Le gouvernement indien a approuvé Semicon 2.0, un programme doté de 1 275 milliards de roupies, environ 13,3 milliards de dollars, pour attirer de nouvelles usines de semi-conducteurs, soutenir la conception de puces et bâtir une chaîne d’approvisionnement locale en machines, matériaux et produits chimiques. L’initiative prolonge le plan lancé en 2021 et vise à réduire la dépendance aux importations.

Contexte : une stratégie industrielle sur le long terme

Le Conseil des ministres indien avait annoncé Semicon 2.0 dans le budget de février, sans encore détailler le financement ni l’approbation finale. La nouvelle enveloppe dépasse les 10 milliards de dollars de la première phase, confirmant que New Delhi traite les semi-conducteurs comme une politique industrielle de long terme, pas comme une opération ponctuelle pour attirer une ou deux usines. L’Inde dispose d’un marché intérieur en croissance, d’une industrie électronique étendue et de dizaines de milliers d’ingénieurs spécialisés dans la conception de puces, mais elle reste très dépendante de l’étranger pour la majorité des semi-conducteurs qu’elle consomme, sans capacité de production de wafers comparable à celle de Taïwan, de la Corée du Sud, des États-Unis, de la Chine ou du Japon.

Les faits : six piliers pour construire une chaîne complète

La première phase ciblait surtout les subventions aux usines, aux installations d’emballage et aux projets de conception. Semicon 2.0 étend le soutien aux équipements, gaz, produits chimiques, propriété intellectuelle, recherche et formation du personnel nécessaire pour faire tourner ces installations, organisé autour de six piliers.

Pilier de Semicon 2.0Objectifs de développement
Conception de pucesPropriété intellectuelle, systèmes sur puce et entreprises fabless indiennes
Machines et matériauxÉquipements, gaz, produits chimiques, wafers et composants pour les usines
Nouvelle fabricationUsines de silicium, semi-conducteurs en carbure de silicium, composants discrets et écrans
Emballage avancéPlus de capacités pour l’ATMP et l’OSAT, y compris l’intégration avancée
R&DProcédés plus avancés et collaboration avec des centres internationaux
FormationConception électronique, salles blanches, construction et gestion d’usines

L’ATMP couvre l’assemblage, les tests, le marquage et l’emballage, tandis que l’OSAT désigne les entreprises qui réalisent ces opérations pour le compte de tiers. Ces étapes transforment une wafer traitée en composant prêt à intégrer un téléphone, une voiture, un serveur ou un système industriel, et l’Inde y a déjà progressé plus vite que dans la fabrication de wafers elle-même, notamment via la collaboration de Kaynes Semicon avec des partenaires japonais pour se positionner sur ce créneau. Semicon 2.0 veut bâtir sur cette base pour remonter la chaîne de valeur, avec des usines de silicium, de carbure de silicium et de fournisseurs locaux de matériaux et de machines : une usine ne fonctionne pas avec un seul bâtiment et des machines lithographiques, elle a besoin de wafers, de gaz ultrapurs, de photorésines, de masques et d’un réseau fiable de fournisseurs, sans quoi la dépendance extérieure persiste même en fabriquant localement.

Analyse : Semicon 1.0 a surtout produit de l’emballage

Le premier programme, lancé en 2021 avec 760 milliards de roupies, offrait des subventions allant jusqu’à 50 % des coûts pour certains projets. Jusqu’en juillet 2026, l’Inde avait approuvé 12 unités de fabrication, pour un investissement total supérieur à 1,64 billion de roupies, ainsi que 24 initiatives de conception financées.

