Le regulateur francais des telecoms veut tirer un trait sur une cartographie heritee des annees 2G. L’Arcep a ouvert le 23 avril 2026 une consultation publique destinee a refondre l’architecture meme des cartes de couverture mobile publiees sur Mon reseau mobile, avec un double chantier : fusionner les technologies voix et SMS dans une carte unique et interroger l’ecosysteme sur l’avenir des cartes de donnees mobiles. Une bascule reglementaire qui accompagne la fin programmee des reseaux 2G et 3G en France metropolitaine, et qui prepare la regulation de l’apres-2027.
La date limite est fixee : les acteurs du secteur ont jusqu’au 4 juin 2026 a 18h00 pour faire valoir leur position. Derriere cette echeance technique se joue la credibilite d’un outil devenu central pour les consommateurs, les collectivites territoriales et les operateurs eux-memes, au moment ou la 5G s’impose comme le nouveau socle et ou la 2G s’apprete a disparaitre du paysage francais apres pres de trois decennies de service.
Contexte : une cartographie nee dans le monde 2G
Depuis plus d’une decennie, la couverture mobile francaise s’affiche publiquement sur le site de l’Arcep, operateur par operateur, technologie par technologie. L’outil a accompagne le New Deal Mobile signe en 2018 entre l’Etat, l’Arcep et les quatre operateurs nationaux, puis le deploiement massif de la 4G et plus recemment l’arrivee de la 5G en bande 3,5 GHz. Mais la grille de lecture concue dans le monde 2G — cartes voix/SMS en 2G et 3G d’un cote, cartes de donnees 3G et 4G de l’autre — n’epouse plus la realite des usages observes en 2026.
La note d’analyse du comite d’experts techniques sur les reseaux mobiles publiee par l’Arcep en mars 2026 est sans ambiguite : la part effective de trafic voix, SMS ou data supportee aujourd’hui en 2G est tres faible et majoritairement issue de terminaux uniquement compatibles avec la 2G. Autrement dit, conserver des cartes dediees a une technologie residuelle brouille l’information plus qu’elle ne l’eclaire, alors que les volumes reels passent quasi-integralement par les couches 4G et 5G.
Ce diagnostic s’inscrit dans le mouvement d’extinction des reseaux 2G et 3G deja engage par les operateurs francais, dont les calendriers de fermeture s’etalent entre fin mars 2026 et la fin de la decennie selon les bandes et les acteurs. La liberation des frequences ainsi degagees — notamment les precieux 900 MHz et 2,1 GHz — est strategique pour densifier la 4G en zones rurales et renforcer les couches basses de la 5G, dont la propagation depend justement de ces bandes basses.
Les faits : une carte voix/SMS unique, toutes technologies confondues
Le coeur du projet de decision soumis a consultation consiste a substituer la carte actuelle de couverture voix/SMS en 2G et 3G par une carte unique integrant l’ensemble des technologies disponibles — a date 2G, 3G, 4G et 5G via VoLTE et VoNR. Concretement, un utilisateur qui cherche a savoir s’il pourra passer un appel a une adresse donnee verra la meilleure couverture possible, sans avoir a jongler entre trois onglets techniques dont la lecture conjointe etait deja un exercice reserve aux specialistes.
Le texte prevoit egalement de mettre fin a l’obligation de transmission des cartes 2G. Les operateurs n’auront donc plus a produire, maintenir et documenter une couche cartographique devenue marginale, allegement bienvenu pour leurs equipes qualite reseau. Selon la date d’homologation de la decision, la premiere publication au nouveau format pourrait intervenir d’ici au 3 novembre 2026, sur la base des donnees arretees au 30 septembre 2026.
Un point rassurera les elus locaux et les associations de consommateurs : le seuil d’exigence de fiabilite des cartes et les differents niveaux de couverture — de l’absence de couverture a la tres bonne couverture, en passant par couverture limitee et bonne couverture — restent inchanges. La refonte est donc structurelle mais pas methodologique. La rigueur statistique de l’Arcep, appuyee sur des campagnes de mesures conduites avec sondes embarquees et sur des verifications terrain, n’est pas revisitee a cette occasion. La conformite est verifiee a 95 % a partir d’un seuil minimal de fiabilite, regle stable depuis plusieurs cycles de publication.
