La crise de la mémoire suscite une paradoxe : la DDR4 vieillit, mais cela ne signifie pas qu’elle devienne moins chère. Morgan Stanley prévoit que les prix de cette génération de DRAM augmenteront de 50 % au troisième trimestre de 2026, puis de 10 % supplémentaires au quatrième, tandis que les fabricants réorientent leur capacité vers la HBM et la DDR5. La situation pourrait être encore plus critique pour la mémoire NAND SLC, pour laquelle la banque anticipe une augmentation de 50 % au cours des deux derniers trimestres de l’année.
Les clés de la nouvelle hausse de la DDR4 en 20 secondes
- Morgan Stanley prévoit que la DDR4 augmentera de 50 % au troisième trimestre et de 10 % au quatrième.
- La pression provient principalement de l’offre : les fabricants déplacent leur capacité vers la HBM, la DDR5 et la NAND à plusieurs couches.
- La NAND SLC pourrait voir ses prix augmenter de 50 % à la fois au troisième et au quatrième trimestre.
- La DDR5 n’offre pas non plus de répit : certains chips enregistrent des hausses annuelles proches de 483 %.
Ces prévisions interviennent dans un contexte où le marché de la mémoire traverse une période inhabituelle. La demande en intelligence artificielle stimule fortement les besoins en HBM (High Bandwidth Memory), mais les fabricants ne peuvent pas augmenter leur production indéfiniment. Une partie de la réponse consiste à réattribuer des ressources traditionnellement dédiées à des technologies matures.
Cela pourrait entraîner une pénurie de DDR4, même si l’industrie migre vers la DDR5. Le problème ne réside plus uniquement dans une demande exceptionnelle pour la mémoire ancienne, mais dans le fait que il devient de moins en moins attrayant d’allouer une capacité industrielle à sa fabrication.
La HBM modifie les priorités de Samsung, SK hynix et Micron
La course pour fournir la mémoire aux accélérateurs d’intelligence artificielle a bouleversé l’économie de l’industrie DRAM.
La HBM offre une bande passante énorme grâce à l’empilement de plusieurs dies connectés verticalement. C’est une technologie incontournable dans une grande partie des accélérateurs actuels de Nvidia, AMD et autres fabricants.
Mais elle est également beaucoup plus exigeante à produire que la DRAM conventionnelle.
Morgan Stanley pointe la migration de wafers vers la HBM et la DDR5 comme l’un des motif de la réduction de l’offre de DDR4. Il en va de même pour la NAND : les fabricants privilégient les mémoires à plus haute densité plutôt que les produits matures comme la SLC.
Voici la projection faite par la banque :
| Type de mémoire | 3T 2026 | 4T 2026 | Principale contrainte |
|---|---|---|---|
| DDR4 | +50 % | +10 % | Réduction de la capacité disponible |
| NAND SLC | +50 % | +50 % | Migrations vers NAND à plusieurs couches |
| DDR5 | Prix encore élevés | Pas de signes clairs de normalisation | SERVERS et IA |
| HBM | Forte demande | Forte demande | GPU et accélérateurs IA |
Ces chiffres sont des prévisions de Morgan Stanley, non des augmentations garanties. Le prix final dépendra aussi du type de mémoire, des contrats, des stocks, de la région et du canal de distribution.
Ce phénomène s’accompagne toutefois d’autres signaux envoyés par l’industrie en 2026 : la mémoire pour serveurs et IA gagne en priorité dans les investissements des grands fabricants.
La HBM nécessite une capacité bien plus importante qu’une DRAM classique
Une deuxième raison explique pourquoi la croissance de la HBM peut impacter des produits apparemment éloignés de l’IA.
Selon les estimations industrielles, produire de la HBM peut nécessiter environ trois fois plus de surface de wafer que la DRAM classique pour une capacité équivalente, la relation précise dépendant de la génération et du procédé considéré.
