Robots humanoïdes : la Chine vise une production en hausse de 94 % en 2026

Production de robots humanoïdes en Chine en 2026

La course aux robots humanoïdes bascule définitivement du laboratoire à l’usine, et la Chine entend mener cette transition depuis une position de force. Selon le cabinet TrendForce, la production chinoise d’humanoïdes pourrait bondir de 94 % en 2026, portée par une phase de commercialisation qui s’accélérera au second semestre. Le chiffre ne signifie pas que ces machines envahiront immédiatement entrepôts et lignes de montage, mais il signe l’entrée du secteur dans une étape clairement industrielle, bien plus structurée que la phase démonstrative des cinq dernières années.

Plus révélateur encore, le marché chinois se concentre déjà autour de deux acteurs : Unitree Robotics et AgiBot, qui pourraient capter ensemble près de 80 % des expéditions nationales. La concurrence reste vive dans un écosystème que Pékin nourrit depuis plus d’une décennie, mais la course à la production de masse commence à désigner ses gagnants. Une dynamique qui s’inscrit dans la feuille de route technologique du nouveau plan quinquennal chinois, où la robotique avancée figure parmi les priorités stratégiques nationales.

De la démonstration spectaculaire à l’industrialisation réelle

Pendant des années, la robotique humanoïde s’est résumée à des vidéos virales : machines qui sautent, dansent ou manipulent des cartons devant des caméras soigneusement placées. Le scénario qui se dessine en 2026 est radicalement différent. TrendForce estime que le secteur entre dans une phase critique de commercialisation au second semestre, avec des fabricants chinois qui affinent leurs cas d’usage et augmentent significativement leur capacité productive.

Le problème ne se limite plus à savoir si un humanoïde peut marcher, manipuler ou conserver son équilibre. La question devient strictement économique : peut-on le produire à grande échelle, avec une courbe de coûts décroissante et des applications générant des revenus en dehors du laboratoire ? La conversation migre de la robotique-démonstration vers la robotique-business, exactement comme l’automobile électrique l’a fait au milieu des années 2010.

La Chine arrive sur ce terrain avec un avantage structurel difficile à répliquer : capacité manufacturière, chaîne d’approvisionnement intégrée, financement public abondant et un écosystème technologique qui a déjà mené des trajectoires similaires dans les véhicules électriques, les batteries lithium ou les panneaux solaires. Dans la robotique humanoïde, cette combinaison pourrait creuser l’écart face à des concurrents disposant de bons prototypes mais d’une moindre capacité d’industrialisation.

Unitree et AgiBot donnent le tempo industriel

Le cas Unitree est particulièrement révélateur du basculement en cours. Connue historiquement pour ses robots quadrupèdes, l’entreprise a vu ses revenus humanoïdes dépasser pour la première fois ceux des quadrupèdes en 2025, représentant plus de 51 % du total selon les documents préparés pour son introduction au marché STAR de Shanghai. Le segment humanoïde n’est plus une activité secondaire, c’est devenu son moteur de croissance principal.

L’ambition affichée par Unitree donne le vertige : 75 000 robots humanoïdes et 115 000 quadrupèdes par an d’ici cinq ans. Ces chiffres ne garantissent ni la demande ni l’absorption commerciale immédiate, mais ils révèlent une intention industrielle qui n’a aucun équivalent occidental. Atteindre ce volume supposerait de fabriquer plus d’humanoïdes en une seule année que tout ce qui a été produit cumulé dans le monde jusqu’à présent.

AgiBot accélère sur une trajectoire différente mais tout aussi agressive. La société a annoncé fin mars 2026 avoir atteint la production de 10 000 robots humanoïdes, l’Expedition A3 étant l’unité numéro 10 000. Le rythme est ce qui frappe : passer de 5 000 à 10 000 unités en seulement trois mois, contre une cadence bien plus lente jusqu’à fin 2025. AgiBot a présenté ce saut comme une preuve de maturité de sa chaîne d’approvisionnement et de sa capacité à industrialiser un produit longtemps considéré comme artisanal.

UBTech complète le tableau chinois sans rivaliser sur le même volume. Son robot Walker S2 a attiré l’attention en intégrant un système d’échange autonome de batterie en environ trois minutes, un détail qui peut sembler anecdotique mais qui devient critique dans des environnements industriels où la continuité opérationnelle pèse autant que la mobilité. Le message est clair : dans la robotique de masse, ce sont parfois les améliorations pratiques qui déterminent l’adoption, pas les démonstrations virales.

