NAND : TrendForce prévoit un mieux pour la pénurie fin 2027

SK hynix marque une étape avec la première NAND QLC de 321 couches : l'avenir du stockage pour l'ère de l'IA

La pénurie mondiale de mémoire NAND Flash pourrait commencer à se résorber au second semestre 2027. Selon TrendForce, l’offre en bits dépasserait alors la demande, grâce à des améliorations de procédé en Corée du Sud, aux États-Unis et au Japon, à une production chinoise en hausse, et à la faiblesse persistante des marchés du smartphone et de l’ordinateur portable. Ce n’est pas pour autant un retour annoncé aux prix d’avant la crise.

L’essentiel en 30 secondes : l’offre resterait 4 à 5 % en dessous de la demande en 2026, avant un possible retournement dès la seconde moitié de 2027. Les fabricants augmenteront la production surtout par amélioration de procédés, pas par de nouvelles usines. La Chine pourrait approcher 19 % de la production mondiale en bits. Les serveurs continueront d’absorber une capacité croissante, pendant que mobiles et portables ralentissent.

Parler de « fin de la pénurie » serait excessif. TrendForce emploie une formule plus prudente : la pression sur l’approvisionnement pourrait diminuer. Quand la production en bits dépasse légèrement la consommation, cela ne veut pas dire que tous les types de NAND deviennent disponibles en quantité suffisante, ni que les stocks se reconstituent d’un coup, ni que les prix des SSD grand public reviennent vite à leur niveau d’avant crise.

Contexte : un marché en pleine correction

Ce marché traverse une phase de correction après une période de hausses exceptionnelles. TrendForce table sur un prix contractuel moyen de la NAND en hausse de 55 à 60 % au premier trimestre 2026, puis de 70 à 75 % au deuxième. La hausse se modérerait à 10-15 % au troisième trimestre, les fabricants de mobiles et d’ordinateurs ayant atteint la limite de ce qu’ils peuvent répercuter sur le prix final.

Les grands producteurs ne résoudront pas le problème en construisant rapidement de nouvelles usines : une fab de semi-conducteurs demande plusieurs années pour être bâtie, équipée, validée puis montée en cadence. En 2026, le manque d’espace disponible et la priorité donnée à la DRAM ont déjà limité l’expansion de la NAND. Les fabricants ont répondu en ajoutant des couches, en améliorant les rendements et en migrant vers des procédés qui augmentent la capacité par wafer, ce que l’industrie appelle la « croissance en bits ».

Levier d’augmentation de l’offreImpact
Plus de couches NAND 3DCapacité accrue par puce
Utilisation accrue du QLCQuatre bits par cellule
Amélioration des rendementsMoins de défauts et de rebuts
Mise à jour des équipementsPlus de production sur les lignes existantes
Extensions d’usinesWafers supplémentaires, mais plus lent
Nouvelles usinesCapacité additionnelle à long terme

Les faits : la Chine grimpe, les géants engrangent

TrendForce prévoit que les fabricants sud-coréens, américains et japonais continueront d’optimiser leurs procédés en 2027 tout en étendant partiellement certaines installations, pendant que les entreprises chinoises progressent plus vite en intégrant de nouveaux équipements. La part chinoise atteindrait près de 19 % de la production mondiale en bits en 2027. Le rapport ne détaille pas la contribution de chaque acteur, mais le marché reste dominé par Samsung Electronics, SK hynix, Solidigm, Kioxia, Micron et SanDisk, dont le chiffre d’affaires combiné a dépassé 38,9 milliards de dollars au premier trimestre 2026, en hausse de 83,7 % sur un trimestre, porté par la hausse des prix et la demande de SSD d’entreprise.

Ces fabricants ont profité du cycle pour privilégier les produits à marge élevée, en particulier les SSD TLC et QLC de grande capacité pour le marché professionnel. Une stratégie rentable qui répond à la demande des centres de données, mais qui réduit d’autant la mémoire disponible pour le grand public, les modules, les mobiles et les appareils industriels. Ce même arbitrage entre marges entreprise et volumes grand public apparaît dans les prévisions d’ADATA sur une décennie de pénurie de mémoire tirée par l’IA.

Analyse : l’IA continue d’avaler du stockage

La demande en serveurs ne montre aucun signe de ralentissement. TrendForce table sur une hausse de 17 % des livraisons mondiales de serveurs en 2026, portée par les nouvelles plateformes Intel et AMD, et sur une accélération encore plus nette en 2027 avec le déploiement des applications d’IA. Les serveurs représentent déjà plus de 40 % de la demande de NAND en bits : les SSD d’entreprise stockent ensembles d’entraînement, bases de données, caches, logs, modèles et contenu généré par les agents en cours d’exécution.

