Apple et Intel bifurquent à nouveau : le tournant historique potentiel de la puce

Apple veut fabriquer 10 millions de MacBook Neo malgré le engorgement des puces

Apple et Intel pourraient être sur le point de concrétiser l’une des reconcilations industrielles les plus emblématiques du secteur technologique. Selon The Wall Street Journal, relayé par Reuters, ces deux entreprises ont conclu un accord préliminaire permettant à Intel de fabriquer certains chips destinés aux appareils Apple. Si cet accord ne précise pas encore quels processeurs ou quels produits spécifiques seront concernés, il ouvre néanmoins une porte qui semblait auparavant inimaginable : Apple pourrait redevenir dépendante d’Intel, mais pas comme fournisseur de CPU x86 pour Mac, plutôt comme fabricant externe de semi-conducteurs conçus par Apple elle-même.

Ce mouvement s’inscrit dans un contexte de pression croissante tout au long de la chaîne mondiale des semi-conducteurs. Apple dépend presque entièrement de TSMC pour ses puces les plus avancées, allant des A de l’iPhone aux M pour Mac et iPad. Cette relation a été un pilier du succès d’Apple Silicon, mais elle concentrée aussi un risque considérable en un seul fournisseur, à un moment où la demande en capacité avancée explose, notamment dans le contexte de l’intelligence artificielle, avec des acteurs comme NVIDIA, AMD, Broadcom et d’autres grands clients.

Les informations disponibles à ce stade nécessitent de la prudence. Certaines fuites évoquent un éventuel A21 comme candidat, ainsi qu’un futur MacBook Neo comme produit potentiellement concerné, mais Reuters et The Wall Street Journal n’ont pas officiellement confirmé le type de chip ni l’appareil. Cela signifie que la spéculation autour du A21 ou d’un MacBook Neo de prochaine génération fabriqué par Intel reste une hypothèse, et non un fait avéré. Ce qui semble clair, c’est que l’objectif de cette opération est la diversification de la fabrication : Apple souhaite élargir ses options, tandis qu’Intel doit prouver que ses activités de fonderie peuvent attirer des clients de premier ordre.

Intel redevient pertinent pour Apple, mais dans un rôle différent

La relation entre Apple et Intel semblait close depuis la transition vers Apple Silicon. Entre 2020 et 2023, Apple a progressivement remplacé ses processeurs Intel par ses propres puces basées sur Arm, fabriquées par TSMC. Cette transition a été un coup dur pour Intel, tout en étant une démonstration de force pour Apple : meilleures performances par watt, intégration accrue du hardware et du software, et une gamme de Mac plus différenciée face au PC traditionnel.

Désormais, l’éventuel accord pourrait changer complètement la donne. Selon ce qui est connu, Intel ne redeviendrait pas, au moins pour l’instant, le concepteur des principaux chips d’Apple, mais plutôt un fournisseur de fonderie. Autrement dit, Apple conserverait le contrôle du design, tout en utilisant des usines Intel pour produire une partie de ses semiconducteurs. Cette distinction est fondamentale. Apple ne reviendrait pas à l’architecture x86, mais chercherait une seconde voie pour la fabrication de ses propres processeurs.

Pour Intel, l’impact en termes d’image serait considérable. Sa division Intel Foundry tente depuis des années de convaincre le marché de sa capacité à concurrencer TSMC et Samsung en tant que fournisseur pour tiers. Acquérir un client comme Apple représenterait un signe de confiance difficile à égaler. The Verge rappelle qu’Apple explore déjà la fabrication aux États-Unis et que des précédents rapportaient des discussions avec Intel et Samsung pour réduire la dépendance à TSMC.

Le contexte géopolitique pèse également. Les États-Unis souhaitent renforcer la fabrication nationale de semi-conducteurs et réduire leur dépendance envers l’Asie, en particulier Taiwan. La fabrication chez Intel pour une partie des chips Apple s’inscrirait dans cette stratégie, bien que de nombreux détails restent à préciser : nœuds de fabrication, volumes, coûts, calendriers, et performances.

Le MacBook Neo et la pression sur les chips d’entrée de gamme

Le lancement du MacBook Neo ajoute une dimension intéressante. Apple commercialise déjà ce portable équipé du chip A18 Pro, un processeur issu de la famille des siliciums pour iPhone. Sur le site officiel en Espagne, on trouve un A18 Pro avec CPU six cœurs, GPU cinq cœurs, Neural Engine de 16 cœurs, 8 Go de mémoire unifiée, et un bande passante mémoire de 60 Go/s.

Ce modèle s’inscrit dans la stratégie d’Apple visant à proposer un Mac plus abordable en utilisant un processeur à haute efficacité, déjà amorti et fabriqué en grande quantité. Cependant, il crée aussi une tension manifeste. Si Apple utilise des chips issus de la famille iPhone dans ses ultraportables d’entrée de gamme et doit en même temps produire des millions de chips pour iPhone, iPad et autres appareils, la capacité de TSMC devient encore plus critique.

C’est là que Intel pourrait intervenir en tant que partenaire industriel. Pas forcément pour fabriquer dès le départ les chips les plus avancés ou en très grandes volumes, mais pour absorber une partie de la demande dans des segments spécifiques : produits d’entrée de gamme, chips auxiliaires, ou futurs designs où Apple pourrait optimiser le rapport coût, disponibilité et risque géopolitique.