L’écart entre production annoncée et déploiement réel

Le tableau ne serait pas complet sans nuancer la lecture. Plusieurs analyses sectorielles soulignent qu’une part significative des ventes d’Unitree reste liée à la recherche académique, aux laboratoires d’entreprise et au développement, plutôt qu’à des usines entièrement automatisées par des humanoïdes remplacant la main-d’œuvre humaine. Ce décalage entre capacité productive et adoption opérationnelle est probablement le principal angle mort du secteur.

Plusieurs défis techniques restent à résoudre : autonomie réelle en environnement non structuré, sécurité fonctionnelle, manipulation fine d’objets fragiles ou irréguliers, durabilité sur plusieurs milliers d’heures, maintenance prédictive, coût total de possession (TCO) face aux solutions d’automatisation classiques. Aucun de ces problèmes n’est insurmontable, mais leur résolution simultanée déterminera quels constructeurs survivront à la phase de consolidation prévisible vers 2027-2028.

Il faut également éviter de confondre quadrupèdes et humanoïdes : ils partagent les avancées en moteurs, capteurs, vision artificielle et modèles d’intelligence artificielle agentique, mais leurs cas d’usage et leur maturité commerciale ne coïncident pas. La force d’Unitree dans les deux segments montre néanmoins que la Chine construit une base robotique diversifiée plutôt qu’une ligne de produits unique.

États-Unis et Europe : stratégies divergentes

L’écart avec les autres marchs ne tient pas à une absence d’activité hors de Chine, mais à une différence de doctrine industrielle. Aux États-Unis, l’accent est mis sur la validation pilote et la qualification industrielle plutôt que sur le volume. Figure AI et Apptronik figurent parmi les acteurs les plus visibles. En février 2026, BMW a confirmé que le robot Figure 02 avait soutenu pendant dix mois la production de plus de 30 000 BMW X3 dans son usine de Spartanburg en Caroline du Sud, en manipulant plus de 90 000 composants. Il s’agit à ce jour de l’un des cas les mieux documentés d’utilisation concrète d’un humanoïde dans l’automobile.

Apptronik a clos en février une levée de fonds de 520 millions de dollars, portant sa série A à plus de 935 millions. L’entreprise vise à accélérer la production et le déploiement d’Apollo, son humanoïde à vocation industrielle, avec le soutien d’investisseurs stratégiques tels que Google, Mercedes-Benz, John Deere ou la Qatar Investment Authority (QIA). Boston Dynamics, de son côté, a présenté en janvier la version commerciale du nouvel Atlas et annoncé des déploiements en 2026 avec Hyundai et Google DeepMind, en plus d’une production initiale dans son siège de Boston.

Aux États-Unis, le modèle est donc celui d’une montée en puissance progressive, adossée à des partenariats industriels lourds et à du capital-risque abondant. Ce choix repose sur une logique : valider rigoureusement chaque cas d’usage avant le déploiement de masse, plutôt que de pousser le volume avant l’optimisation. Une approche complémentaire à la dynamique de l’IA industrielle poussée par NVIDIA et son écosystème de partenaires manufacturiers occidentaux.

L’Europe avance aussi, avec une moindre visibilité industrielle à grande échelle. En février 2026, BMW a lancé son premier pilote de robots humanoïdes à Leipzig, en Allemagne, pour explorer leur intégration dans la fabrication automobile, des batteries et des composants. NEURA Robotics, également allemande, tente de s’imposer comme acteur clé du marché européen des humanoïdes. Mais le continent reste pour l’instant davantage concentré sur des expérimentations industrielles ciblées et des écosystèmes d’automatisation avancée que sur la production massive de dizaines de milliers d’unités.

Implications stratégiques pour la chaîne de valeur tech

Une production chinoise multipliée par presque deux en un an aurait des répercussions bien au-delà du seul marché robotique. Les humanoïdes consomment massivement des semi-conducteurs spécialisés : SoC pour la vision, NPU pour l’inférence embarquée, capteurs MEMS, mémoires haute bande passante. Une montée en cadence chinoise tendrait davantage encore une chaîne d’approvisionnement déjà sous pression, comme le rappelle l’alerte japonaise sur les solvants critiques pour les puces.

L’autre dimension stratégique concerne les modèles d’IA embarqués. Les humanoïdes modernes intègrent de plus en plus de modèles fondés sur des architectures multimodales, avec une part d’inférence locale et une part en cloud. La capacité de la Chine à développer son propre stack logiciel — du modèle aux runtimes optimisés — deviendra un facteur déterminant. Les tensions géopolitiques actuelles, notamment l’offensive américaine contre la distillation de modèles, accentuent encore la pression sur l’autonomie technologique chinoise.

