Le gouvernement espagnol a ouvert une consultation publique sur la proposition de règlement européen Chips 2.0, la réforme censée muscler la fabrication de semi-conducteurs sur le sol européen, doper la demande de technologies locales et mieux anticiper une future rupture d’approvisionnement. Les contributions sont acceptées jusqu’au 03/08/2026 à 23h59.
Cette consultation n’annonce pas une adoption immédiate. La Commission européenne a présenté sa proposition le 03/06/2026, et le texte doit encore être négocié avec le Parlement européen et le Conseil. S’il passe, ce nouveau règlement abrogera et remplacera le Règlement (UE) 2023/1781, la première loi européenne sur les chips, en vigueur depuis septembre 2023.
Les clés de la consultation Chips 2.0 en 20 secondes
- La consultation court du 13/07/2026 au 03/08/2026, 23h59.
- Citoyens, entreprises, associations et autres organisations intéressées peuvent y participer.
- Les contributions se soumettent par courriel, avec un expéditeur clairement identifié.
- Le gouvernement demande un avis sur les problèmes identifiés, la nécessité de la norme, ses objectifs et d’éventuelles alternatives.
- Les réponses pourront être publiées, sauf mention explicite de confidentialité.
- La proposition élargit les aides au-delà des grandes usines de fabrication.
- Elle fixe un délai maximal de 12 mois pour certaines autorisations.
- Elle propose des instruments pour stimuler la demande de chips conçus ou fabriqués en Europe.
- Elle prévoit des projets stratégiques, des régions d’excellence et de nouvelles lignes de recherche.
- Elle suggère une plateforme d’entreprise pour anticiper les tensions sur la chaîne d’approvisionnement.
Les contributions sont à envoyer avec pour objet « Consultation publique Règlement Chips Act 2.0 – Contributions [nom ou raison sociale] ». Le ministère précise que les messages anonymes, ou sans lien avec la nécessité, l’opportunité ou le contenu de la proposition, ne seront pas retenus.
Qui partage des informations commercialement sensibles doit indiquer explicitement quelles sections sont confidentielles. Une mention générique en bas de courriel ne suffit pas à empêcher la diffusion de la contribution, selon les conditions publiées pour cette consultation.
Contexte et enjeux : du financement d’usines à la création de demande
La première loi européenne sur les chips avait été conçue après qu’une pénurie mondiale de semi-conducteurs a paralysé des lignes d’assemblage automobiles, retardé des produits électroniques et mis à nu la dépendance de l’Europe envers ses fournisseurs asiatiques et américains. Sa stratégie misait sur la recherche, la création de nouvelles capacités industrielles et une meilleure coordination face aux crises.
La Commission estime que ce cadre a mobilisé plus de 52 milliards d’euros d’investissements publics et privés, pour environ 46 000 emplois directs et indirects créés. Il a aussi financé des projets pilotes, des centres de compétences et des projets industriels jugés uniques en Europe. Bruxelles reconnaît cependant que la région reste dépendante de l’extérieur pour le design et la fabrication avancée, un constat que confirme le goulet d’étranglement qui s’étend sur toute la chaîne des puces chez TSMC.
Selon les documents utilisés par le gouvernement espagnol, l’Union européenne concentrerait en 2025 environ 10 % de la capacité mondiale de fabrication, surtout sur des technologies matures, avec une présence limitée sous les 5 nanomètres. L’étude avance aussi que la demande mondiale de semi-conducteurs pourrait doubler d’ici 2040, pendant que celle liée à l’intelligence artificielle et aux centres de données serait multipliée par onze. Ce sont des projections, pas des volumes garantis, mais elles donnent la mesure de l’urgence.
Chips 2.0 continue de soutenir l’offre, mais s’attaque cette fois à une faiblesse plus discrète : l’Europe peut financer la recherche et l’industrialisation sans que les grands acheteurs suivent pour autant.
