Nanya quadruple ses investissements face à l’envolée des prix de la DRAM

Nanya entre en la mémoire pour l'IA en cours et compte déjà plus de 10 clients

Nanya Technology s’apprête à franchir un cap inédit dans sa capacité de production. Le fabricant taïwanais prévoit d’engager plus de 200 milliards de dollars taïwanais en 2027, environ 6,2 milliards de dollars, soit près de quatre fois son budget de cette année. Ce plan suit un trimestre exceptionnel : revenus en hausse de 684 %, marge brute à 79,5 %, portés par la flambée du prix de la mémoire DRAM conventionnelle.

L’essentiel en 20 secondes

  • Investissement 2027 : plus de 200 milliards de dollars taïwanais, environ 6,2 milliards de dollars.
  • Plan préliminaire : encore à valider par le conseil d’administration.
  • Revenus T2 : 82 550 millions de dollars taïwanais, +684 % sur un an.
  • Résultat net : 50 190 millions de dollars taïwanais, +1 324 % sur un an.
  • Marge brute : 79,5 %, contre -20,6 % un an plus tôt.
  • Nouvelle usine : 30 000 wafers/mois dès 2028, extensible à 45 000.
  • Moteur : pénurie de DDR4, DDR5 et mémoire basse consommation, plus que hausse des volumes.
  • Hors course HBM avancée : Nanya reste sur la DRAM conventionnelle, avec un projet de mémoire IA en périphérie en préparation.

Contexte et enjeux

Les chiffres du deuxième trimestre restent non audités, mais ils résument à eux seuls la mutation du marché de la mémoire en à peine un an. Nanya passe de pertes industrielles et de marges négatives à des niveaux de rentabilité plus proches d’un produit rare que d’une mémoire fabriquée historiquement en très grand volume. Entre avril et juin, l’entreprise a généré 82 550 millions de dollars taïwanais de chiffre d’affaires, plus que sur des exercices complets récents, pour un bénéfice net de 50 190 millions, presque huit fois celui de 2025.

Cette croissance ne signifie pas que Nanya a multiplié par sept ses volumes livrés. L’explication tient surtout aux prix : au premier trimestre 2026, le prix moyen de vente avait déjà grimpé de plus de 70 % par rapport au trimestre précédent, pendant que le volume de bits livré baissait d’un chiffre en pourcentage moyen.

Les faits : une pénurie de DRAM classique qui profite à Nanya

La course à l’intelligence artificielle a poussé Samsung, SK hynix et Micron à concentrer une part croissante de leurs ressources sur les mémoires les plus valorisées, HBM et DRAM serveur en tête. Conséquence directe : moins de produits classiques disponibles pour ordinateurs, mobiles, réseau, automobile et électronique industrielle, une tension déjà visible sur les approvisionnements DRAM d’Apple pour l’iPhone 18 Pro.

Nanya occupe une place à part : environ 2 % du marché mondial de la DRAM, sans les générations de HBM associées aux GPU les plus avancés. Début 2026, près de 70 % de ses expéditions concernaient la DDR4 et la LPDDR4, la DDR5 ne représentant qu’environ 10 % de ses revenus. Dans un autre cycle, cette dépendance aux produits matures aurait pénalisé l’entreprise. Là, elle devient un atout : les grands fabricants ont réduit leur capacité DDR4 pour se concentrer sur la DDR5, la HBM et les centres de données, alors que des millions de serveurs, ordinateurs et systèmes industriels continuent d’en dépendre.

L’offre a chuté plus vite que la demande, et les acheteurs qui ne peuvent pas redéfinir leurs équipements du jour au lendemain acceptent des prix bien plus élevés. TrendForce anticipe une nouvelle hausse de 13 à 18 % des prix contractuels de la DRAM conventionnelle au troisième trimestre 2026, plus modérée qu’en début d’année mais suffisante pour prolonger des marges hors normes. Pei-Ing Lee, président de Nanya, table sur des pénuries de capacité qui dureraient jusqu’à la première moitié de 2027, voire jusqu’en 2028 : construire des salles blanches et valider des process ne se fait pas au rythme des hausses de prix.

Le risque reste connu : le marché de la DRAM fonctionne par cycles très volatils. Dès que de nouvelles capacités arrivent ou que la demande faiblit, les prix peuvent chuter vite et transformer des investissements engagés en période faste en usines peu rentables. Cette dynamique de prix touche d’ailleurs l’ensemble de la chaîne, comme le montre la hausse généralisée du coût de la mémoire pour PC, mobiles et serveurs.