Pour les industriels européens et américains, l’enjeu dépasse largement le simple choix d’un fournisseur de robots. Il s’agit d’évaluer si la dépendance à des humanoïdes massivement produits en Chine est compatible avec les exigences de souveraineté industrielle, de cybersécurité et de continuité d’approvisionnement. La question est strictement parallèle à celle posée par les véhicules électriques chinois ou les panneaux solaires : qualité et prix imbattables d’un côté, exposition stratégique de l’autre.

Perspectives : vers une régulation et une consolidation

Si la Chine n’est pas seule dans la course aux robots humanoïdes, elle apparaît comme la plus déterminée à mener cette course vers la production de masse immédiate. Les États-Unis disposent d’entreprises très puissantes et d’une technologie avancée ; l’Europe possède une base industrielle solide et des pilotes significatifs. Mais le pays qui pousse aujourd’hui avec le plus de clarté dans la combinaison capacité manufacturière, échelle et rapidité d’exécution est la Chine.

Cela ne garantit pas une victoire sans partage. Dans un secteur encore jeune, plusieurs paramètres restent en mouvement : standards, logiciel, coûts, sécurité, régulation, demande effective. Une croissance de 94 % en 2026 indique cependant que l’aspiration chinoise au marché humanoïde a quitté le registre de la promesse futuriste pour devenir une véritable industrie stratégique, alignée sur les priorités nationales et soutenue par un capital industriel difficile à égaler ailleurs.

Le calendrier sera décisif. Si Unitree, AgiBot et leurs concurrents parviennent à livrer pendant le second semestre 2026 sans incident majeur de qualité ou de sécurité, et si les premiers déploiements industriels confirment des gains de productivité réels, la fenêtre s’ouvrira pour une vague d’adoption mondiale beaucoup plus rapide que ne le prévoient les analystes prudents. À l’inverse, le moindre incident sérieux — défaillance opérationnelle, accident industriel, brouillard réglementaire — pourrait reporter la maturité commerciale de plusieurs années.

Foire aux questions

Quelle sera la croissance de la production de robots humanoïdes en Chine en 2026 ?

TrendForce prévoit une augmentation pouvant atteindre 94 % en 2026, portée par une commercialisation qui s’intensifiera au second semestre. Cette projection s’appuie sur les capacités annoncées par les principaux fabricants chinois et sur la montée en cadence déjà observée fin 2025 et début 2026.

Quelles entreprises dominent le marché chinois des humanoïdes ?

Unitree Robotics et AgiBot sont les deux principales références, pouvant représenter ensemble près de 80 % des expéditions nationales selon TrendForce. UBTech complète le trio des acteurs les plus visibles avec son robot Walker S2 à vocation industrielle, sans rivaliser sur les mêmes volumes.

Où en sont les États-Unis sur les robots humanoïdes ?

Les États-Unis avancent par pilotes industriels et levées de fonds massives. Figure AI a déployé ses robots chez BMW à Spartanburg pendant dix mois, Apptronik a levé 520 millions de dollars en février 2026 pour accélérer la production d’Apollo, et Boston Dynamics prépare des déploiements commerciaux d’Atlas avec Hyundai et Google DeepMind.

L’Europe a-t-elle des projets significatifs dans ce domaine ?

Oui, mais à une échelle plus modérée. BMW a lancé un pilote à Leipzig en Allemagne pour la fabrication automobile, et NEURA Robotics cherche à s’imposer comme acteur clé du marché européen. La stratégie continentale privilégie pour l’instant l’expérimentation industrielle ciblée plutôt que la production massive.

Quels sont les principaux défis techniques restants ?

Les défis majeurs concernent l’autonomie en environnement non structuré, la sécurité fonctionnelle, la manipulation fine d’objets, la durabilité sur plusieurs milliers d’heures, la maintenance prédictive et le coût total de possession comparé aux solutions d’automatisation classiques. La résolution simultanée de ces points conditionnera la consolidation du secteur entre 2027 et 2028.

Quel est l’objectif de production d’Unitree à cinq ans ?

Unitree vise une capacité annuelle de 75 000 robots humanoïdes et 115 000 quadrupèdes dans les cinq prochaines années. Ces volumes annoncés dépassent largement la production cumulée mondiale historique d’humanoïdes et illustrent l’ambition industrielle de la société cotée au marché STAR de Shanghai.

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