Humanoid et Schaeffler : un accord à 2 000 robots qui teste vraiment la robotique humanoïde en usine

Le travail horaire d'un robot humanoïde : plafond de 14 $/h et économies à six chiffres, selon la feuille de calcul du Dr. Pero Micic

Schaeffler a signé avec la startup britannique Humanoid un accord pour déployer entre 1 000 et 2 000 robots humanoïdes dans ses installations mondiales jusqu’en 2032. Premières usines concernées : Herzogenaurach et Schweinfurt, en Allemagne, entre décembre 2026 et juin 2027. Parallèlement, Schaeffler devient fournisseur privilégié d’actuateurs pour les plateformes à roues de Humanoid jusqu’en 2031, couvrant plus de 50 % de la demande avec un volume estimé à plus d’un million de pièces.

Ce volume permet une estimation indicative : si chaque robot à roues nécessite entre 18 et 22 actuateurs et que Schaeffler en couvre un peu plus de la moitié, un million de composants correspondraient à une ambition proche de 100 000 robots sur cinq ans. Forbes a proposé ce calcul ; Humanoid n’a communiqué aucun chiffre officiel de production. Mais l’ordre de grandeur dit quelque chose sur les intentions réelles de la startup : elle ne pilote pas un projet de recherche, elle prépare une chaîne commerciale.

Humanoid, légalement SKL Robotics Ltd., a été fondée en 2024 par Artem Sokolov. La société a présenté son modèle HMND 01 Alpha en septembre 2025. Son équipe de 160 à 200 personnes vient d’Apple, Tesla, Google, Boston Dynamics, Sanctuary AI ou NVIDIA, avec des bureaux à Londres, Boston et Vancouver.

Une implantation industrielle, pas une démonstration

À Herzogenaurach, les robots prendront en charge la manipulation de boîtes dans un environnement de fabrication réel. À Schweinfurt, le déploiement se fera en deux phases : trois mois de démonstrations et tests d’intégration, puis trois mois pour valider une opération stable à une échelle proche de la production. Le modèle retenu est le Robot-as-a-Service : gestion de flottes, maintenance préventive, support 24h/24 et supervision de performance intégrés dans une offre commerciale complète.

La distinction entre démo et production est justement ce qui rend cet accord plus sérieux que la plupart des annonces du secteur. Un robot peut fonctionner parfaitement dans des conditions contrôlées ; une usine exige disponibilité, sécurité pour les opérateurs, répétabilité sur des milliers de cycles, intégration avec des lignes existantes et maîtrise des coûts sur plusieurs années. Aucune de ces conditions n’est acquise pour des humanoïdes industriels.

Un détail souvent ignoré dans les annonces de ce type : le contrat porte principalement sur des robots à roues, pas sur des bipèdes. Sur des sols d’usine plats, avec des tâches répétitives et des passages contrôlés, les roues offrent plus de stabilité, moins de complexité mécanique et une maintenance simplifiée par rapport à la marche bipède. La locomotion sur deux jambes reste impressionnante techniquement, mais pas toujours la solution la plus adaptée pour une ligne de production.

Humanoid n’est pas seul sur ce terrain. Tesla pousse Optimus vers ses propres usines, Figure déploie chez BMW, Agility Robotics travaille avec Amazon, 1X Technologies avec divers partenaires industriels. Ce qui distingue la stratégie de Humanoid, c’est sa focalisation assumée sur les plateformes à roues pour l’industrie, jugées plus matures à court terme que les bipèdes complets — un pari sur le pragmatisme plutôt que sur l’image.

Schaeffler : client industriel et fournisseur de composants critiques

Ce qui rend cet accord particulièrement intéressant, c’est la double position que Schaeffler s’y construit. Le groupe allemand n’achète pas seulement des robots pour automatiser ses sites : il veut aussi devenir un fournisseur clé des composants qui font fonctionner ces robots. Les actuateurs de précision sont déterminants pour le mouvement des articulations — épaules, coudes, torse — et représentent une part importante des coûts, de la fiabilité et du rendement global d’un humanoïde.

Ce n’est pas la première démarche de ce type. En avril 2026, Schaeffler avait conclu une alliance avec Hexagon Robotics pour développer des composants et déployer au moins 1 000 robots AEON sur sept ans dans ses sites mondiaux. En novembre 2025, il avait signé avec Neura Robotics pour la conception de composants humanoïdes et leur intégration dans ses propres lignes. Son portefeuille dans la robotique couvre roulements, actionneurs de précision, moteurs, capteurs, gestion thermique et batteries — soit environ 50 % des composants nécessaires à un humanoïde typique selon ses propres estimations.

