IRIS² décolle : l’Europe accélère son alternative souveraine à Starlink avec 348 satellites

L’Europe a franchi la phase de conception d’IRIS² et entre désormais dans la phase de déploiement. La Commission européenne et le consortium SpaceRISE ont finalisé la configuration du système, qui comprendra 348 satellites, dont 330 en orbite basse (LEO) et 18 en orbite moyenne (MEO). Les premiers lancements sont prévus pour 2029, avec une mise en service initiale dès 2030. Ce projet, d’un montant dépassant 15,6 milliards d’euros, vise à garantir des communications gouvernementales, la défense, la connectivité commerciale et un accès direct depuis des appareils compatibles.

Les essentiels d’IRIS² en 30 secondes

  • IRIS² déploiera 348 satellites, répartis entre 330 en LEO et 18 en MEO.
  • Le déploiement débutera en 2029, avec une mise en service prévue vers 2030.
  • L’investissement prévu dépasse les 15,6 milliards d’euros.
  • Hispasat dirigera le segment terrestre et une partie de la couche orbitale la plus basse.
  • Le système comprendra une connectivité sécurisée, des services commerciaux, l’Internet des Objets (IoT) et des capacités « Direct-to-Device ».

Souvent présenté comme le « Starlink européen », le projet possède néanmoins une approche plus large sur le plan technique. Il ne se limite pas à vendre un accès Internet par satellite, mais vise à construire une infrastructure propre pour des communications sécurisées, des services gouvernementaux et la défense, avec une capacité commerciale intégrée.

Une architecture multi-orbite pour réduire la dépendance extérieure

IRIS² utilisera une combinaison de satellites à différentes altitudes pour répondre à divers besoins. Les 330 satellites LEO évolueront à basse altitude pour offrir une faible latence et une capacité accrue, tandis que les 18 satellites MEO assureront une couverture plus étendue et renforceront certaines missions spécifiques.

La Commission européenne a d’ailleurs étoffé le programme initial, en y intégrant 66 satellites supplémentaires pour renforcer les capacités en matière de sécurité, de défense et d’urgence.

Selon Bruxelles, ce renforcement favorisera une augmentation de la capacité sécurisée pour le secteur public, avec une hausse de 60 % au sein de l’Union européenne et de 54 % à l’échelle mondiale.

L’aspect technique est crucial car il n’existe pas une seule « orbite idéale » pour tous les services. Les charges à faible latence tirent profit du LEO, tandis que le MEO offre une couverture plus large avec moins de satellites. IRIS² ambitionne de combiner ces deux couches dans une architecture intégrée.

Comparatif : IRIS² face à Starlink et Amazon Leo

Plateforme Architecture Objectif principal D2D Calendrier
IRIS² 330 LEO + 18 MEO Gouvernement, défense, entreprises et utilisateurs Oui, prévu Premiers lancements en 2029
Starlink Des milliers de satellites LEO Internet haut débit et connectivité mobile Oui En service
Amazon Leo Citation en constellation LEO Internet haut débit et connectivité mobile futur Oui, prévu Déploiement en cours

La différence d’échelle est évidente. IRIS² ne nécessite pas le déploiement de milliers de satellites pour remplir sa mission, car il priorise d’autres exigences, notamment la sécurité, la résilience et la couverture institutionnelle.

Hispasat renforce sa présence dans l’infrastructure européenne

L’Espagne jouera un rôle clé dans l’architecture finale du système.

Hispasat, intégré à Indra Space, sera l’entrepreneur principal du segment terrestre. La société sera responsable de l’infrastructure d’antennes, des systèmes de contrôle et de la connexion entre la constellation orbitale et les réseaux terrestres.

Le segment terrestre mobilisera plus de 1,6 milliard d’euros, selon Hispact.

  • communications « Direct-to-Device » (D2D) ;
  • Internet des Objets (IoT) ;
  • connectivité 5G NR NTN ;
  • services commerciaux et gouvernementaux.
  • Hispasat a engagé jusqu’à 600 millions d’euros dans le cadre du projet, en échange de droits d’exploitation dans des régions stratégiques pour compléter ses activités actuelles en orbite géostationnaire.

    La 5G NTN, une composante clé à venir

    L’intégration prévue de la 5G NR NTN pourrait faire d’IRIS² une étape majeure, en allant au-delà d’une simple infrastructure Internet par satellite.

    Les réseaux Non-Terrestres (NTN), intégrés dans les standards 3GPP, permettent aux réseaux mobiles d’utiliser des satellites comme extension des stations terrestres.

    Cela ouvre la possibilité pour certains appareils mobiles de communiquer directement avec la constellation, sans dépendre exclusivement de terminaux satellitaires spécialisés.

    Il ne s’agit pas d’une connectivité automatique pour tous les téléphones actuels, mais le système est conçu pour évoluer vers une infrastructure où réseaux mobiles et satellites cohabitent dans un même écosystème.

