greater Changhua (2020), puis avec WPD pour plus de 1 GW éolien en 2021. Ces engagements successifs révèlent une stratégie délibérée de sécurisation énergétique, pas un effort ESG de façade.
L’énergie s’impose comme un avantage compétitif dans la fabrication de puces
La fabrication avancée de semi-conducteurs est parmi les activités les plus énergivores qui soient. Chaque génération technologique — 2 nm, 1,6 nm — exige une lithographie EUV, des salles blanches climatisées, un traitement d’eau ultra-pure, des gaz spéciaux et des équipements en fonctionnement continu. Plus le procédé est avancé, plus la consommation augmente. L’IA y ajoute une pression supplémentaire : la demande en wafers pour accélérateurs GPU et ASIC a explosé depuis 2023, et TSMC concentre l’essentiel de cette production mondiale.
L’AIE estime que les centres de données ont consommé environ 415 TWh en 2024, soit 1,5 % de la consommation mondiale. En 2030, ce chiffre pourrait dépasser 945 TWh sous l’effet de l’IA. Mais cette demande commence bien avant le datacenter : dans les usines qui produisent les puces. La pression de l’IA sur l’approvisionnement en matériaux pour semi-conducteurs — cuivre comme électricité — touche l’ensemble de la chaîne.
L’énergie cesse d’être un coût d’exploitation pour devenir une ressource à sécuriser en amont. L’infrastructure électrique est déjà au cœur du débat sur la souveraineté de l’IA, que ce soit pour alimenter des datacenters ou des fabs. Les acteurs qui ne verrouillent pas leur approvisionnement risquent de se retrouver contraints — par les réglementations, par les marchés ou par la physique du réseau.
Pour Taïwan, l’équation est délicate : rester le centre mondial de la fabrication avancée de puces tout en gérant un système électrique sous tension croissante. Davantage de renouvelables, du stockage, des réseaux plus solides, une meilleure efficacité industrielle — et peut-être un débat relancé sur le nucléaire — font partie des réponses possibles. TSMC n’y sera pas un acteur parmi d’autres : sa consommation est si importante qu’elle orientera en partie la politique énergétique de l’île pour les décennies à venir.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le CPPA signé entre TSMC et Northland Power ?
Un contrat d’achat d’énergie corporatif (Corporate Power Purchase Agreement) de trente ans, par lequel TSMC s’engage à racheter l’intégralité de la production du parc Hai Long une fois les autorisations administratives obtenues, prévues pour fin 2026.
Quelle est la capacité totale de Hai Long ?
1 022 MW bruts, répartis entre Hai Long 2A (294 MW), Hai Long 2B (224 MW) et Hai Long 3 (504 MW), situés entre 45 et 70 km au large de Changhua, dans le détroit de Taïwan.
Pourquoi TSMC consomme-t-elle autant d’électricité ?
La fabrication de semi-conducteurs avancés — lithographie EUV, salles blanches, traitement d’eau ultra-pure — exige d’importantes quantités d’électricité en continu. TSMC a consommé plus de 20 TWh en 2023, soit environ 10 % de l’électricité totale de Taïwan. La montée en puissance des puces IA accentue cette demande chaque année.
Quels sont les objectifs climatiques de TSMC ?
60 % d’électricité renouvelable d’ici 2030, 100 % dans ses opérations mondiales d’ici 2040 et neutralité carbone en 2050. Hai Long s’ajoute aux accords déjà conclus avec Ørsted (920 MW, Greater Changhua, 2020) et WPD (1 GW éolien, 2021).
Quelle part de l’électricité taïwanaise TSMC pourrait-elle consommer en 2030 ?
Selon S&P Global, la part de TSMC pourrait passer de 8 % en 2023 à près de 24 % en 2030 si l’expansion de la fabrication avancée se poursuit au rythme actuel. Un défi considérable pour la planification énergétique de l’île.
via : northlandpower