L’hypothèse d’un A21 fabriqué par Intel est séduisante, car elle correspondrait à une future génération du MacBook Neo tout en diversifiant la chaîne d’approvisionnement. Toutefois, aucune confirmation officielle n’a été communiquée. Macworld souligne que les détails sont rares et que les informations actuelles évoquent simplement un accord préliminaire pour la fabrication « de certains chips », sans précisions sur les familles concernées.

TSMC restera central, même si Apple explore des alternatives

Ce potentiel accord ne doit pas être perçu comme une rupture avérée entre Apple et TSMC. Ce serait peu réaliste. TSMC demeure le fabricant le plus avancé et fiable pour bon nombre des chips haut de gamme d’Apple. La société taïwanaise a été essentielle pour maintenir l’avantage d’Apple en termes d’efficacité et de performance vis-à-vis de ses concurrents.

Ce qui ressort, c’est que même avec tout son pouvoir d’achat, Apple ne souhaite pas dépendre d’une seule chaîne d’approvisionnement. La montée en puissance de l’intelligence artificielle met en tension la capacité des nœuds avancés. Les risques géopolitiques liés à Taiwan persistent. Et la pression exercée par des gouvernements comme celui des États-Unis pour relocaliser la fabrication de semi-conducteurs ne faiblit pas.

Pour Intel, le défi sera de prouver que ses processus peuvent respecter les standards d’Apple. Fabriquer des chips pour Apple ne consiste pas simplement à disposer d’une usine. Il faut un rendement élevé par wafer, une efficacité énergétique optimale, une haute densité, une qualité irréprochable, des capacités d’emballage avancées, le respect des délais, et une relation d’ingénierie très étroite. Apple est rigoureuse sur la consommation, l’autonomie et la performance, et tolérera peu de déviations.

Si Intel parvient à dépasser cette barrière, l’accord pourrait devenir un tremplin pour attirer d’autres clients. Confier une partie de sa production à Intel renforcerait la crédibilité de sa division Foundry, susceptible de séduire d’autres fabricants cherchant une alternative fiable à TSMC et Samsung. Sinon, ce partenariat resterait une affaire plus politique que technique, sans changement profond durable.

Une stratégie défensive pour Apple et une enjeu vital pour Intel

Pour Apple, il s’agit surtout d’une démarche défensive. La société n’a pas besoin d’Intel pour concevoir ses chips, mais elle pourrait nécessiter davantage de capacité, de résilience et de diversification. Dans un marché où les chips sont devenus une infrastructure stratégique, avoir un second fournisseur avancé est aussi précieux qu’une amélioration immédiate de performance.

Pour Intel, en revanche, la situation revêt un caractère presque existentiel. Son activité classique de CPU a perdu de son lustre face à AMD, Arm et Apple Silicon. Son ambition de devenir un foundry majeur requiert des clients externes solides, et Apple représente en cela un partenaire potentiel de poids, capable d’apporter une crédibilité essentielle au secteur.

La paradoxe est frappante. Apple a quitté Intel pour prendre le contrôle de ses Mac, et pourrait aujourd’hui se tourner à nouveau vers Intel pour renforcer cette maîtrise, mais du côté de la fabrication. Il ne s’agirait pas d’un retour en arrière, mais d’une illustration de la mutation du secteur : concevoir de bons chips ne suffit plus si l’on ne peut garantir une capacité suffisante pour les produire.

La course à l’IA a soudainement fait de chaque wafer avancée une ressource clé. La demande en accélérateurs, mémoire, CPU, puces mobiles ou processeurs sur mesure oblige les grandes entreprises à penser comme des industriels, pas simplement comme des concepteurs de logiciels ou de devices. Apple ne fait pas exception.

Si le partenariat Apple-Intel se concrétise, ce ne seront pas seulement les futurs MacBook Neo, iPhone ou chips A qui en bénéficieront. Ce sera aussi une épreuve pour l’ensemble du secteur : si Intel peut produire pour Apple, sa crédibilité en tant que foundry grand public s’en trouvera renforcée. Et si Apple parvient à diversifier ses sources sans perdre en efficacité, elle aura franchi une étape importante pour sécuriser sa chaîne d’approvisionnement face à un avenir incertain.

Foire aux questions

Apple retravaillera-t-elle à l’avenir avec des processeurs Intel x86 pour ses Macs ?
Aucune indication ne le suggère. L’accord évoqué par plusieurs médias concerne la fabrication de chips conçus par Apple, et non un retour à l’utilisation de CPU x86 d’Intel.

Est-il confirmé qu’Intel fabriquera le chip A21 ?
Non. Certaines sources évoquent cette possibilité, mais ni Reuters ni The Wall Street Journal n’ont confirmé quels chips précis Intel produirait pour Apple.

Pourquoi Apple cherche-t-elle un autre fournisseur en plus de TSMC ?
Pour réduire sa dépendance, assurer plus de capacité de production, et se prémunir contre les goulets d’étranglement dus à la demande croissante en IA et aux tensions géopolitiques.

Quels avantages pour Intel dans cet accord ?
Gagner en crédibilité pour Intel Foundry. Avoir Apple comme client serait un levier puissant pour attirer d’autres contrats de fabrication avancée.

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