Klaus Rosenfeld, CEO de Schaeffler, a indiqué ce mois-ci être en contact avec une quarantaine d’entreprises de robotique humanoïde dans le monde, avec un objectif de plusieurs centaines de millions d’euros de commandes dans ce secteur d’ici 2030. La comparaison avec NVIDIA et son positionnement dans l’infrastructure IA circule dans les analyses sectorielles : comme NVIDIA a su occuper la couche critique du traitement pour IA, Schaeffler voudrait s’imposer sur la couche critique du hardware robotique. La différence — substantielle — est que la robotique humanoïde n’a pas encore prouvé sa viabilité industrielle à grande échelle, contrairement aux GPU d’IA.

Ce que l’industrie européenne peut gagner ou perdre

Si les robots humanoïdes passent de la démonstration à l’opération répétée en usine, la valeur ne résidera pas seulement dans le logiciel ou l’IA embarquée. Elle sera dans la capacité à produire des composants mécaniques de haute précision, maintenir des flottes opérationnelles, certifier leur sécurité et adapter des processus de production existants — autant de domaines où l’industrie européenne dispose d’une expérience réelle. C’est exactement sur cette logique que Schaeffler mise, dans un contexte où l’automobile traditionnelle subit des pressions sur les coûts, l’électrification et la compétition asiatique.

Le secteur des semi-conducteurs offre un parallèle utile. Comme le montre la montée en puissance de SMIC face à la saturation de TSMC et Samsung, les chaînes de valeur industrielles peuvent se reconfigurer rapidement quand la capacité disponible ne suffit plus à répondre à la demande. Quelque chose de comparable pourrait se jouer dans les composants robotiques si la demande venait à dépasser les capacités actuelles.

Les conditions pour que la robotique humanoïde tienne ses promesses restent strictes. Les robots doivent fonctionner longtemps sans défaillances majeures, assurer la sécurité des opérateurs humains qui travaillent à leurs côtés, s’intégrer dans des processus existants sans tout reconstruire, et ne pas nécessiter une équipe d’ingénieurs dédiée pour chaque changement de tâche. Les démos ne valident aucune de ces conditions.

La suite dépendra en grande partie de ce qui se passera dans ces deux usines allemandes entre fin 2026 et mi-2027. Si les robots atteignent leurs objectifs de disponibilité et de productivité, Humanoid aura quelque chose que personne dans le secteur n’a encore vraiment montré : une référence commerciale en conditions industrielles à grande échelle. Pour Schaeffler, c’est aussi le premier test grandeur nature de sa thèse d’investisseur-fournisseur dans la robotique. Si la phase allemande est concluante, le secteur dispose d’un cas concret. Si les résultats déçoivent, les enseignements seront tout aussi précieux pour comprendre où en est réellement la technologie.

Questions fréquentes

Combien de robots Humanoid va déployer chez Schaeffler ?

L’accord prévoit entre 1 000 et 2 000 robots humanoïdes dans les installations mondiales de Schaeffler jusqu’en 2032, selon les informations communiquées à Reuters par les deux sociétés.

Quand démarrent les premiers déploiements ?

La première phase est prévue entre décembre 2026 et juin 2027 dans deux usines allemandes : Herzogenaurach pour la manipulation de boîtes et Schweinfurt pour les tests d’intégration et la validation à l’échelle.

Pourquoi le contrat d’actuateurs est-il important ?

Schaeffler couvrira plus de 50 % de la demande d’actuateurs de Humanoid jusqu’en 2031, pour un volume estimé à plus d’un million de pièces. Les actuateurs pilotent le mouvement des articulations d’un robot et représentent une part critique du coût et de la fiabilité d’un humanoïde.

Humanoid vise-t-elle vraiment 100 000 robots produits ?

Ce chiffre est une estimation de Forbes basée sur le volume minimal d’actuateurs contractualisé et le nombre approximatif d’actuateurs par robot. Humanoid n’a communiqué aucun objectif de production officiel. C’est une lecture de l’ambition commerciale, pas un engagement annoncé.

Quel est le modèle économique de Humanoid pour ces robots ?

Robot-as-a-Service : Humanoid intègre dans son offre gestion de flottes, maintenance préventive, support 24h/24 et supervision de performance. Schaeffler souscrit à un service complet plutôt que d’acheter du matériel seul.

via : Forbes

le dernier