Donnees mobiles : le regulateur interroge l’ecosysteme
Le second volet de la consultation est plus prospectif. Dans la perspective de l’extinction de la 3G et face a l’explosion des usages en tres haut debit mobile — pres de 19 Go par utilisateur et par mois selon le dernier observatoire des marches —, l’Arcep sollicite formellement la position des acteurs sur deux evolutions possibles :
- L’arret pur et simple de la publication de la carte 3G, coherent avec le calendrier d’extinction annonce par les operateurs.
- Le remplacement de la carte 4G par une carte du service internet mobile tres haut debit, independante de la technologie utilisee — 4G, 5G ou futures generations.
La logique est la meme que pour la voix : afficher un service au consommateur plutot qu’une brique technique. Le regulateur precise toutefois que ces evolutions ne sont pas integrees dans le projet de decision en cours et pourront faire l’objet d’une decision ulterieure en 2027. Un calendrier qui laisse le temps d’arbitrer, notamment sur la methode de calcul d’un seuil tres haut debit pertinent : aujourd’hui, la 4G et la 5G couvrent des plages de debit extremement larges selon la densite du reseau, le terminal utilise et la charge cellulaire au moment de la mesure.
Analyse : une regulation qui suit enfin le cycle technologique
La manoeuvre peut paraitre cosmetique ; elle ne l’est pas. En supprimant l’obligation de cartographier la 2G et en ouvrant la voie a une carte tres haut debit agnostique, l’Arcep rapproche son outil reglementaire du modele retenu pour le service universel des telecommunications chez nos voisins europeens : ce qui compte n’est plus la technologie d’acces, mais le niveau de service garanti a l’utilisateur final. L’Espagne avance sur le meme axe avec un service universel a 100 Mbps prevu pour 2027.
Cette bascule a trois consequences concretes pour le marche francais. D’abord, elle simplifie le discours commercial des operateurs et evite la confusion entre couverture technique et qualite de service percue par l’abonne. Ensuite, elle reduit la charge declarative sur des technologies en fin de vie, liberant des ressources d’ingenierie pour la collecte fine de donnees 5G et, demain, 5G-Advanced. Enfin, elle prepare le terrain a une regulation future fondee sur des indicateurs de performance — debit crete, debit moyen, latence applicative, taux d’echec d’appel — plutot que sur la simple presence d’une technologie sur un point geographique.
Cette orientation s’inscrit dans la strategie de regulation pilotee par la donnee que l’Arcep pousse depuis plusieurs annees, avec l’idee d’offrir au public et aux decideurs des indicateurs lisibles plutot que des cartes techniques empilees. La meme philosophie irrigue les travaux de l’observatoire des marches entreprises de l’Arcep, qui mesure la connectivite professionnelle au-dela de la seule presence d’infrastructure.
Implications pour operateurs, elus et consommateurs
Cote operateurs, Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free Mobile voient leur charge de reporting s’alleger sur la 2G, mais ils devront documenter avec plus de precision les recouvrements technologiques au sein d’une meme carte voix/SMS. La qualite de l’information publiee reste sous controle de l’Arcep, qui conserve ses pouvoirs de verification et de sanction en cas de fiabilite insuffisante des donnees, avec des amendes pouvant atteindre plusieurs millions d’euros pour les manquements averes.
Pour les collectivites territoriales, l’enjeu est politique. Depuis le New Deal Mobile, les cartes de l’Arcep servent de reference pour arbitrer les obligations de deploiement des operateurs en zones peu denses, notamment les sites du dispositif de couverture ciblee. Le passage a une carte multi-technologie risque de lisser certains ecarts visibles entre zones bien desservies en 4G mais faibles en 3G — ce qui, dans la pratique, ne change rien a la qualite reelle du service voix mais peut compliquer la lecture politique des rapports d’avancement.
Pour le consommateur, l’amelioration est immediate : la fin d’une lecture fragmentee, parfois illisible pour un non-specialiste qui voulait simplement savoir si son futur logement etait correctement couvert. Le debat sur la carte tres haut debit ouvre en revanche la question de la comparabilite : comment classer en tres bonne couverture un secteur en 4G+ face a un autre couvert en 5G mid-band sans induire le client en erreur ? C’est precisement la discussion que l’Arcep veut ouvrir avec cette consultation, en laissant aux contributeurs le soin de proposer des seuils objectifs.
