VerCore : le processeur RISC-V conçu par l’IA ne rivalise pas avec Intel, mais il alerte le secteur

L’idée qu’un agent d’intelligence artificielle puisse concevoir un processeur complet en seulement 12 heures semble tout droit sortie d’un scénario de science-fiction. Pourtant, le cas de VerCore mérite une lecture plus nuancée. La startup Verkor.io affirme que son système Design Conductor a créé de manière autonome un cœur de processeur RISC-V fonctionnel, depuis une spécification initiale de 219 mots jusqu’à un fichier GDSII, le format utilisé dans les dernières étapes de la conception physique d’une puce.

Cette annonce ne signifie pas qu’une IA a déjà fabriqué un processeur commercial, ni que VerCore peut concurrencer les CPU modernes d’Intel, AMD, Apple ou Arm. En réalité, ses performances se rapprochent davantage de celles de processeurs d’entrée de gamme datant de plus de dix ans. La nouveauté se situe ailleurs : le système aurait mené à bien un flux de travail qui mobilise habituellement des équipes spécialisées en architecture, RTL, vérification, synthèse, placement-routage et fermeture temporelle.

Un processeur simple, mais conçu de bout en bout

VerCore est un cœur RISC-V 32 bits compatible avec RV32I et ZMMUL. Selon le document technique publié par Verkor.io, il repose sur une architecture en pipeline à cinq étages, avec exécution dans l’ordre et émission d’une seule instruction par cycle. Le design a atteint une fréquence de 1,48 GHz avec ASAP7, un PDK académique prédictif de classe 7 nm, et a obtenu 3 261 points au benchmark CoreMark.

CoreMark est un test de performance couramment utilisé pour les microcontrôleurs et les processeurs embarqués. Il ne doit pas être interprété comme un équivalent direct des benchmarks utilisés pour les PC, les jeux vidéo ou les stations de travail, mais il permet de situer le niveau général du design. Verkor.io compare d’ailleurs VerCore à un Intel Celeron SU2300, un processeur basse consommation associé à des ordinateurs portables basiques et à l’époque des netbooks.

Cette comparaison est utile, car elle remet l’annonce en perspective. VerCore n’est pas un processeur haute performance. Il ne concurrence ni un Core i5 moderne, ni un Ryzen, ni une puce Apple Silicon. Son intérêt réside dans le fait qu’il a été généré, testé et poussé jusqu’au layout physique par un agent autonome en très peu de temps.

Processeur ou cœurAnnée de référenceArchitecture / typeFréquence indiquéeRéférence de performanceLecture contextuelle
VerCore2026RISC-V RV32I + ZMMUL, 5 étages, in-order, single-issue1,48 GHz3 261 points CoreMarkDémonstrateur technique conçu par IA ; validé en simulation, non fabriqué
Intel Celeron SU23002011 comme référence CoreMark publiéex86, famille Penryn, basse consommation, 2 cœurs / 2 threads1,20 GHzNiveau approximatif cité par Verkor.ioPermet de situer VerCore dans une gamme de CPU basiques d’il y a plus de dix ans
Intel Atom D5252011 comme référence CoreMark publiéex86 Atom, destiné aux nettops et systèmes basse consommation1,80 GHzPrésent dans des résultats CoreMark de l’époqueContexte des processeurs économiques et sobres du début des années 2010
Freescale i.MX5152011 comme référence CoreMark publiéeARM Cortex-A8, SoC embarqué800 MHzPrésent dans des résultats CoreMark de l’époqueContexte des plateformes embarquées et appareils compacts
Microchip PIC32MX795F512L2011 comme référence CoreMark publiéeMicrocontrôleur MIPS 32 bits80 MHzPrésent dans des résultats CoreMark de l’époqueRéférence de type microcontrôleur, très différente d’un CPU généraliste

Ce tableau ne doit pas être lu comme un classement exact des performances entre tous ces processeurs. Chaque puce répond à des objectifs différents, avec des compilateurs, des mémoires, des plateformes et des environnements de test distincts. Son utilité est plutôt de donner un ordre de grandeur : VerCore se situe plus près d’anciens processeurs basiques, embarqués ou basse consommation que des CPU modernes de bureau ou de serveur.

Le point essentiel : VerCore n’a pas encore été fabriqué

La principale limite de l’annonce est que VerCore n’existe pas encore sous forme de puce physique. Il a été validé en simulation, en comparant son comportement avec Spike, le simulateur de référence de l’architecture RISC-V, et il a été porté jusqu’au format GDSII à l’aide d’outils de conception électronique. Cette étape est importante, mais elle ne revient pas à disposer d’un processeur commercial fabriqué en silicium.

Dans l’industrie des semi-conducteurs, le passage d’un design simulé à une puce fabriquée et fiable est considérable. Le tape-out, la fabrication, les tests électriques, la validation physique, la consommation, la robustesse face aux variations de procédé et la qualification industrielle sont autant d’étapes complexes. Une erreur découverte trop tard peut coûter des millions.