IndicateurSemicon 1.0Semicon 2.0
Année d’approbation20212026
Dotation publique~10 Md$~13,3 Md$
Priorités initialesUsines, emballage et conceptionChaîne d’approvisionnement complète
Projets de fabrication approuvés12En attente de sélection
Projets de conception financés24En expansion
FormationProgrammes initiauxConception, salles blanches, gestion industrielle

Les 12 projets comprennent une usine de silicium, une de carbure de silicium, une installation intégrée de nitrure de gallium, des écrans Micro LED et neuf unités liées à l’emballage. Micron Technology, Kaynes Semicon et CG Semi ont déjà lancé la production commerciale : l’usine de Micron à Sanand, dans le Gujarat, assemble et teste des mémoires fabriquées ailleurs, ce qui dynamise l’activité industrielle locale sans encore correspondre à une production massive de wafers mémoire sur place. La première grande usine de wafers de silicium soutenue par le programme, portée par Tata Electronics à Dholera avec la technologie de Powerchip Semiconductor Manufacturing Corporation de Taïwan, n’est attendue qu’en 2028, un calendrier déjà fragilisé par les tensions sur les terres rares nécessaires à la fonderie.

Perspectives : transformer la demande intérieure en capacité industrielle

Le marché indien des semi-conducteurs est passé d’environ 38 milliards de dollars en 2023 à une estimation de 45 à 50 milliards pour 2024-2025, avec des prévisions gouvernementales et sectorielles tablant sur 100 à 110 milliards d’ici 2030, voire 130 milliards selon certaines estimations récentes. La demande vient des smartphones, véhicules, télécommunications, centres de données, appareils industriels, compteurs intelligents, défense et électronique grand public. L’Inde assemble déjà une grande partie des smartphones qu’elle vend et exporte, mais importe encore de nombreux composants à forte valeur ajoutée. Semicon 2.0 cherche à exploiter cette demande pour pousser les fabricants à produire localement, avec en parallèle un programme de 625 milliards de roupies pour la fabrication de téléphones mobiles, doté d’incitations liées aux ventes et d’un bonus pour l’usage de composants nationaux.

L’argent public ne suffira pas à lever tous les obstacles. Les usines exigent un approvisionnement continu en électricité, de grandes quantités d’eau ultrapure, une logistique fiable et des compétences techniques pointues, un point sur lequel même les États-Unis peinent déjà malgré des subventions massives et la présence de TSMC, Micron, Samsung ou Intel sur leur sol. La compétition pour attirer ces investissements reste féroce, entre États-Unis, Union européenne, Japon, Corée du Sud et Chine. L’Inde n’a pas besoin, pour l’instant, de rivaliser sur les processeurs les plus avancés : elle peut construire sa position sur les puces automobiles et énergie, les semi-conducteurs composites, les capteurs, les composants analogiques et l’emballage avancé, des marchés moins visibles que celui de l’IA mais tout aussi essentiels. La véritable évaluation de Semicon 2.0 se fera sur le nombre de projets qui aboutissent réellement à la production, l’origine nationale des matériaux utilisés, et la capacité des entreprises indiennes à développer une propriété intellectuelle exportable.

Questions fréquentes

Combien l’Inde prévoit-elle d’investir dans Semicon 2.0 ?

Le programme dispose d’une enveloppe de 1 275 milliards de roupies, environ 13,3 milliards de dollars au taux de change annoncé au lancement.

Quelles différences entre Semicon 1.0 et Semicon 2.0 ?

La première phase ciblait surtout fabrication, emballage et conception. La seconde étend les aides aux équipements, matériaux, recherche, propriété intellectuelle et formation spécialisée.

L’Inde fabrique-t-elle déjà des semi-conducteurs à l’échelle commerciale ?

Oui, plusieurs usines d’assemblage, de test et d’emballage produisent déjà. La fabrication à grande échelle de wafers de silicium reste en développement, avec la première grande fonderie attendue en 2028.

Quelles entreprises produisent déjà dans le cadre du programme ?

Le gouvernement cite Micron Technology, Kaynes Semicon et CG Semi comme ayant déjà lancé leurs opérations commerciales.

Source : RevistaCloud (India Semiconductor Mission)