Perspectives : vers une regulation centree sur le service
La consultation ouverte ce 23 avril 2026 n’est qu’une etape. A l’horizon 2027, l’Arcep pourrait enteriner une architecture cartographique entierement neutre sur le plan technologique, dans la continuite de la montee en puissance de la 5G standalone et du demarrage des premiers deploiements de 5G-Advanced. Dans cette trajectoire, les cartes deviennent des indicateurs de performance, non plus des temoignages de deploiement. L’arrivee progressive du network slicing renforce d’ailleurs la pertinence d’une approche par service plutot que par technologie : un meme reseau peut servir simultanement plusieurs niveaux de qualite garantie.
Cette evolution converge avec un mouvement plus large, visible aussi sur le volet fixe avec la migration vers la fibre optique et la bascule de protocoles historiques vers IPv6 qui depasse desormais IPv4 sur les services de Google. Partout, le regulateur cherche a decrire le reseau par ce qu’il apporte — debit, couverture, latence — plutot que par les briques techniques qui le composent. Une logique deja a l’oeuvre dans la maniere dont l’Arcep aborde l’ouverture du marche aux nouveaux MVNO, ou la concurrence se joue davantage sur l’experience que sur les couches techniques sous-jacentes.
La balle est desormais dans le camp des operateurs, des associations de consommateurs et des collectivites. D’ici au 4 juin 2026, la consultation publique determinera le calendrier reel de bascule et le niveau de simplification acceptable sans sacrifier la granularite de l’information. Un dossier discret sur la forme, mais lourd de consequences pour la lisibilite de la couverture mobile sur 100 % du territoire francais.
FAQ
Quel est l’objectif de la consultation publique ouverte par l’Arcep en avril 2026 ?
L’Arcep veut faire evoluer les cartes de couverture mobile publiees sur Mon reseau mobile, en fusionnant les cartes voix/SMS en une carte unique toutes technologies confondues et en supprimant l’obligation de transmission des cartes 2G, dans la perspective de l’extinction de la 2G puis de la 3G en France metropolitaine.
Jusqu’a quand les acteurs peuvent-ils repondre a la consultation ?
La consultation publique est ouverte jusqu’au 4 juin 2026 a 18h00. L’Arcep sollicite la position de l’ensemble des acteurs interesses, operateurs, collectivites territoriales et associations de consommateurs, pour arbitrer le calendrier de bascule et la granularite finale des nouvelles cartes.
Quand la nouvelle carte voix/SMS pourrait-elle etre publiee ?
Selon la date d’homologation de la decision, la premiere publication des informations par les operateurs au nouveau format pourrait intervenir d’ici au 3 novembre 2026, sur la base des donnees arretees au 30 septembre 2026.
La fiabilite des cartes de couverture mobile est-elle remise en cause ?
Non, le seuil d’exigence de fiabilite des cartes et les differents niveaux de couverture, de l’absence de couverture a la tres bonne couverture, restent inchanges. Seule la structure des cartes evolue pour refleter la realite des technologies utilisees par les abonnes en 2026.
Une carte internet mobile tres haut debit remplacera-t-elle la carte 4G ?
L’Arcep interroge l’ecosysteme sur cette possibilite, mais la refonte des cartes internet mobile n’est pas incluse dans le projet de decision actuel. Une decision ulterieure pourrait etre adoptee en 2027 pour arreter la publication de la carte 3G et remplacer la carte 4G par une carte tres haut debit independante de la technologie utilisee.
Pourquoi l’Arcep supprime-t-elle l’obligation de transmission des cartes 2G ?
Selon la note d’analyse du comite d’experts techniques publiee en mars 2026, la part de trafic voix, SMS ou data supportee en 2G est aujourd’hui tres faible et majoritairement issue de terminaux uniquement compatibles avec la 2G. Maintenir une cartographie dediee a une technologie residuelle n’apporte plus d’information utile au public et alourdit inutilement la charge declarative des operateurs.