C’est pourquoi il faut éviter toute lecture excessive. Design Conductor n’a pas démontré que l’intelligence artificielle pouvait remplacer une équipe complète d’ingénieurs dans la conception de puces commerciales complexes. En revanche, ce cas suggère que des agents autonomes peuvent commencer à automatiser des parties coûteuses du cycle de conception, notamment l’exploration, la génération de variantes, le débogage et la fermeture préliminaire du design.

Comment l’agent d’intelligence artificielle a travaillé

Design Conductor n’est pas un simple modèle de langage isolé, mais un système qui orchestre des modèles avancés et des outils de conception de puces. À partir du document initial, l’agent a produit une proposition de microarchitecture, implémenté des modules en Verilog, créé des bancs de test, lancé des simulations et corrigé les erreurs jusqu’à ce que le comportement du processeur corresponde aux attentes.

Le rapport technique explique, par exemple, comment le système a analysé des traces VCD, les a converties en fichiers CSV, a examiné les écritures dans les registres et a détecté des problèmes dans la logique de vidage du pipeline après des instructions de saut. Il a également exploré plusieurs variantes de design avec différentes pénalités de branchement, avant d’intégrer des techniques comme le forwarding précoce et un multiplicateur Booth-Wallace à quatre étages.

Autrement dit, le processus ne s’est pas limité à demander à une IA d’écrire du code Verilog. L’élément important a été l’itération : concevoir, tester, identifier les écarts, trouver la cause du problème, corriger et mesurer à nouveau. Ce cycle ressemble au travail quotidien d’une équipe d’ingénierie matérielle, même s’il a ici été exécuté par un système autonome dans un environnement contrôlé.

Pourquoi RISC-V est un terrain idéal pour ce type d’expérimentation

Le choix de RISC-V n’est pas anodin. Cette architecture s’est imposée comme un standard ouvert et modulaire pour la conception de processeurs. Cette ouverture facilite la recherche académique, les designs personnalisés et les expérimentations autour de l’automatisation, sans les mêmes barrières de licence que celles que l’on retrouve dans les architectures propriétaires.

L’écosystème RISC-V dispose aussi de simulateurs, de chaînes d’outils et d’une documentation largement accessibles, ce qui en fait un terrain particulièrement adapté pour tester de nouvelles formes de conception matérielle assistée par intelligence artificielle. Dans ce cas, la combinaison de RISC-V, Spike, OpenROAD et ASAP7 a permis de construire un flux de travail relativement ouvert et reproductible.

L’intérêt industriel est évident. Si ces systèmes gagnent en maturité, ils pourraient accélérer l’exploration de puces spécialisées pour des secteurs où le silicium sur mesure est aujourd’hui trop coûteux à justifier. Au lieu de consacrer des mois à étudier une seule architecture, une équipe pourrait évaluer de nombreuses variantes avec différents compromis entre consommation, surface et performance.

Le rapport de Verkor.io reconnaît toutefois des limites techniques importantes. Les modèles peuvent prendre des décisions architecturales peu efficaces, raisonner de manière incorrecte sur Verilog ou confondre le comportement d’un circuit avec celui d’un programme séquentiel. La conclusion la plus raisonnable n’est donc pas que les ingénieurs vont disparaître, mais que leur rôle pourrait évoluer vers la définition des objectifs, la revue critique, le renforcement de la vérification et les décisions d’architecture.

La vraie nouvelle n’est donc pas que VerCore soit un processeur puissant. Il ne l’est pas. La vraie nouvelle est qu’un outil d’intelligence artificielle a commencé à parcourir de manière autonome une partie du chemin qui sépare une spécification écrite du design physique d’une puce. Dans une industrie où le temps, le coût et la rareté des talents spécialisés pèsent de plus en plus lourd, ce changement pourrait être plus important que le score précis de ce premier processeur.

Questions fréquentes

VerCore est-il aussi puissant qu’un processeur Intel moderne ?

Non. VerCore ne concurrence pas les processeurs modernes d’Intel, AMD, Apple ou Arm. D’après la comparaison fournie par Verkor.io, ses performances sont plus proches de celles d’un Intel Celeron SU2300, un processeur basse consommation basique associé à des appareils datant de plus de dix ans.

Que signifie le score de 3 261 points CoreMark de VerCore ?

Cela signifie que le design a été évalué avec un benchmark couramment utilisé pour les processeurs embarqués et les microcontrôleurs. Ce chiffre permet de situer ses performances relatives, mais il ne doit pas être comparé directement à des tests PC comme Cinebench, Geekbench ou PassMark.

VerCore peut-il déjà être fabriqué comme une vraie puce ?

À ce stade, rien n’indique que VerCore ait été fabriqué physiquement. Le design a atteint le format GDSII et a été validé en simulation, mais la fabrication en silicium exige des étapes supplémentaires de vérification, de tests physiques et de validation industrielle.

Pourquoi est-il important que cette CPU soit basée sur RISC-V ?

RISC-V est une architecture ouverte et modulaire, ce qui facilite la recherche, la conception de processeurs personnalisés et l’expérimentation avec de nouveaux outils. Cette ouverture en fait une plateforme particulièrement attractive pour tester des systèmes de conception de puces assistés par intelligence artificielle.

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