Les faits : connecter fabricants et acheteurs dès la conception
La Commission veut relier les fabricants de semi-conducteurs à des secteurs comme l’automobile, les télécommunications, l’industrie, la défense, les centres de données et les fournisseurs cloud. Elle propose un forum de la demande et des « accélérateurs de demande », des mécanismes pour repérer les besoins avant que des investissements lourds ne partent sur un produit sans marché européen suffisant.
L’idée, c’est que fabricants et futurs clients travaillent ensemble dès les premières étapes. Un fabricant de chips pour l’automobile doit connaître à l’avance les exigences techniques, les délais d’homologation et le volume que les constructeurs pourraient commander. Sans ces informations, difficile de justifier une nouvelle ligne de production, même avec des aides publiques.
La Commission envisage aussi la commande publique dans des secteurs critiques pour générer de la valeur économique, de l’emploi et du savoir au sein de l’Union. Ce n’est pas une obligation générale d’acheter uniquement des chips européens, mais un cadre qui valorise l’industrie européenne et encourage l’achat public de technologies encore en phase d’introduction.
Ce volet fera sans doute partie des points de friction pendant les négociations. Les institutions devront définir ce qu’est la valeur ajoutée européenne, son poids face au prix, et comment concilier tout ça avec les règles de concurrence, de passation de marchés et de commerce international. Elles devront aussi éviter qu’une préférence industrielle mal calibrée favorise des produits moins compétitifs sans gain réel pour l’autonomie technologique.
Analyse et implications : permis en 12 mois, aides sur toute la chaîne de valeur
Une des mesures phares réduit à 12 mois maximum le délai d’obtention des autorisations pour les projets couverts par le règlement. Construire une usine de semi-conducteurs suppose de coordonner l’utilisation du sol, l’électricité, l’eau, la gestion des substances chimiques, le traitement des déchets et les évaluations environnementales. Quand ces démarches traînent, l’investissement part ailleurs.
Réduire ces délais ne veut pas dire supprimer les contrôles. Le vrai défi, c’est de coordonner les administrations et traiter les dossiers en parallèle plutôt que d’alléger les garanties environnementales. Il faudra aussi préciser quelles autorisations entrent dans ce délai, et comment gérer les retards qui ne dépendent pas de l’opérateur.
La proposition élargit également le concept d’installation pionnière, ou first-of-a-kind. La norme initiale visait surtout les usines qui introduisaient en Europe des capacités inexistantes. Chips 2.0 veut soutenir des projets innovants sur tous les segments de la chaîne, des matériaux et équipements jusqu’au design, à l’encapsulation avancée, aux tests et à la fabrication.
Ce changement reconnaît que l’autonomie ne se joue pas uniquement sur une usine capable de graver les nœuds les plus fins. Un chip avancé demande des outils de conception, des matériaux, des wafers, des équipements de lithographie et de métrologie, de l’encapsulation, de la mémoire et des capacités de test. L’absence d’un seul de ces maillons peut bloquer tout le produit.
La Commission veut aussi créer une catégorie de projets stratégiques apportant une valeur importante à l’ensemble de l’Union, avec un financement combinant ressources européennes, nationales et industrielles. Et elle prévoit de désigner des régions européennes d’excellence en semi-conducteurs, des territoires qui cumulent infrastructures, centres de recherche, formation, fournisseurs industriels, énergie et conditions administratives favorables pour attirer les investissements. Ce label pourrait renforcer la spécialisation régionale, mais aussi concentrer davantage les investissements dans quelques pôles déjà bien dotés, un équilibre que la documentation espagnole reconnaît comme délicat.
Côté recherche, Chips 2.0 maintient les lignes pilotes et les centres de compétences, en y ajoutant les « Grands Défis » : chips pour l’intelligence artificielle, photonique intégrée, semi-conducteurs quantiques ou nouvelles capacités de conception. Le Fonds Chips continue de financer start-ups, PME et sociétés de taille intermédiaire, un maillon crucial puisque l’Europe dispose de centres de recherche et d’entreprises spécialisées qui peinent souvent à financer le passage du prototype à la production industrielle.
