La Chine obtient de la HBM de contrebande cachée dans des serveurs, selon The Information

Des contrebandiers introduisent en Chine de la mémoire HBM (mémoire à haute bande passante) montée dans des packages avec des processeurs de serveur peu performants, pour ensuite la séparer et la revendre, selon The Information, qui cite des sources au fait du dossier. L’astuce exploite le fait que les règles d’exportation américaines évaluent la puissance de calcul de ces packages d’après le processeur et non d’après la mémoire. La HBM qui arrive ainsi finirait souvent entre les mains de clients de Huawei, dont le prochain accélérateur, l’Ascend 960DT, dépend en grande partie de mémoire de Samsung et de SK hynix.

Les points clés de la contrebande de HBM vers la Chine en 30 secondes

  • La méthode : la HBM voyage avec des processeurs de serveur modestes et est démontée à la chaleur à son arrivée en Chine.
  • La destination : des clients de Huawei, qui a besoin de HBM pour son Ascend 960DT, prévu pour le premier trimestre 2027.
  • La pénurie locale : CXMT afficherait un rendement de 20 % à 30 % en HBM3E, contre 70 % pour SK hynix, selon Reuters.
  • L’effet : Huawei, Cambricon et d’autres fabricants chinois relèvent les prix de leurs puces d’IA.

L’information a été compilée par TrendForce à partir de The Information, Reuters et Financial Times, et dessine un marché chinois des puces d’IA où la mémoire est devenue le goulot d’étranglement. Les États-Unis restreignent la vente de HBM avancée à la Chine, et les fournisseurs locaux ne produisent encore ni en quantité suffisante ni avec la qualité nécessaire.

Chaleur, soudure et processeurs jetés

Selon The Information, la procédure est simple à décrire et délicate à exécuter. Les contrebandiers encapsulent les piles de HBM avec des processeurs de serveur peu performants, de sorte que l’ensemble reste sous les seuils de puissance fixés par les règles d’exportation, calculés sur le processeur. Lorsque les packages arrivent en Chine, des techniciens les chauffent pour ramollir la soudure, retirent les piles de mémoire et jettent les processeurs. Le processus présente un risque élevé d’endommager la HBM mais, toujours selon la publication, les bénéfices en valent la peine.

La destination habituelle de cette mémoire serait des clients de Huawei. L’entreprise prépare l’Ascend 960DT, qu’elle a avancé au premier trimestre 2027 et qui, selon The Information, doublera la bande passante et la capacité mémoire de son processeur d’IA actuel. Cette puce dépendrait en grande partie de HBM de Samsung et de SK hynix, à laquelle Huawei ne peut pas accéder directement en raison des restrictions américaines. La publication affirme que Huawei a demandé à certains clients de se procurer la mémoire par leurs propres moyens. Elle travaille aussi avec DeepSeek pour adapter la puce au préentraînement de modèles, une tâche pour laquelle l’entreprise d’IA ne dépendait jusqu’ici que de NVIDIA.

Les fabricants chinois de mémoire ne suivent pas

Les fournisseurs nationaux ne comblent pas le vide. The Information signale que Fujian Jinhua, un fabricant de mémoire sanctionné par les États-Unis qui fournit Huawei depuis des années, est en retard sur ses concurrents sud-coréens en matière de technologie et n’a pas la capacité de répondre à la demande des clients de Huawei. Reuters, pour sa part, rapporte que le rendement de fabrication de la HBM3E de CXMT reste compris entre 20 % et 30 %, loin des 70 % environ qu’atteint SK hynix. Avec de tels chiffres, une part importante de la production est perdue.

La pénurie se répercute sur les prix. Selon The Information, Huawei a indiqué à certains clients qu’elle relève le prix recommandé de l’Ascend 950DT, sa puce d’IA la plus puissante, au-delà de 250 000 yuans, soit environ 37 000 dollars. La publication estime que le 950DT offre environ la moitié des performances brutes du H100 de NVIDIA, lancé en 2022, et qu’il coûte désormais autant que le B200, dont les livraisons ont commencé l’an dernier. Reuters ajoute que Cambricon a relevé de 20 % à 30 % le prix indicatif de sa prochaine puce 690, et que MetaX et Iluvatar CoreX auraient appliqué des hausses similaires.

NVIDIA limite aussi l’accès par le cloud

L’autre voie dont disposent les entreprises chinoises pour entraîner des modèles, louer de la capacité dans des centres de données hors de Chine, se rétrécit aussi. Selon le Financial Times, qui cite des sources, NVIDIA a indiqué à ses clients de cloud computing qu’au moins 51 % de leurs services doivent être vendus à des entreprises non chinoises, ce qui oblige ses partenaires à réduire leur exposition aux clients chinois. Washington tente ainsi de fermer l’accès aux puces américaines avancées via des services cloud à l’étranger.

Aucune des entreprises citées n’a confirmé publiquement la méthode de contrebande, et les chiffres de rendement et de prix proviennent de sources anonymes relayées par la presse. Ce qui concorde en revanche avec d’autres données connues, c’est la tendance : la Chine accélère ses propres puces d’IA, mais la mémoire à haute bande passante reste la pièce qu’elle a le plus de mal à fabriquer.

Questions fréquentes

Comment la HBM de contrebande arrive-t-elle en Chine ?

Selon The Information, elle est encapsulée avec des processeurs de serveur peu performants, qui déterminent la puissance évaluée par les règles d’exportation. En Chine, le package est chauffé, la mémoire est retirée et le processeur est jeté.

Pourquoi Huawei a-t-elle besoin de HBM ?

Son prochain accélérateur, l’Ascend 960DT, prévu pour le premier trimestre 2027, dépendrait en grande partie de HBM de Samsung et de SK hynix, à laquelle elle ne peut pas accéder directement en raison des restrictions des États-Unis.

Combien coûte désormais l’Ascend 950DT ?

Selon The Information, Huawei a relevé son prix recommandé au-delà de 250 000 yuans, soit environ 37 000 dollars.

Source : TrendForce, à partir de The Information, Reuters et Financial Times

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