La France a franchi une étape politique et technologique majeure dans la course européenne pour l’autonomie numérique. La Direction Interministérielle du Numérique (DINUM) a organisé le 8 avril un séminaire interministériel pour accélérer la réduction de la dépendance aux solutions numériques étrangères. L’administration française a confirmé son retrait progressif de Windows sur les postes de travail, en privilégiant des équipements sous Linux, et a fixé un calendrier pour que chaque ministère établisse son propre plan de réduction de dépendance d’ici l’automne.
Ce décret dépasse le simple changement de système d’exploitation : la France envisage une refonte en profondeur des couches technologiques soutenant sa gestion publique — outils collaboratifs, antivirus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation et matériel réseau. L’objectif n’est pas uniquement de changer des logiciels, mais de repenser la relation de dépendance avec des fournisseurs non européens, dans la lignée de projets comme Euro-Office, l’alternative européenne à Microsoft.
Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique déjà amorcée. La Caisse nationale d’Assurance maladie a commencé la migration de ses 80 000 agents vers des solutions du socle numérique interministériel (Tchap, Visio, FranceTransfert), et la plateforme de données de santé a été transférée vers une solution interne de confiance.
Du poste de travail au cloud : bien au-delà d’un changement d’OS
La démarche repose sur une stratégie à long terme pour réduire la dépendance vis-à-vis de fournisseurs non européens. La feuille de route mise sur des « coalitions » entre administrations et entreprises, fondées sur l’interopérabilité. Des initiatives comme Open-Interop et OpenBuro cherchent à éviter que la souveraineté ne se résume à un changement de marque. Des acteurs comme Proton, avec son Workspace chiffré, illustrent cette dynamique d’alternatives européennes.
En matière de cloud, la France est déjà bien engagée : 84 millions d’euros de commandes en 2025 sur le marché interministériel du cloud public (+62 %), dont 70 % attribués à des fournisseurs européens, et 99 % dans le périmètre strict de l’État.
Une leçon pour toute l’Europe
L’ensemble des pays européens suivra-t-il cette voie ? Il n’y a pas d’exode massif, mais des signaux clairs. La Commission européenne prévoit de présenter en 2026 le « Cloud and AI Development Act », visant à tripler la capacité des data centers européens d’ici 5 à 7 ans. D’autres collectivités comme Amsterdam ont déjà publié des stratégies pluriannuelles d’autonomie numérique. CloudFerro en Pologne illustre cette tendance de cloud souverain européen.
Les migrations massives dans la sphère publique sont complexes, coûteuses et progressives. Elles nécessitent compatibilité avec des logiciels anciens, formation, support technique et une offre européenne suffisamment solide. La France semble consciente de ces enjeux, d’où son effort pour stimuler la filière industrielle locale et encourager la commande publique.
OVHcloud et le potentiel pour les fournisseurs européens
Des acteurs européens de l’infrastructure cloud pourraient sortir renforcés si davantage d’administrations suivent cette voie. La stratégie s’appuie sur la réversibilité, l’interopérabilité et le contrôle autonome. OVHcloud, leader européen du cloud, et d’autres fournisseurs IaaS illustrent comment le marché européen tente de se structurer face aux géants américains.
En résumé, la France a lancé un message fort. La souveraineté numérique devient une politique concrète, touchant directement le cloud, la sécurité, l’IA et la commande publique. La question n’est plus de savoir si le débat s’étendra à l’ensemble de l’Europe, mais quels pays seront capables de le traduire en plans opérationnels.
Questions fréquentes
Pourquoi la France quitte-t-elle Windows ?
Pour renforcer sa souveraineté numérique, réduire la dépendance aux éditeurs américains et améliorer la sécurité des systèmes publics.
Qui pilote cette migration ?
La DINUM, en collaboration avec la DGE, l’ANSSI et la Direction des achats de l’État.
Vers quel système la France migre-t-elle ?
Vers des distributions Linux et des suites bureautiques open source, remplaçant progressivement Windows et les outils Microsoft.
D’autres pays européens suivent-ils cette voie ?
Oui, plusieurs pays et régions européennes explorent des alternatives open source dans un contexte de souveraineté numérique accrue.