Amazon rachète Globalstar pour 11,6 Md$ et défie Starlink avec Apple

Amazon Leo et Globalstar : constellation de satellites LEO pour la connectivité directe vers les mobiles

Onze milliards cinq cent soixante-dix millions de dollars. C’est le prix qu’Amazon a accepté de payer pour acquérir Globalstar, opérateur de satellites en orbite terrestre basse (LEO), dans ce qui constitue l’un des mouvements stratégiques les plus ambitieux de la firme depuis son entrée dans le cloud computing. Simultanément, Amazon a conclu un partenariat avec Apple pour que le futur réseau Amazon Leo prenne en charge les fonctionnalités satellitaires sur iPhone et Apple Watch. L’objectif est clair : combler d’urgence le retard accumulé face à Starlink et positionner Amazon comme un acteur incontournable de la connectivité directe depuis l’espace vers les appareils mobiles.

Le marché de la connectivité satellitaire est en pleine recomposition. SpaceX opère aujourd’hui plus de 10 000 satellites Starlink et travaille activement sur des services direct-to-cell avec plusieurs opérateurs mobiles. Amazon, en revanche, n’avait déployé qu’une centaine de satellites Kuiper — renommé Amazon Leo — et se retrouvait en position de challenger lointain. L’acquisition de Globalstar change radicalement la donne.

Contexte et enjeux : pourquoi Globalstar, pourquoi maintenant

La compétition pour la connectivité spatiale directe aux mobiles (D2D, direct-to-device) est devenue l’un des fronts les plus disputés de l’industrie tech en 2026. Starlink a l’avantage du nombre et de l’antériorité, AST SpaceMobile progresse sur le segment mobile, et plusieurs opérateurs télécoms cherchent des partenaires satellites pour étendre leur couverture. Dans ce contexte, Amazon avait besoin d’accélérer, et le développement organique seul ne suffisait pas.

Globalstar offre exactement ce qu’il manquait à Amazon Leo : des satellites déjà en orbite, un spectre radioélectrique avec des licences harmonisées à l’international, et surtout une expérience opérationnelle dans les services mobiles satellitaires. Dans ce secteur, les licences spectrales sont l’actif le plus précieux et le plus difficile à reproduire — elles prennent des années à obtenir et sont soumises à des régulations internationales strictes. Amazon n’achète pas seulement une infrastructure : elle achète du temps et des droits d’accès que ses concurrents ne peuvent pas imiter rapidement.

La souveraineté numérique est également au cœur de la logique de cette acquisition. À l’heure où les États et les entreprises cherchent à réduire leur dépendance aux infrastructures contrôlées par un seul acteur — comme en témoigne l’essor des approches de type souveraineté opérationnelle portée par des acteurs comme Kyndryl — Amazon se positionne pour offrir une alternative crédible à Starlink dans les marchés sensibles.

Les faits : une transaction à 11,57 milliards avec Apple dans la boucle

Les conditions financières de l’accord prévoient que les actionnaires de Globalstar recevront 90 dollars par action en numéraire ou pourront opter pour un échange contre 0,3210 actions Amazon, avec un plafond fixé à 40 % pour l’option en liquide. Des mécanismes d’ajustement sont prévus si Globalstar n’atteint pas certains jalons opérationnels. La clôture de la transaction est attendue en 2027, sous réserve des approbations réglementaires habituelles.

Le volet Apple est tout aussi significatif. Globalstar était déjà le partenaire satellite d’Apple pour les fonctions SOS d’urgence par satellite, la messagerie hors réseau et l’assistance routière sur certains modèles d’iPhone et d’Apple Watch. En reprenant Globalstar, Amazon garantit la continuité de ces services tout en scellant une relation commerciale directe avec Cupertino pour les développements futurs d’Amazon Leo. Greg Joswiak, responsable mondial du marketing produit chez Apple, a expressément salué cette continuité dans la communication officielle conjointe.

Pour Apple, cette opération dissipe une incertitude stratégique majeure : la pérennité de sa connectivité satellitaire d’urgence, qui est devenue une fonctionnalité différenciante pour l’iPhone sur les marchés premium. Comme l’illustre la bataille que se livre Apple sur le front des puces mémoire, la firme de Cupertino multiplie les axes de différenciation matérielle — et la connectivité spatiale en fait désormais partie.

Analyse : une offensive calibrée contre l’avance de Starlink

Il faut mesurer l’ampleur du défi. Starlink dépasse les 10 000 satellites actifs et génère selon les estimations plus de 8 milliards de dollars de revenus annuels. Amazon Leo en est encore à ses premières dizaines de satellites. Dans ce contexte, racheter Globalstar est moins un coup de génie qu’une nécessité stratégique : sans cet accélérateur, Amazon risquait de rater la fenêtre de déploiement commercial du D2D, qui se joue dans les 24 à 36 prochains mois.