Une usine à 15 milliards pour la DDR5 et la basse consommation

La majeure partie du budget 2027 servira à accélérer la nouvelle usine de Nanya à Taishan, dans le district de New Taipei. Le projet demandera environ 480 milliards de dollars taïwanais, soit 15 milliards de dollars, une fois sa capacité maximale atteinte. La première étape vise 30 000 wafers par mois en 2028, avec une extension possible jusqu’à 45 000, encore loin des plus grandes usines de Samsung ou SK hynix mais suffisant pour changer l’échelle de Nanya. L’usine démarrera sur le nœud 1B, deuxième génération de process DRAM classe 10 nanomètres, pour produire DDR5, DDR4 et leurs variantes basse consommation.

Le contraste avec les années précédentes est net : 13,2 milliards investis en 2023, 16,1 milliards en 2024, 13,4 milliards en 2025, 52 milliards prévus pour 2026. Le budget 2027 dépasserait donc à lui seul la somme des quatre exercices précédents. Pei-Ing Lee a précisé que le chiffre reste préliminaire, susceptible de varier selon le prix des équipements, le rythme de construction et les conditions de marché.

Nanya a consolidé ses finances avant de se lancer : en mars, une augmentation de capital privée d’environ 78,7 milliards de dollars taïwanais (2,5 milliards de dollars) a été souscrite par SanDisk, Kioxia, Solidigm et Cisco, qui détiennent désormais collectivement environ 10,19 % du fabricant taïwanais. L’intérêt de ces groupes dépasse le simple placement financier : SanDisk, Kioxia et Solidigm fabriquent des SSD qui ont besoin de DRAM pour leur cache et leurs tables internes, et deux d’entre eux ont signé des accords d’approvisionnement à long terme avec Nanya. La présence de Solidigm, filiale de SK hynix, est particulièrement révélatrice : quand une filiale d’un géant de la DRAM sécurise sa capacité auprès d’un concurrent plus petit, c’est que le risque de pénurie pèse sur tout le secteur.

Analyse et implications : des marges dignes de la HBM, sans fabriquer de HBM

Une marge brute de 79,5 % s’approche des niveaux atteints par des fabricants vendant de gros volumes de HBM pour accélérateurs d’IA. Chez Nanya, ce résultat vient presque exclusivement de la DRAM conventionnelle, ce qui rend ce trimestre particulièrement révélateur de la tension sur les prix. L’entreprise a écarté toute entrée directe sur HBM2, HBM3, HBM3E ou HBM4, des segments qui exigent des process avancés, du stacking de puces, un encapsulage complexe et une collaboration étroite avec les concepteurs de GPU.

Nanya travaille en revanche sur une mémoire personnalisée pour l’IA en périphérie, avec Etron Technology, Piecemakers Technology et Formosa Advanced Technologies, avec une première solution attendue fin 2026. Rien à voir avec les mémoires utilisées par Nvidia ou AMD dans les grands centres de données : la cible, ce sont les systèmes qui cherchent un débit correct, une consommation faible et des coûts maîtrisés — robots, caméras intelligentes, véhicules, équipements industriels, serveurs compacts. Une façon d’éviter la confrontation frontale avec les groupes qui injectent des dizaines de milliards dans la HBM, tout en restant exposée à un marché qui a indirectement provoqué sa reprise : l’IA absorbe la production avancée des rivaux et réduit d’autant la capacité disponible pour les mémoires classiques.

Perspectives

Le défi pour Nanya sera d’utiliser ces bénéfices exceptionnels pour moderniser ses technologies avant que le cycle ne se retourne. Une marge de 79,5 % n’a rien d’ordinaire en DRAM conventionnelle, et son maintien prolongé pourrait attirer de nouvelles capacités concurrentes sur ce segment. La nouvelle usine de Taishan ne démarrera qu’en 2028 : d’ici là, prix, demande liée à l’IA et répartition entre HBM et DRAM traditionnelle peuvent évoluer autrement. Nanya tient une opportunité rare, celle de rentabiliser fortement un segment longtemps jugé secondaire par les géants du secteur. Son investissement 2027 dira si ce bénéfice temporaire lui permet de grandir durablement, ou si le marché aura déjà commencé à corriger la pénurie.

Questions fréquentes

Combien Nanya prévoit-elle d’investir en 2027 ?

Plus de 200 milliards de dollars taïwanais, environ 6,2 milliards de dollars. Le budget reste préliminaire, en attente de validation par le conseil d’administration.

Pourquoi le chiffre d’affaires de Nanya grimpe-t-il autant ?

Principalement à cause de la hausse des prix moyens de la DRAM : les revenus ont augmenté de 684 %, sans hausse équivalente du volume vendu.

Nanya fabrique-t-elle de la HBM pour l’IA ?

Non, pas actuellement. L’activité reste centrée sur la DDR4, la DDR5 et la mémoire basse consommation, avec une solution personnalisée pour l’IA en périphérie en développement.

Quand la nouvelle usine entrera-t-elle en production ?

La première phase devrait atteindre 30 000 wafers par mois en 2028, puis évoluer jusqu’à 45 000.

Source : nanya

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