L’Espagne participe déjà à ces initiatives, via les lignes pilotes européennes en photonique intégrée et chips quantiques, et via des investissements publics dans la microélectronique, le design et la photonique. Parmi les projets cités par le gouvernement : le futur centre de l’IMEC à Málaga, l’expansion de Diamond Foundry, et l’entrée de la Société espagnole pour la transformation technologique dans des sociétés comme Openchip, Sparc et Attypic.
La consultation offre à ces entreprises, centres technologiques, universités et futurs acheteurs l’occasion de s’exprimer sur des enjeux concrets : quels projets qualifier de stratégiques, comment répartir les financements, quels critères accompagneront les aides, et comment éviter d’exclure les petites entreprises des programmes.
Perspectives : un jumeau numérique pour anticiper la prochaine pénurie
Le troisième axe de la proposition porte sur la surveillance du marché et la réponse aux crises. La loi Chips initiale avait déjà instauré des mécanismes pour observer la chaîne d’approvisionnement et prendre des mesures exceptionnelles en cas de menace sur des secteurs clés.
Chips 2.0 veut muscler cette capacité avec une plateforme entreprise baptisée Business-to-Business Semiconductor Supply Chain Platform. La documentation espagnole la décrit comme un jumeau numérique de la chaîne de valeur, piloté par l’industrie, capable de partager des informations agrégées, d’émettre des alertes précoces et de simuler des scénarios de résilience.
Cette plateforme pourrait détecter qu’une même usine fournit plusieurs fabricants européens, qu’un matériau se raréfie, ou qu’un fournisseur se trouve dans une région à tensions géopolitiques. Elle pourrait aussi simuler l’impact d’une rupture logistique ou d’une baisse de disponibilité pour un type de chips donné, une préoccupation qui rejoint celle exprimée par les industriels américains confrontés à la pénurie de talents dans les chips.
Son efficacité dépendra des données que les entreprises accepteront de partager. Fabricants et acheteurs détiennent souvent des informations sensibles : inventaires, fournisseurs, contrats, prévisions de production. Sans confiance ni règles de confidentialité strictes, la plateforme risque de ne recevoir que des données incomplètes.
Le règlement propose aussi de renforcer la coordination entre le European Semiconductor Board, l’alliance industrielle et les États membres, ainsi que de promouvoir des accords stratégiques avec des pays tiers. L’autonomie visée par Bruxelles ne signifie pas tout produire en Europe, mais réduire les dépendances excessives, conserver des capacités clés et diversifier les fournisseurs quand la fabrication locale n’est pas envisageable.
La consultation espagnole permettra d’envisager des alternatives réglementaires, avant que le gouvernement ne fixe sa position pour les négociations européennes. Pour les entreprises, autant intervenir maintenant : les notions de projets stratégiques, de valeur ajoutée européenne, d’accélérateurs de demande ou de régions d’excellence sont encore sur la table.
Questions fréquentes
La loi européenne Chips 2.0 est-elle déjà adoptée ?
Non. C’est une proposition de la Commission européenne qui doit encore être négociée puis adoptée par le Parlement européen et le Conseil.
Jusqu’à quand peut-on soumettre des contributions en Espagne ?
Jusqu’au 03/08/2026 à 23h59, via le courriel mis à disposition par le ministère de la Transformation numérique et de la Fonction publique.
Qui peut participer à la consultation ?
Citoyens, entreprises, associations, centres technologiques, universités et autres entités intéressées, à condition de s’identifier et que la contribution porte sur la proposition.
Chips 2.0 se limite-t-il à financer de nouvelles usines ?
Non. Le texte couvre aussi la conception, les matériaux, l’encapsulation, la recherche, la formation, la demande industrielle, la commande publique, la surveillance de la chaîne et la gestion de crise.