Le marché mondial des smartphones a plongé au deuxième trimestre 2026. Counterpoint Research chiffre la baisse annuelle à 11 %, le pire deuxième trimestre depuis 2013. IDC, de son côté, retient une baisse de 6,7 % pour 277,5 millions d’unités. Les chiffres divergent, mais les deux cabinets pointent la même origine : la pénurie et la flambée des prix des mémoires DRAM et NAND.
Ce qu’il faut retenir en 20 secondes
- Counterpoint prévoit une baisse de 11 %, IDC table sur 6,7 %.
- La hausse des prix mémoire s’explique par la demande des centres de données d’IA.
- Samsung reprend la tête avec 24 % de parts, Apple suit avec 20 %.
- Les marques dépendantes du segment économique encaissent les plus fortes baisses.
Les données restent provisoires et portent surtout sur les envois vers distributeurs et opérateurs (le « sell-in »), pas nécessairement sur les mobiles déjà achetés par les consommateurs. L’écart de 4,3 points entre Counterpoint et IDC tient probablement à des méthodologies et périmètres géographiques différents. Reste que le marché s’est nettement rétracté entre avril et juin.
Deux cabinets, un même constat
Counterpoint décrit ce trimestre comme le pire depuis 13 ans et anticipe une baisse d’environ 14 % sur l’ensemble de 2026. IDC va dans le même sens avec une chute annuelle de 13,9 % et environ 1 090 millions d’appareils distribués, la pire année de l’histoire du secteur selon le cabinet.
| Consultant | Estimation T2 2026 |
|---|---|
| Counterpoint Research | Recul de 11 % sur un an |
| IDC | Baisse de 6,7 %, 277,5 millions d’unités |
| Point commun | La mémoire est le principal frein |
| Segment le plus touché | Entrée et milieu de gamme |
| Segment le plus résistant | Premium |
Le recul se dessinait déjà au premier trimestre, avec une baisse de 2,9 % selon IDC après dix trimestres consécutifs de croissance. La dégradation entre avril et juin montre que la pénurie de composants n’est plus seulement un problème de production : les fabricants répercutent désormais ces coûts sur leurs prix, limitent leurs lancements et revédient la configuration de leurs modèles. Cela marque la fin de la reprise entamée mi-2023. Le smartphone reste un produit essentiel, mais une bonne partie des utilisateurs peut repousser son renouvellement quand les nouveaux modèles coûtent plus cher sans amélioration évidente.
Sur les marchés sensibles au prix, cela se traduit par un terminal gardé un an de plus, un modèle antérieur ou un passage au marché de l’occasion et du reconditionné. Pour les fabricants, ça veut dire perdre du volume là où se joue justement l’essentiel de leurs ventes.
L’IA capte la même mémoire que les smartphones
Le problème ne vient pas des processeurs mobiles mais de la disponibilité et du coût de la mémoire. Un smartphone a besoin de DRAM pour faire tourner système et applications, et de NAND Flash pour stocker photos, vidéos et logiciels. Les fabricants de mémoire orientent désormais une part croissante de leur capacité vers les serveurs, la mémoire à haut débit et le stockage d’entreprise, des marchés tirés par les centres de données IA qui acceptent de payer bien plus cher que le grand public. SK hynix, qui vient de lever 26,5 milliards de dollars sur la bataille de la HBM, illustre bien où vont désormais les priorités de production.
TrendForce estime que le prix moyen de la mémoire mobile LPDDR4X a grimpé de 70 % à 75 % au deuxième trimestre par rapport au premier. La LPDDR5X, réservée aux appareils plus récents et performants, a connu une hausse de 78 % à 83 %.
| Type de mémoire mobile | Hausse trimestrielle estimée |
|---|---|
| LPDDR4X | 70 % à 75 % |
| LPDDR5X | 78 % à 83 % |
La NAND suit la même pente. TrendForce table sur une hausse de 70 % à 75 % des prix contractuels de la NAND Flash sur le trimestre, en partie parce que les fournisseurs réorientent leur production vers les SSD d’entreprise. Une hausse qui touche tous les téléphones, mais pas de la même façon : sur un smartphone à 1 000 euros, quelques dollars de surcoût s’absorbent facilement, alors que sur un modèle à 100 ou 150 euros, la même hausse rogne franchement la marge.
Les fabricants n’ont que des options impopulaires devant eux : augmenter le prix final, réduire la mémoire et le stockage, prolonger la durée de vie des anciens modèles, ou abandonner les références à faible marge. TrendForce observe déjà ces ajustements dans les fiches techniques : les 12 Go de RAM deviennent la norme en haut de gamme pendant que le 16 Go recule, le milieu de gamme se stabilise autour de 8 Go, et l’entrée de gamme tourne désormais près de 4 Go.
