Sberbank a annoncé, lors de la visite de Vladimir Poutine en Chine, que GigaChat utiliserait des microprocesseurs fabriqués en Chine. German Gref, directeur général de la banque, a formulé la demande devant les deux chefs d’état. Le message est clair : bloquée par les sanctions occidentales, la Russie se tourne vers Pékin pour maintenir son projet d’IA générative nationale en vie.
GigaChat, bien plus qu’un chatbot
Sberbank positionne GigaChat comme une famille complète de modèles orientés vers la langue russe : traitement de texte, analyse, automatisation, programmation, raisonnement et reconnaissance d’images. Son API s’intègre dans des produits et services tiers, une démarche visant à construire une infrastructure locale d’IA pour les entreprises, l’administration et les secteurs régulés.
Sur le plan technique, GigaChat repose sur une architecture Mixture of Experts (MoE), qui n’active qu’une partie du modèle selon la tâche en cours. Cette approche réduit les besoins en calcul pour l’inférence à grande échelle et s’appuie sur l’entraînement de modèles fondamentaux publiés en open source pour attirer les développeurs. C’est une stratégie cohérente, mais elle bute sur une contrainte que ni le talent ni la politique ne peuvent régler seuls : la capacité de calcul.
L’entraînement et le déploiement de modèles linguistiques modernes exigent des quantités importantes d’accélérateurs spécialisés. Sans accès aux GPU d’entreprise de NVIDIA ou AMD, bloqués par les sanctions américaines depuis 2022, la Russie accumule un retard structurel. La Chine apparaît comme la seule voie praticable à court terme.
Huawei Ascend 950PR : le chip chinois dans le viseur de Moscou
Sberbank n’a pas désigné de fournisseur spécifique, mais le marché converge vers Huawei et sa gamme Ascend. Selon Reuters, en mars 2026, de grandes entreprises chinoises — ByteDance, Alibaba — préparaient des commandes de l’Ascend 950PR après des tests favorables. Ce processeur ne s’impose pas uniquement par ses performances : sa compatibilité améliorée avec des outils proches de l’environnement CUDA de NVIDIA facilite la migration de charges de travail existantes.
| Élément clé | Situation |
|---|---|
| Modèle russe | GigaChat, développé par Sberbank |
| Besoin principal | Accélérateurs IA pour entraînement et inférence |
| Restriction russe | Sanctions occidentales et accès bloqué au matériel avancé |
| Fournisseur probable | Fabricants chinois, Huawei en tête |
| Chip ciblé | Huawei Ascend 950PR |
| Concurrents pour l’approvisionnement | ByteDance, Alibaba, Tencent |
| Risque principal | Offre limitée et priorité à la demande intérieure chinoise |
L’Ascend 950PR est mieux adapté à l’inférence qu’à l’entraînement massif. Pour déployer GigaChat à grande échelle auprès des utilisateurs et des entreprises, ce positionnement peut suffire dans un premier temps. Mais pour entraîner des modèles plus volumineux ou des générations futures, la Russie aurait besoin de chips plus puissants, associés à une infrastructure réseau, mémoire et stockage adaptée.
Autre écueil : Huawei vise une production d’environ 750 000 unités de l’Ascend 950PR en 2026, selon Reuters. Une quantité significative, mais limitée par les contraintes de la fabrication avancée en Chine. Dans cette chaîne tendue, la demande intérieure des grandes entreprises tech chinoises passe naturellement avant les commandes étrangères.
L’alliance technologique Moscou-Pékin
La demande de chips adressée à Pékin s’inscrit dans une collaboration plus large. Ces dernières années, la Russie et la Chine ont multiplié les déclarations de coopération sur l’IA, les logiciels open source, la gouvernance technologique et les applications stratégiques. Poutine avait déjà demandé à Sberbank de renforcer ses liens avec la Chine dans ce domaine, pour réduire la dépendance aux technologies occidentales.
L’IA est devenue un terrain où les sanctions, les contrôles à l’export et la politique industrielle pèsent autant que les avances scientifiques. Les États-Unis bloquent les puces avancées vers certains pays. La Chine construit ses alternatives nationales. La Russie, plus isolée et avec une capacité industrielle moindre dans les semi-conducteurs, tente de s’appuyer sur Pékin pour ne pas être laissée hors de jeu.
La différence entre les deux pays reste grande. La Chine a construit, sur plusieurs décennies, une base industrielle solide : fabricants de semi-conducteurs, fournisseurs de télécommunications, modèles fondamentaux, politique publique orientée vers l’autonomie. La souveraineté de l’IA d’entreprise est une question qui dépasse les seuls modèles — elle exige toute une chaîne d’infrastructure, de la puce au datacenter. La Russie, elle, reste fragile sur ce terrain, avec un accès limité aux chaînes d’approvisionnement mondiales.
Matériel, souveraineté et limites réelles
On peut déployer GigaChat, publier une API, construire une plateforme nationale. Mais si la dépendance aux fournisseurs de chips reste entière, l’autonomie est partielle. C’est le paradoxe de la Russie : elle fuit la dépendance occidentale pour en créer une autre, à l’égard de Pékin. Cette dépendance peut fonctionner tant que les intérêts s’alignent, mais elle réduit les marges de manœuvre si la demande chinoise se tend ou si Huawei privilégie ses propres clients.
Pour la Chine, exporter des chips vers la Russie a une valeur géopolitique certaine, mais aussi un coût d’opportunité. Chaque accélérateur exporté est un accélérateur qui ne revient pas à ByteDance, Alibaba ou Tencent. Dans une chaîne d’approvisionnement déjà sous pression, la politique industrielle peut l’emporter sur l’affinité diplomatique.
GigaChat pourrait tenir son rôle en russe, pour les services nationaux et les entreprises du pays. La course aux puces IA redistribue les cartes à l’échelle mondiale, et la Russie en est l’un des acteurs les plus contrains. Son avenir dans l’IA dépend moins du talent de ses ingénieurs que des accords d’approvisionnement qu’elle parviendra à sécuriser avec Pékin.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que GigaChat ?
GigaChat est la famille de modèles d’IA générative développée par Sberbank, axée sur la langue russe. Elle couvre les tâches de texte, d’analyse, de code et d’image, et est accessible via API pour les entreprises et les développeurs.
Pourquoi la Russie cherche-t-elle des puces IA en Chine ?
Les sanctions occidentales bloquent l’accès russe aux accélérateurs avancés de NVIDIA et AMD. Sans ces composants, entraîner et déployer des modèles de langage modernes est impossible à grande échelle. La Chine est le seul fournisseur accessible disposant d’alternatives crédibles.
Quels chips Sberbank pourrait-elle utiliser pour GigaChat ?
Aucun fournisseur officiel n’a été confirmé, mais le marché s’oriente vers Huawei et son Ascend 950PR, qui présente une compatibilité croissante avec les outils de l’environnement CUDA et intéresse déjà ByteDance et Alibaba.
La Chine pourra-t-elle répondre à la demande russe en chips IA ?
Pas de façon garantie. Huawei prévoit environ 750 000 unités de l’Ascend 950PR en 2026, mais sa demande intérieure — ByteDance, Alibaba, Tencent — est énorme. La Russie devra se positionner dans une chaîne d’approvisionnement déjà très tendue.