Proxmox : 44 M€ d’actifs, mais pas 50 M$ de facturation

Le panorama actuel des solutions de sauvegarde pour Proxmox VE

Proxmox a longtemps porté l’étiquette d’« alternative open source à VMware ». Plus maintenant. Les bilans 2025 de Proxmox Server Solutions GmbH, déposés au registre du commerce autrichien, racontent l’histoire d’une société qui a quasiment quadruplé ses actifs en deux ans. Mais avant de reprendre le slogan qui circule en ce moment dans les forums sysadmin, « Proxmox facture 50 millions de dollars et croît de 200 % par an », il faut séparer ce que les chiffres montrent vraiment de ce qu’ils suggèrent.

La phrase capture l’humeur du moment, certes, mais elle force le trait. Les documents publics, compilés par free-pmx.org, sont des bilans abrégés : ils dévoilent les actifs, les capitaux propres, la trésorerie, l’effectif. Ils ne contiennent pas de compte de résultats détaillé avec chiffre d’affaires, marge brute ou EBITDA. Affirmer que Proxmox VE facture 50 M$ par an, sur cette seule base, n’est donc pas étayé.

Ce que disent vraiment les bilans de Proxmox

Les chiffres bruts parlent d’eux-mêmes. En 2025, Proxmox Server Solutions GmbH affiche 44,1 millions d’euros d’actifs totaux, contre 25,4 M€ en 2024 et 11,5 M€ en 2023. La société a presque quadruplé sa taille en deux exercices. Les capitaux propres suivent la même pente : 6,2 M€ en 2023, 13,9 M€ en 2024, puis 24,9 M€ en 2025.

Le bénéfice cumulé au bilan grimpe à 24,9 M€ fin 2025. La trésorerie passe de 2,3 M€ à 9 M€ en un an, et les placements financiers atteignent 28,4 M€, contre 7,1 M€ deux ans plus tôt. Pour un éditeur de logiciels avec 41 employés en 2025 (27 deux ans plus tôt), c’est une santé financière qu’on ne croise pas tous les jours.

ExerciceActifs totauxCapitaux propresBénéfice de bilanTrésorerie
202311,5 M€6,2 M€6,1 M€1,9 M€
202425,4 M€13,9 M€13,9 M€2,3 M€
202544,1 M€24,9 M€24,9 M€9,0 M€

Lecture la plus prudente : Proxmox ne publie pas son chiffre d’affaires dans ces documents, mais le bilan dessine une société rentable, liquide, sans dette inquiétante, et dont le patrimoine grossit chaque année. L’effectif suit. On est loin d’une multinationale, mais aussi loin d’un projet communautaire bénévole sans armature commerciale.

Une ligne attire l’œil : les passifs différés. Ils passent de 4,9 M€ en 2023 à 15,2 M€ en 2025. Sur un éditeur qui vend du support sous abonnement, c’est typiquement le signe de revenus encaissés à l’avance et constatés au fil de la prestation. Le bilan seul ne permet pas de reconstituer le détail commercial, mais cette ligne donne une indication sur le modèle de souscription.

VMware, Broadcom et le mouvement de fond

Impossible de comprendre la trajectoire de Proxmox sans le contexte VMware. Le rachat de VMware par Broadcom et la refonte des licences ont poussé une partie du marché à reconsidérer sa dépendance à vSphere. PME, intégrateurs, fournisseurs de services managés, administrations, ESN sensibles aux coûts : tous se sont mis à chiffrer le coût d’une migration. Proxmox VE coche pas mal de cases, KVM, LXC, haute disponibilité, sauvegarde, clustering, Ceph, sous licence open source avec support sous abonnement.

L’écosystème suit. En 2024, Veeam a annoncé le support de Proxmox VE dans sa plateforme de sauvegarde, signal fort pour les DSI qui ne veulent pas migrer sans filet. Proxmox a élargi son catalogue avec Backup Server, Mail Gateway et le Datacenter Manager présenté en 2025 pour piloter des infrastructures multi-clusters. Les choix tarifaires de Broadcom autour de VMware n’ont rien d’un chaos passager : ils dessinent une sélection du marché, et Proxmox en récolte une partie.

Ces chiffres expliquent l’intérêt soudain pour le bilan d’une société autrichienne dans les communautés sysadmin. Pendant des années, le frein principal à Proxmox en environnement entreprise n’était pas technique. C’était la question : « qui répond si ça casse à 3 h du matin un dimanche ? ». Les comptes publics ne répondent pas à tout, mais ils déplacent le curseur.

