Quatre-vingt-trois pour cent des dirigeants IT considèrent que les réglementations sur la souveraineté des données ont gagné en importance dans leurs décisions au cours des douze derniers mois. Soixante-dix pour cent des PDG admettent que leur environnement cloud actuel a été construit « plus par hasard que par conception ». Ces chiffres, extraits du Kyndryl Readiness Report 2026, résument le défi auquel fait face toute grande organisation aujourd’hui : la souveraineté numérique n’est plus un débat de conformité réglementaire, c’est un risque opérationnel concret.
Kyndryl répond à cette réalité avec le lancement de Sovereignty Solutioning, une gamme complète de services de conseil, d’implémentation et d’exploitation gérée. Au cœur de cette offre : le Sovereignty Readiness Assessment, un outil de diagnostic destiné à cartographier les dépendances technologiques cachées dans les environnements hybrides, du cloud à l’intelligence artificielle, en passant par la sécurité et la gouvernance des données.
Contexte et enjeux : pourquoi 2026 marque un tournant
La souveraineté numérique était encore, il y a cinq ans, un concept essentiellement européen et très théorique, souvent associé au RGPD et à la localisation physique des données. Ce cadre a été brutalement dépassé. Les tensions commerciales entre États-Unis et Chine, l’élargissement des sanctions économiques, la montée en puissance des législations extraterritoriales comme le CLOUD Act américain, et l’expansion rapide de l’intelligence artificielle dans les systèmes critiques ont transformé la souveraineté en question de résilience opérationnelle.
La question n’est plus « où sont mes données ? » mais « qui peut opérer, modifier, bloquer ou conditionner ma technologie ? ». C’est précisément l’angle qu’adopte Kyndryl. Fariba Wells, vice-présidente senior en affaires gouvernementales chez l’entreprise, est explicite : « La souveraineté n’est plus une question théorique ou de politique publique. C’est un risque opérationnel que les organisations doivent adresser dès maintenant. » Ce positionnement coïncide avec un mouvement plus large en Europe, où plusieurs États réévaluent leur dépendance aux hyperscalers américains — comme en témoigne la décision de la France d’accélérer sa transition vers des alternatives souveraines, accentuée après le séminaire de la DINUM en avril 2026.
Sovereignty Readiness Assessment : cartographier l’invisible
Le Sovereignty Readiness Assessment constitue la pièce maîtresse de l’offre. Contrairement à un audit de conformité classique qui se concentre sur des cases à cocher, cette évaluation vise à identifier les risques opérationnels réels dans trois domaines fondamentaux :
- Données : résidence, traitement, gouvernance et accès par des tiers.
- Opérations : qui gère l’environnement, quelles dépendances contractuelles existent envers des fournisseurs potentiellement soumis à des juridictions étrangères.
- Technologie : toute la pile — cloud, matériel, systèmes d’exploitation, bases de données, middleware, applications, modèles d’IA.
À partir de ce diagnostic, Kyndryl construit une feuille de route par phases : quelles charges sécuriser en priorité, quelles dépendances réduire, quelles alternatives tester, quelles données isoler et quels mécanismes de continuité activer si un fournisseur devient indisponible ou fait l’objet de sanctions.
L’originalité de l’approche réside dans sa granularité. Beaucoup d’entreprises croient maîtriser leur architecture cloud parce qu’elles ont signé un contrat de résidence des données dans l’Union européenne. Mais le risque réel est souvent ailleurs : dans la clé de chiffrement gérée par un tiers américain, dans le support technique opéré depuis une juridiction sensible, dans un modèle d’IA dont les données d’entraînement appartiennent à un partenaire étranger.
L’IA : nouveau vecteur de dépendance souveraine
L’intelligence artificielle ajoute une couche de complexité inédite à la question souveraine. Kyndryl identifie plusieurs actifs IA qui doivent désormais être intégrés dans toute analyse de souveraineté : données d’entraînement, ensembles de réglage fin (fine-tuning), prompts, embeddings, sorties d’inférence et artefacts de modèles.
Une organisation peut héberger ses données dans une région européenne certifiée et néanmoins perdre tout contrôle si ses API d’IA, ses pipelines d’inférence ou ses systèmes de supervision sont gérés par des entités soumises à la juridiction d’un État tiers. La souveraineté de l’IA se définit comme la capacité à conserver le contrôle sur l’ensemble de la pile : du développement au déploiement, des données aux modèles, des ressources de calcul aux mécanismes de gouvernance. C’est une définition architecturale, pas seulement contractuelle.
Ce défi est particulièrement aigu pour les secteurs réglementés — finance, santé, défense, énergie — où une interruption de service ou une fuite de données liée à une dépendance mal maîtrisée peut avoir des conséquences opérationnelles et juridiques immédiates.
Analyse : la stratégie de Kyndryl face à l’incertitude technologique
Pour Kyndryl — née en 2021 de la scission d’IBM —, cette offre s’inscrit dans une logique stratégique évidente. L’entreprise s’est positionnée dès ses débuts comme fournisseur de services managés pour les infrastructures critiques des grandes organisations mondiales. Son ADN est celui de l’environnement complexe, hétérogène et difficile à moderniser rapidement.