Le paradoxe saute aux yeux : faire tourner des fonctions d’IA en local demande plus de mémoire, au moment même où cette mémoire devient plus chère à cause des centres de données. Certains constructeurs préfèrent alors transférer davantage de traitements vers le cloud plutôt que de gonfler les spécifications du terminal, quitte à renforcer leur dépendance à la connexion et au calcul distant.
Samsung et Apple encaissent mieux que le milieu de gamme
Samsung reprend la tête mondiale avec 24 % de parts selon Counterpoint, sa meilleure performance annuelle depuis 13 ans, portée par la disponibilité de ses produits, des promotions et le lancement de la gamme Galaxy S26. Apple suit avec une part record pour un deuxième trimestre à 20 %, en hausse de 3 % sur les expéditions, et reste selon Counterpoint le seul grand fabricant à ne pas avoir augmenté ses prix sur la période. La demande pour l’iPhone 17 a en partie compensé la faiblesse constatée en Chine.
| Fabricant | Part de marché mondiale T2 2026 |
|---|---|
| Samsung | 24 % |
| Apple | 20 % |
| Xiaomi | 12 % |
| OPPO | 11 % |
| vivo | 8 % |
Xiaomi, OPPO et vivo accusent des baisses à deux chiffres sur un an. Les trois marques dépendent davantage des appareils économiques et de milieu de gamme, là où répercuter la hausse du coût de la mémoire est le plus difficile. Xiaomi garde sa troisième place avec 12 %, après avoir simplifié ses gammes et amélioré les conditions de financement de ses distributeurs. OPPO, qui intègre OnePlus et Realme selon Counterpoint, atteint 11 %, et vivo se maintient à 8 %.
En dehors du top 5, Google a fait progresser ses expéditions de 16 %, porté par les Pixel 10 et 10a, tandis que Huawei grimpe de 6 % grâce à ses produits pour le marché chinois. Des volumes encore loin des leaders, mais qui prouvent qu’il reste de la croissance possible quand l’offre se différencie ou que le marché local tient bon, un peu comme Huawei qui prépare sa propre transition vers la DRAM pour réduire sa dépendance extérieure.
Ce trimestre confirme une fracture nette entre deux marchés. En haut de gamme, Apple et Samsung disposent de l’échelle, des contrats d’approvisionnement, du financement et d’une clientèle moins sensible au prix. En bas de gamme, les fabricants doivent choisir entre augmenter les prix, rogner les prestations ou vendre à marge faible.
Perspectives : moins d’appareils, plus chers
IDC prévoit un prix moyen mondial de 550 dollars par smartphone en 2026, environ 100 dollars de plus qu’en 2025. Le volume des expéditions recule de 13,9 %, mais la valeur totale du marché pourrait progresser de 3,8 %. En clair : on vendra moins d’appareils, mais à des prix plus élevés. Le cabinet anticipe aussi une part annuelle record de 22 % pour iOS, tandis qu’Android encaisse une chute bien plus marquée, non pas un rejet du système de Google mais le reflet d’une présence accrue d’appareils Android à moins de 200 dollars.
Le segment sous les 100 dollars, plus de 170 millions d’unités en 2025, affronte la plus grande menace : certains de ces modèles pourraient devenir non rentables même quand la disponibilité de la mémoire commencera à se normaliser. Ce risque rejoint celui déjà observé côté fabrication, où les tensions salariales chez Samsung Foundry montrent que la course à la mémoire IA bouscule toute la chaîne, des ingénieurs jusqu’aux consommateurs finaux. Counterpoint n’attend pas de reprise franche avant une amélioration des conditions d’approvisionnement, et la pénurie pourrait s’étirer jusqu’en 2027, poussant les marques à privilégier la valeur plutôt que le volume.
Questions fréquentes
De combien le marché mondial des smartphones a-t-il chuté au deuxième trimestre 2026 ?
Counterpoint estime une baisse de 11 % sur un an, IDC une diminution de 6,7 % pour 277,5 millions d’unités. Les deux chiffres restent provisoires.
Pourquoi y a-t-il une pénurie de mémoire pour mobiles ?
Les fournisseurs orientent leurs capacités accrues vers les serveurs, l’IA et le stockage d’entreprise, des marchés à plus forte demande et meilleures marges.
Quelles marques ont dominé le trimestre ?
Samsung avec 24 %, puis Apple avec 20 %. Xiaomi, OPPO et vivo complètent le top 5.
Les prix des smartphones vont-ils continuer d’augmenter ?
Les analystes anticipent une pression maintenue fin 2026 et début 2027. Les hausses varieront selon la marque, la gamme et la région, mais les modèles d’entrée de gamme resteront les plus exposés.
Source : Counterpoint Research