Vates et XCP-ng : l’autre alternative européenne

La comparaison avec Vates revient souvent. La société française derrière XCP-ng et Xen Orchestra publie aussi ses comptes, même si les chiffres varient selon la source. Pappers indique 2,81 M€ de chiffre d’affaires 2024 et 840 000 € de résultat net pour Vates. D’autres médias français mentionnent une facturation au-dessus de 4 M€ la même année, avec un ARR autour de 6 M€ et une équipe en croissance rapide.

Comparer les deux maisons reste délicat. Vates joue dans une catégorie financière plus modeste, sur une pile Xen, avec Xen Orchestra et XCP-ng au centre du jeu. Proxmox bénéficie d’une adoption communautaire plus large et du tempo VMware/Broadcom. Mais le mouvement de fond est le même : le marché européen veut des alternatives ouvertes, soutenues, sans s’enfermer dans une grille tarifaire imposée depuis San José ou Palo Alto.

Migration : ce qui compte vraiment au-delà des bilans

La santé financière du fournisseur compte, oui. Mais elle ne suffit pas. Avant de basculer un cluster vSphere de production vers Proxmox, il faut peser la qualité du support, la fréquence des mises à jour, la couverture sécurité, l’intégration avec les outils de sauvegarde, la disponibilité d’intégrateurs locaux, la documentation, la roadmap, l’épaisseur de la communauté, et la facilité de sortie le jour où il faut changer de plateforme.

Sur ce dernier point, l’open source joue en faveur de Proxmox. Le risque d’enfermement existe partout, mais il est plus faible qu’avec une pile propriétaire. Le code est lisible, la connaissance est partagée, et personne ne peut multiplier le prix par cinq du jour au lendemain en changeant la grille de licences. Les retours d’expérience commencent à s’accumuler : Artec a documenté un gain de 40 % de performances en production après bascule, ce qui rejoint d’autres benchmarks publiés ces derniers mois.

Le VDI suit le même chemin. UDS Enterprise a renforcé son intégration avec Proxmox pour proposer une alternative crédible à VMware Horizon, là où Broadcom a clairement refroidi les déploiements grand volume. Ce sont des signaux concrets, pas du discours commercial.

Les entreprises qui partent en production sur Proxmox ne devraient pas se contenter d’un « c’est gratuit » ou d’un « beaucoup l’utilisent ». Souscription support, stratégie de stockage testée, plan de haute disponibilité validé, sauvegardes documentées, équipes formées : la même rigueur qu’avec n’importe quel hyperviseur. Un bilan solide chez le fournisseur n’efface pas ces étapes.

La conclusion la plus honnête tient en deux phrases. Sur la base des documents publics disponibles, on ne peut pas dire que Proxmox facture 50 millions de dollars par an. En revanche, ses 44,1 M€ d’actifs en 2025 friseraient ce chiffre une fois convertis, et la position financière est nettement plus solide qu’on ne l’imagine quand on découvre Proxmox via un forum. Pour une migration depuis VMware, ce n’est pas un argument suffisant à lui seul, mais c’est une objection en moins.

Questions fréquentes

Proxmox facture-t-il vraiment 50 millions de dollars par an ?
Les bilans publics ne le disent pas. Ils mentionnent 44,1 M€ d’actifs totaux fin 2025, 24,9 M€ de capitaux propres et 9 M€ de trésorerie. Le chiffre d’affaires annuel n’apparaît pas dans les documents abrégés déposés au registre du commerce autrichien.

Que peut-on tirer concrètement des bilans Proxmox 2023-2025 ?
Une croissance forte des actifs (×4 en deux ans), des capitaux propres qui suivent, une trésorerie qui passe de 2,3 à 9 M€ en un an, et un effectif qui grimpe de 27 à 41 personnes. Le tout sans dette financière inquiétante visible.

La santé financière du fournisseur suffit-elle à valider une migration depuis VMware ?
Non. Elle pèse, mais l’architecture technique, la couverture support, l’intégration aux outils de sauvegarde, la disponibilité d’intégrateurs et la facilité de sortie comptent autant. Une bascule de production se prépare comme un projet, pas comme un changement de logo.

Comment Proxmox se compare à Vates et XCP-ng sur le plan financier ?
Vates joue dans une catégorie plus modeste : 2,81 M€ de chiffre d’affaires 2024 selon Pappers, 4 M€ et 6 M€ d’ARR selon d’autres sources. Les deux maisons incarnent la même tendance : le marché européen veut des hyperviseurs ouverts, soutenus, et indépendants des grilles tarifaires américaines.

Source : rapports financiers de Proxmox compilés par free-pmx.org

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