La Chine ne se contente plus de résister aux sanctions américaines sur les semi-conducteurs : elle accélère. YMTC, premier fabricant chinois de mémoire NAND Flash, prévoit de construire deux nouvelles usines en plus d’une troisième déjà en phase d’installation à Wuhan, qui devrait démarrer fin 2026. Si les trois entrent en pleine capacité, la production de YMTC pourrait plus que doubler, passant de 200 000 à plus de 500 000 wafers par mois. Une offensive industrielle d’envergure, à un moment géopolitique on ne peut plus tendu.
Les informations, relayées par Reuters via des sources proches du projet, révèlent que chaque nouvelle installation pourrait atteindre une capacité de 100 000 wafers par mois. La troisième usine viserait 50 000 wafers mensuels dès 2027. YMTC n’a pas commenté publiquement.
Plus qu’une réponse à la pénurie : une stratégie d’autonomie
La lecture immédiate serait que plus d’usines signifient plus de mémoire pour un marché mondial sous tension. TrendForce avait signalé fin 2025 d’importantes pénuries de NAND entraînant hausses de prix et achats de panique. Une capacité accrue de YMTC pourrait atténuer une partie de la pression d’offre, mais une seule entreprise ne résout pas une pénurie mondiale.
Ce qui se dessine plus clairement, c’est une volonté d’indépendance technologique. YMTC étend sa capacité dans un contexte où Washington tente de restreindre davantage l’accès de la Chine aux équipements de fabrication. L’inscription de YMTC sur la Entity List en décembre 2022 a rendu plus difficile l’accès à certains biens et technologies américains. En avril 2026, le MATCH Act vise à durcir encore les contrôles — une tendance que nous avions analysée dans notre couverture du blocus américain sur TSMC et la Chine.
Plus de 50 % d’équipements chinois dans la nouvelle usine
Le chiffre le plus révélateur ne concerne pas le nombre d’usines, mais l’origine des équipements. Selon Reuters, dans la troisième usine déjà en installation, plus de 50 % de la machinerie provient de fournisseurs chinois, y compris des équipements critiques pour l’empilement vertical des couches — une étape essentielle de la fabrication NAND 3D. Parmi les fournisseurs : AMEC, l’un des acteurs chinois majeurs en équipements pour semi-conducteurs.
Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large. Les sanctions n’ont pas arrêté la course de la Chine mais ont accéléré la substitution nationale des composants, outils et processus. La stratégie chinoise de consolidation de ses usines de puces confirme cette dynamique. La dépendance extérieure persiste dans certains domaines sensibles, mais YMTC reconfigure sa chaîne d’approvisionnement pour réduire sa vulnérabilité aux restrictions futures.

Xtacking 4.0 : une technologie compétitive à l’échelle mondiale
L’expansion ne se résume pas au volume. Xtacking 4.0 apporte des améliorations significatives en densité, vitesse, efficacité énergétique et maturité dans la technologie d’intégration hybride de wafers, développée par YMTC pour sa NAND 3D. TechInsights souligne que cette évolution fait passer YMTC du statut d’acteur domestique protégé à celui de concurrent sérieux avec une proposition technologique compétitive.
Les chiffres confirment cette montée en puissance. Selon UBS via Reuters, YMTC a terminé 2025 avec 11,8 % de part de marché mondiale NAND Flash et pourrait dépasser 14 % début 2027. Cela la placerait au niveau de SanDisk et la rapprocherait de Micron, Kioxia ou SK hynix, même si Samsung reste devant. YMTC a quitté le statut d’acteur marginal.
Par ailleurs, Reuters suggère qu’une partie de la nouvelle capacité pourrait être dédiée à la DRAM. YMTC aurait déjà envoyé des échantillons de LPDDR à ses clients, en attendant leur retour pour décider du rythme de production. Si confirmé, il ne s’agirait pas seulement d’une expansion de capacité, mais d’une diversification vers un nouveau segment de mémoire — un signal d’ambition considérable, dans le prolongement de la dynamique observée chez SMIC.
Perspectives : une actualité autant industrielle que géopolitique
Si YMTC réalise cette expansion avec une proportion croissante d’équipements chinois, ce ne sera pas seulement une augmentation de production. Ce sera une démonstration de résilience industrielle face aux sanctions, aux contrôles renforcés et à la compétition géopolitique. La Chine souhaite passer d’une phase défensive à une étape de croissance agressive et d’autosuffisance technologique.
C’est probablement ce qui inquiète le plus Washington. Et c’est ce que le marché des semi-conducteurs suivra avec la plus grande attention dans les mois à venir.
Questions fréquentes
Combien de nouvelles usines YMTC prévoit-elle ?
Trois au total : une troisième déjà en installation à Wuhan (opérationnelle fin 2026) et deux supplémentaires planifiées. Chacune pourrait atteindre 100 000 wafers par mois en pleine capacité.
Quelle est la part de marché NAND de YMTC ?
11,8 % fin 2025 selon UBS, avec une projection à plus de 14 % début 2027, ce qui la rapprocherait de SanDisk et Micron.
Cette expansion peut-elle résoudre la pénurie mondiale de NAND ?
Elle contribuera à améliorer l’offre, mais une seule entreprise ne suffit pas à résoudre les déséquilibres mondiaux entre offre et demande de mémoire.
Pourquoi cette expansion inquiète-t-elle les États-Unis ?
Parce qu’elle démontre que les sanctions n’arrêtent pas la progression chinoise et que la substitution nationale d’équipements réduit l’efficacité du verrouillage technologique.
YMTC prévoit-elle aussi de produire de la DRAM ?
Des sources Reuters suggèrent qu’une partie de la nouvelle capacité pourrait être dédiée à la DRAM. YMTC a déjà envoyé des échantillons LPDDR à ses clients.