    C’est précisément dans ce domaine que progressent Starlink Direct to Cell, AST SpaceMobile et le futur Amazon Leo Direct-to-Device.

    L’Europe doit aussi fabriquer ses antennes

    Construire la constellation n’est qu’une étape du défi.

    Pour faire d’IRIS² un service réellement opérationnel, l’Europe doit développer des terminaux abordables, faciles à déployer et fabriqués à grande échelle.

    En mai, la Commission européenne a lancé un appel à projets de 20 millions d’euros pour accélérer l’industrialisation des terminaux utilisateur pour IRIS² et GOSATCOM.

    Les projets devront traiter des aspects tels que :

    • antennes en bande Ka ;
    • réduction des coûts de fabrication ;
    • procédures de calibration et de test ;
    • chaînes d’approvisionnement européennes ;
    • modems et bandes de base compatibles avec la 5G NR NTN.

    L’objectif est d’éviter que l’Europe construise une constellation souveraine tout en restant dépendante de composants critiques fabriqués hors du continent.

    La souveraineté technologique aussi dans l’espace

    Les crises récentes, comme la guerre en Ukraine, ont montré l’importance des réseaux satellitaires lorsque les communications terrestres échouent.

    Starlink est devenu un exemple frappant de cette vulnérabilité, une entreprise privée américaine pouvant fournir des communications essentielles à des gouvernements, des forces armées, des services de secours ou des infrastructures stratégiques.

    IRIS² cherche justement à réduire cette vulnérabilité.

    Le système sera utilisé par les gouvernements de l’Union européenne et des pays partenaires comme la Norvège et l’Islande, tout en offrant une capacité commerciale.

    Bruxelles souhaite que les communications critiques restent disponibles en cas d’urgence, d’attaques contre les réseaux terrestres ou de conflits, où dépendre d’infrastructures contrôlées par des pays tiers pourrait représenter un risque.

    Plus de 15,6 milliards d’euros pour bâtir une infrastructure européenne

    Le coût total prévu dépasse 15,6 milliards d’euros.

    Ce montant se répartit ainsi :

    Financement Montant
    Investissement public 11,6 milliards d’euros
    SpaceRISE Jusqu’à 4 milliards
    Total Plus de 15,6 milliards d’euros

    Des contributions nationales pourraient aussi s’ajouter pour renforcer certaines capacités spécifiques.

    La Pologne a engagé 656 millions d’euros, la Hongrie 500 millions, et l’Espagne a annoncé des investissements additionnels compris entre 1,6 et 2 milliards d’euros.

    Les membres privés du consortium SpaceRISE sont SES, Eutelsat et Hispasat. La chaîne industrielle inclura des entreprises telles qu’Airbus Defence and Space, Thales Alenia Space, OHB et Aerospacelab.

    Ce ne sera pas le Starlink européen, et probablement pas besoin de l’être

    Comparer IRIS² à Starlink peut aider à comprendre rapidement le concept, mais cela peut aussi créer de fausses attentes.

    SpaceX a développé un vaste réseau commercial avec des milliers de satellites et des millions d’utilisateurs. IRIS², lui, a des priorités différentes : souveraineté, sécurité, défense, communications gouvernementales et résilience.

    Le secteur commercial sera essentiel, mais ce ne sera pas le seul critère de succès du projet.

    Sur le plan technologique, l’enjeu principal sera de voir si l’Europe parvient à intégrer trois éléments : constellation multi-orbite, réseaux mobiles 5G NTN et terminaux fabriqués en Europe.

    Si c’est le cas, IRIS² pourrait devenir quelque chose de plus qu’une alternative régionale à Starlink : une infrastructure spatiale intégrée dans les réseaux de télécommunications européens.

    Questions fréquentes

    Combien de satellites comptera IRIS² ?

    L’architecture retenue par la Commission européenne prévoit 348 satellites, dont 330 en orbite LEO et 18 en orbite MEO.

    Quand le système sera-t-il opérationnel ?

    Les premiers lancements sont prévus pour 2029, avec un déploiement progressif des services à partir de 2030.

    IRIS² permettra-t-il de se connecter directement depuis un mobile ?

    Le projet envisage des services « Direct-to-Device » et la compatibilité avec la 5G NR NTN, mais la disponibilité concrète dépendra des terminaux, opérateurs et services développés.

    Quel rôle pour l’Espagne ?

    Hispasat dirigera le segment terrestre et la couche Low LEO, tandis que l’Espagne a prévu des investissements supplémentaires compris entre 1,6 et 2 milliards d’euros.

    Sources :

    • Commission européenne, accord de mise en œuvre et nouvelle architecture d’IRIS², 07/08/2026.
    • Hispasat, participation à IRIS² et leadership du segment terrestre, 07/08/2026.
    • Commission européenne, appel à projets pour l’industrialisation des terminaux IRIS² et GOVSATCOM, 28/05/2026.
    • SpaceRISE, informations techniques et calendrier du programme IRIS².

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