Ce n’est pas seulement dû au fait que la HBM est empilée en plusieurs dies.
Les TSV (Through-Silicon Vias), connexions verticales traversant le silicium pour relier les couches, imposent des contraintes additionnelles de conception et de fabrication. Les zones réservées autour de ces structures réduisent l’utilisation efficace du silicium.
Il en va également de la performance de fabrication, de l’empilement et des processus d’encapsulation.
Ce qui en résulte? Sur le plan économique, chaque bit destiné à la HBM peut consommer plus de ressources productives qu’un bit de DRAM classique.
Lorsque la demande pour l’IA croît, que les principaux clients signent des contrats de fourniture à long terme, il devient beaucoup plus attractif d’allouer plus de capacité à la HBM plutôt que de maintenir d’importants volumes de DDR4.
Nvidia pourrait devenir à elle seule un immense consommateur de HBM
L’ampleur anticipée de la demande permet de comprendre les décisions des fabricants.
Une estimation attribuée à UBS calcule que Nvidia pourrait consommer environ 25 100 milliards de gigabits de HBM en 2027, sur un marché total estimé à environ 61 500 milliards de gigabits.
Si cette prévision se réalise, un seul concepteur d’accélérateurs représenterait environ 41 % du volume estimé.
Ce chiffre doit rester une projection, mais il illustre la mutation radicale que connaît l’industrie.
Les grands clusters d’IA ne sont plus uniquement construits autour de milliers de GPU. Chaque accélérateur intègre d’importantes quantités de HBM, et les nouvelles générations continuent d’augmenter capacité et bande passante.
Pour Samsung, SK hynix et Micron, il y a donc un intérêt évident à consacrer des investissements et des lignes de production à ce marché.
La DDR4 reste en revanche en marge : elle a encore des millions d’utilisateurs, mais appartient à une génération technologique ancienne et offre moins de perspectives de croissance.
La DDR5 ne se démocratise pas encore en raison de son coût
Passer à une plateforme moderne ne permet pas non plus d’éviter la hausse des prix.
Selon des données citées par Bank of America, le prix spot de certains chips DDR5-5600 et DDR5-6400 de 24 Gb a augmenté d’environ 8 % en août seulement.
La comparaison annuel est encore plus frappante.
Un chip de 24 Gb, qui tournait autour de 8 dollars à la mi-2025, s’approche désormais de 47 dollars, ce qui représente une hausse d’environ 483 %.
Il ne faut pas confondre le prix de ces composants avec celui d’un module DIMM complet acheté par un consommateur. Un module comprend plusieurs puces DRAM, une carte PCB, un gestionnaire d’alimentation et d’autres composants, sans oublier la marge des fabricants et distributeurs.
Mais cette évolution du composant de base finit par se répercuter sur les modules.
Le marché de détail en témoigne déjà : selon les données de PCPartPicker publiées en août, on observe des hausses comprises entre environ 372 % et 485 % en un an pour certaines configurations DDR5.
L’Europe n’échappe pas à cette tendance. Une étude menée par ComputerBase sur un panier de modules montre qu’en août, la RAM avait augmenté en moyenne de 345 % par rapport à septembre 2025.
La différence entre DDR4 et DDR5 face à la montée des prix
Bien que les deux types de mémoire soient en hausse, leurs causes ne sont pas exactement les mêmes.
La DDR5 connaît une forte demande immédiate issues des nouvelles plateformes de serveurs et datacenters. La DDR4, quant à elle, est dans une phase plus mature de son cycle technologique.
Cela peut créer une situation apparemment paradoxale.
Une technologie ancienne devient en principe moins chère car sa demande diminue. Mais il arrive un moment où les fabricants réduisent leur production plus rapidement que la disparition de leurs acheteurs.
C’est ce qu’on appelle la pénurie de fin de cycle.