Les chiffres publiés dans son rapport de mars 2026 dessinent un marché adressable considérable : 86 % des leaders jugent critique la conformité réglementaire de leurs fournisseurs cloud, 25 % des réseaux, stockages et serveurs critiques approchent de la fin de leur cycle de vie, et seulement 37 % estiment que leur infrastructure réseau est prête à affronter les risques à venir. Ces trois indicateurs pointent vers des organisations qui ont besoin d’un partenaire capable de gérer la complexité et la continuité, pas seulement de vendre une plateforme.
La question est de savoir si Kyndryl peut concrétiser cette promesse. Son rapport 2025 sur le cloud hybride soulignait déjà la centralité de l’infrastructure hybride comme fondation de l’entreprise IA. L’offre Sovereignty Solutioning va dans la même direction : elle ne vend pas un cloud souverain clé en main, elle propose une gouvernance continue de la souveraineté dans des environnements existants. Ce positionnement est différenciant face à des hyperscalers comme AWS ou Azure, dont les offres de cloud souverain européen soulèvent des questions légitimes sur le contrôle réel des données.
Kyndryl propose également des modèles hybrides sans enfermement dans une architecture unique : infrastructure locale, cloud privé, solutions hybrides, fournisseurs publics hyperscalers ou régionaux, avec des contrôles appropriés d’accès, de juridiction et de résilience. On retrouve une approche similaire dans d’autres produits Kyndryl orientés IA, comme le Digital Twin for the Workplace, qui anticipe les pannes dans les environnements complexes grâce à l’analyse prédictive.
Perspectives : les prochains défis de la souveraineté opérationnelle
L’offre de Kyndryl arrive à un moment où de nombreuses organisations réévaluent leurs stratégies cloud. Certaines cherchent à rapatrier des charges, d’autres veulent des modèles hybrides plus maîtrisés, d’autres encore tentent de combiner des hyperscalers mondiaux avec des fournisseurs locaux pour équilibrer performance, coût et conformité.
Le rapport Kyndryl introduit également deux enjeux émergents susceptibles de remodeler les stratégies souveraines dans les prochaines années : l’informatique quantique, qui menace les fondements cryptographiques actuels, et les réseaux hérités, dont 25 % approchent de l’obsolescence critique. Ces deux vecteurs de risque renforcent l’urgence d’une approche proactive de la souveraineté technologique, bien au-delà de la simple conformité réglementaire.
La réussite de l’offre Sovereignty Solutioning dépendra d’un équilibre difficile : aider les organisations à gagner en contrôle sans bloquer l’innovation, sans faire grimper les coûts de manière prohibitive, et sans transformer chaque projet cloud ou IA en architecture ingérable. Dans un monde plus fragmenté et géopolitiquement instable, cette capacité à concilier contrôle, flexibilité et continuité opérationnelle deviendra le vrai avantage concurrentiel des prestataires de services managés.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Kyndryl Sovereignty Readiness Assessment ?
C’est un outil de diagnostic qui cartographie les risques de souveraineté numérique dans trois domaines — données, opérations et technologie — afin d’identifier les dépendances opérationnelles cachées et de construire une feuille de route par phases pour y remédier.
Quelle est la différence entre souveraineté des données et souveraineté numérique ?
La souveraineté des données concerne l’endroit où les données sont stockées, traitées et gouvernées. La souveraineté numérique est un concept plus large : elle inclut le contrôle de toute l’infrastructure, les opérations, les fournisseurs, les logiciels, les modèles d’IA et l’ensemble de la chaîne technologique.
Pourquoi la souveraineté technologique est-elle critique en 2026 ?
Les tensions géopolitiques accrues, les nouvelles réglementations (RGPD, NIS2, Data Act), la dépendance aux hyperscalers soumis au CLOUD Act américain, et l’expansion de l’IA dans les systèmes critiques obligent les organisations à repenser leurs dépendances. Selon Kyndryl, 83 % des leaders IT considèrent que les règles de souveraineté ont gagné en importance dans leurs décisions au cours de la dernière année.
La souveraineté numérique implique-t-elle de renoncer aux hyperscalers ?
Non nécessairement. Kyndryl propose des modèles hybrides combinant infrastructure locale, cloud privé et cloud public, avec des contrôles adaptés d’accès, de juridiction, de résilience et d’exploitation. L’objectif est la gouvernance du risque, pas l’isolement technologique.
Comment Kyndryl se différencie-t-il des offres cloud souverain d’AWS ou Azure ?
Contrairement aux hyperscalers qui proposent des régions cloud dédiées, Kyndryl ne vend pas une plateforme mais une gouvernance opérationnelle de la souveraineté dans des environnements existants. Son approche est indépendante du fournisseur cloud et couvre l’ensemble de la pile — y compris les systèmes legacy, les infrastructures réseaux et les actifs IA.
Quel est l’impact de l’IA sur la souveraineté numérique des entreprises ?
L’IA crée de nouvelles dépendances souveraines souvent invisibles : API d’inférence gérées par des tiers étrangers, données d’entraînement appartenant à des partenaires extérieurs, modèles déployés dans des juridictions non conformes. Kyndryl intègre désormais les actifs IA — données d’entraînement, embeddings, artefacts de modèles — dans son périmètre d’évaluation de la souveraineté.
Source : Kyndryl