L’apport de Globalstar dépasse cependant la simple masse de satellites. La valeur tient surtout au spectre : des bandes de fréquences avec des licences opérationnelles dans de nombreux pays, un atout que même les géants ne peuvent pas créer de toutes pièces. C’est précisément ce que Starlink a mis des années à construire, et qu’Amazon vient de s’offrir en une seule transaction. L’opération réduit l’écart concurrentiel d’au moins trois à cinq ans par rapport à un développement interne.

Sur le plan de la concurrence, l’alliance Amazon-Apple change aussi les règles du jeu vis-à-vis des opérateurs mobiles traditionnels. Un iPhone connecté en permanence via Amazon Leo — même hors couverture terrestre — est un argument commercial puissant pour Apple, et un levier de négociation inédit pour Amazon dans ses discussions avec les MNOs (opérateurs de réseau mobile) en Europe, en Amérique latine et en Asie-Pacifique.

Perspectives : le D2D comme prochain champ de bataille

Amazon vise 2028 pour déployer son système D2D de nouvelle génération. Ce calendrier est ambitieux mais réaliste compte tenu de l’infrastructure Globalstar déjà en orbite. Les cas d’usage ciblés sont multiples : connectivité d’urgence pour le grand public, continuité d’activité pour les entreprises en zones blanches, gestion de flottes et IoT industriel, logistique en zones reculées, et résilience des infrastructures critiques face aux catastrophes naturelles.

Le marché adressable est colossal. Selon les estimations de l’industrie, plus de 3 milliards de personnes vivent dans des zones avec une couverture terrestre insuffisante ou inexistante. Les gouvernements, notamment en Europe avec la réglementation sur les infrastructures critiques, cherchent activement des solutions de connectivité de secours. Amazon Leo/Globalstar sera en bonne position pour répondre à ces appels d’offres — à condition que l’intégration technique se passe sans accroc majeur.

L’inconnue principale reste réglementaire. La FCC aux États-Unis, mais aussi les autorités européennes et asiatiques, scruteront de près une opération qui concentre davantage de spectre LEO entre les mains d’Amazon. Si des conditions d’accès sont imposées — notamment pour les opérateurs tiers — la rentabilité du modèle pourrait en être affectée. Amazon devra naviguer habilement entre l’ambition industrielle et les contraintes de la régulation des télécommunications.

Questions fréquentes sur l’acquisition de Globalstar par Amazon

Combien Amazon paiera-t-elle pour Globalstar ?
Amazon a annoncé l’acquisition de Globalstar pour 11,57 milliards de dollars. Les actionnaires de Globalstar peuvent choisir entre 90 dollars par action en numéraire ou un échange contre 0,3210 actions Amazon, avec un plafond de 40 % pour l’option en liquide. La clôture est prévue en 2027.

Qu’est-ce que le service D2D (direct-to-device) qu’Amazon prévoit de lancer ?
Le D2D permet à un satellite de communiquer directement avec un téléphone mobile standard, sans antenne terrestre intermédiaire. Amazon Leo prévoit de proposer ce service d’ici 2028, permettant voix, données et messagerie dans les zones sans couverture terrestre.

Que change cette acquisition pour les utilisateurs d’iPhone et d’Apple Watch ?
Globalstar était déjà le partenaire satellite d’Apple pour les fonctions SOS d’urgence, la messagerie hors réseau et l’assistance routière. Amazon garantit la continuité de ces services et s’engage à les développer dans le cadre d’Amazon Leo, sans interruption pour les utilisateurs actuels.

Amazon Leo peut-il vraiment rattraper Starlink ?
Avec cette acquisition, Amazon réduit significativement l’écart en termes de spectre, de satellites opérationnels et d’expertise. Cependant, Starlink conserve une avance considérable en nombre de satellites (plus de 10 000) et en base clients. Le vrai différenciateur pour Amazon Leo sera la profondeur du partenariat avec Apple et la vitesse de déploiement D2D d’ici 2028.

Amazon Leo remplacera-t-il les opérateurs mobiles traditionnels ?
Non, l’objectif affiché est complémentaire : connecter les zones sans couverture terrestre et offrir une redondance aux opérateurs mobiles (MNOs). Amazon positionne Amazon Leo comme un partenaire des télécoms, non comme un concurrent direct. Cela dit, la dynamique à long terme pourrait évoluer à mesure que la technologie D2D mature.

Quelles sont les implications réglementaires de cette transaction ?
L’opération est soumise aux approbations de la FCC (États-Unis) et d’autres régulateurs internationaux. Les autorités veilleront à la concentration du spectre LEO entre les mains d’Amazon. Des conditions d’accès pour les opérateurs tiers pourraient être imposées, ce qui affecterait le modèle économique final d’Amazon Leo.

Source : Amazon Official Announcement

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