Des millions de serveurs, d’ordinateurs, de systèmes industriels, d’équipements de télécommunications et d’appareils intégrés utilisent encore la DDR4. Remplacer tous ces systèmes par des plateformes DDR5 uniquement parce que la mémoire coûte plus cher n’est généralement pas économiquement justifiable.
D’où la demande persistante, même si la capacité disponible diminue.
Pour les administrateurs systèmes et entreprises disposant d’un vaste parc de serveurs DDR4, cette situation peut être plus problématique que la hausse d’un composant pour PC. Étendre des centaines de machines avec des modules ECC haute capacité peut transformer une simple mise à jour en un investissement conséquent.
La NAND SLC pourrait faire face à une situation encore plus critique
La prévision de Morgan Stanley pour la NAND SLC est encore plus agressive.
Leur estimation prévoit des hausses de 50 % au troisième trimestre, puis encore 50 % au quatrième trimestre.
Si ces augmentations étaient cumulées de manière successive, leur effet serait d’environ 125 %, même si les prix réels peuvent évoluer différemment.
La NAND SLC (Single-Level Cell) stocke un bit par cellule et est particulièrement utilisée lorsque la résistance, la fiabilité et la stabilité sont essentielles. Bien qu’elle ne soit plus couramment utilisée dans les SSD grand public de grande capacité, elle reste présente dans des applications industrielles, des télécommunications, des réseaux et des systèmes intégrés.
Ici aussi, le même problème se pose : maintenir de la capacité dédiée à des technologies matures devient moins attractif quand d’autres catégories connaissent une demande croissante et offrent de meilleures opportunités économiques.
L’IA crée des gagnants et des perdants au-delà des GPU
La crise de la mémoire illustre à quel point l’expansion de l’infrastructure d’intelligence artificielle peut impacter l’ensemble de l’industrie.
Le changement le plus visible concerne les GPU. Mais derrière chaque accélérateur se trouve de la HBM, de la mémoire système, du stockage, des réseaux, des composants passifs, des cartes de circuits imprimés, et une longue chaîne de fabrication.
Lorsque les usines fonctionnent à proximité de leur limite, augmenter une catégorie implique inévitablement de décider où concentrer la prochaine capacité.
Pour les fabricants de mémoire, la HBM devient une priorité. La DDR5 est également essentielle pour les nouvelles plateformes de serveurs. La DDR4 et certaines technologies NAND matures deviennent progressivement secondaires.
Cela montre que tenter de faire baisser le prix d’une technologie ancienne peut produire l’effet inverse.
La DDR4 en est un bon exemple. Après des années où mettre à jour un serveur ou un PC obsolète devenait de plus en plus économique, 2026 prouve que la fin d’une génération technologique peut aussi s’accompagner de pénurie et de hausse des prix.
Questions fréquentes
Quel sera l’augmentation possible de la DDR4 en 2026 ?
Morgan Stanley prévoit une hausse de 50 % au troisième trimestre, puis de 10 % au quatrième. Il s’agit d’une prévision, et cela ne garantit pas que tous les modules DDR4 suivront exactement cette évolution.
Pourquoi la DDR4 continue-t-elle à augmenter malgré son ancienneté ?
Les fabricants réduisent progressivement leur capacité dédiée aux technologies matures et privilégient la HBM et la DDR5. L’offre de DDR4 pourrait diminuer plus vite que la demande.
La DDR5 est-elle en train de baisser de prix ?
Les données d’août suggèrent le contraire. Bank of America indique une hausse mensuelle d’environ 8 % pour certains chips DDR5-5600 et DDR5-6400 de 24 Gb, avec une augmentation interannuelle proche de 483 %.
Quel lien entre l’IA et la pénurie de RAM ?
Les accélérateurs d’IA utilisent de grandes quantités de HBM, et les serveurs associés nécessitent de la DDR5 et du stockage. Les fabricants orientent leurs ressources vers ces catégories, réduisant la disponibilité pour certains produits plus anciens.
Source : wccftech