L’expansion des capacités d’inférence change aussi le rôle du stockage. Un agent qui maintient un contexte prolongé, répète des requêtes, génère des fichiers et enchâine des opérations pendant des heures pousse la fréquence de lecture-écriture bien au-delà de ce que produisait un simple chargement de modèle suivi d’une réponse. La pénurie de disques durs à grande capacité ajoute une pression supplémentaire : certains fournisseurs cloud sont passés à des SSD QLC de 122 ou 245 To à cause des délais de livraison des disques mécaniques, ce qui soutient la demande en NAND même quand la fabrication augmente. Les neuf principaux fournisseurs cloud relèveraient leurs dépenses d’investissement d’environ 79 % en 2026, en partie pour cette capacité de stockage. C’est le même mouvement que décrit notre article sur SK hynix qui revoit à la baisse sa promesse de DRAM face à l’appétit de l’IA, et sur le matériel industriel adapté, on retrouve le SSD industriel de 8 To lancé par BIWIN pour la surveillance et l’IA en périphérie.

La faiblesse du marché grand public compte tout autant que la hausse de la production. Smartphones et ordinateurs portables représentent encore près de 40 % de la demande mondiale de NAND en bits, et leur recul libère de la capacité qui compense en partie la croissance côté serveurs. TrendForce anticipe une production de smartphones en baisse de 15 à 20 % en 2026, puis une nouvelle baisse plus modérée en 2027, tandis que les portables reculeraient d’environ 10 % en 2026. Cette tension sur les prix touche d’ailleurs déjà les fabricants, comme le montre la baisse du marché smartphone liée à la crise de la mémoire, dont profitent surtout Samsung et Apple.

Perspectives : un équilibre qui ne veut pas dire des prix bas

La prévision de TrendForce repose sur une bascule de la balance offre-demande, d’un déficit de 4-5 % en 2026 à un surplus potentiel au second semestre 2027, ce qui signifierait pour la première fois une production qui dépasse la croissance du marché. Le prix final d’un SSD dépendra pourtant de bien d’autres facteurs : reconstitution des stocks, contrats à honorer avec les fournisseurs cloud, retour sur investissement des nouveaux équipements. Une gestion disciplinée de la production pourrait aussi éviter la chute des prix observée lors des cycles précédents.

La répartition des capacités continuera de favoriser les produits les plus rentables. Même avec assez de bits au niveau mondial, certaines catégories resteront tendues : eMMC et UFS pour mobiles, SSD d’entreprise de grande capacité, ou NAND industrielle à cycle de vie étendu. Les mémoires matures forment un cas à part : la sortie progressive de certains fabricants des marchés MLC et SLC a créé une pénurie structurelle que l’expansion de la NAND 3D ne résoudra pas mécaniquement. TrendForce chiffre la baisse de capacité mondiale en MLC à 41,7 % en 2026.

Pour les clients entreprise, l’amélioration attendue en 2027 laisse entrevoir un marché moins tendu, mais sécuriser l’approvisionnement reste une priorité : les fournisseurs cloud s’appuient déjà sur des accords à long terme, des paiements anticipés et des engagements de volume pour réserver de la capacité. La seconde moitié de 2027 s’annonce comme une étape crédible vers une baisse progressive de la pression sur la NAND, grâce à plus de bits par wafer, quelques extensions d’usines et une consommation d’électronique grand public moindre, sans pour autant garantir le retour immédiat de SSD bon marché.

Questions fréquentes

Quand la pénurie de NAND Flash prendra-t-elle fin ?

TrendForce prévoit que la pression pourrait commencer à diminuer au second semestre 2027, sans garantir que toutes les catégories de NAND cesseront d’être sous tension à cette date.

Pourquoi l’intelligence artificielle consomme-t-elle autant de NAND ?

Les centres de données ont besoin de SSD pour stocker modèles, bases de données, contenu et caches, et les agents d’IA multiplient les requêtes continues qui génèrent encore plus de données.

Les prix des SSD baisseront-ils en 2027 ?

Un meilleur équilibre pourrait modérer la hausse et préparer une baisse ultérieure, mais les faibles stocks, les contrats à long terme et la priorité donnée aux produits industriels pourraient retarder cette baisse pour le grand public.

Comment augmenter la production sans construire de nouvelles usines ?

En optimisant les lignes existantes : plus de couches de NAND 3D, davantage de QLC et de meilleurs rendements de fabrication permettent de produire plus de bits avec une capacité de wafers similaire.

Quelles catégories de mémoire resteront tendues malgré le rééquilibrage ?

L’eMMC et l’UFS pour mobiles, les SSD d’entreprise de grande capacité et la NAND industrielle à cycle de vie étendu, ainsi que les mémoires matures MLC et SLC en voie de disparition chez plusieurs fabricants.

Source : wccftech

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