Cloud Mercato vient de publier une comparaison des services de stockage de fichiers gérés entre OVHcloud, AWS, Azure et Google Cloud. L’occasion tombe bien : OVHcloud a lancé sa solution File Storage au deuxième trimestre 2026, et la question de savoir si elle tient la route face aux géants du cloud mérite une réponse chiffrée. L’étude examine protocoles, évolutivité, protection des données, modèles tarifaires et estimations de coût sur trois scénarios représentatifs.
Le stockage de fichiers est un segment du cloud qui reste central pour les applications d’entreprise, les clusters Kubernetes, les environnements hybrides et les charges qui nécessitent un accès simultané aux mêmes données — mais qui a longtemps été éclipsé par les comparaisons sur les VM ou le stockage objet. Les décisions d’infrastructure en dépendent pourtant directement.
Pourquoi le prix au Go ne suffit pas
Le prix au gigaoctet est un point de départ, pas une conclusion. Dans le stockage de fichiers cloud, le coût final dépend de multiples facteurs qui varient d’un fournisseur à l’autre : capacité provisonnée, opérations de lecture et d’écriture, IOPS, débit, transfert de données, réplication, snapshots et réservations. Un fournisseur peut afficher un tarif au Go inférieur, mais devenir plus coûteux dès que la charge comporte de nombreuses opérations ou un trafic intense en lecture.
Selon le tableau de Cloud Mercato, les tarifs de base sont les suivants pour les régions européennes :
- OVHcloud File Storage : 0,154 $/Go/mois (Standard 1AZ, région SBG)
- AWS EFS : 0,176 $/Go (Elastic One-Zone) et 0,33 $/Go (Elastic Multi-AZ) en eu-west-3
- Azure Files Premium LRS : 0,1431 $/Go ; Premium ZRS : 0,1789 $/Go en Europe de l’Ouest
- Google Filestore : 0,28 $/Go (Zonal) et 0,50 $/Go (Régional) en europe-west9
Mais ces tarifs de base cachent des mécanismes qui pèsent dans la facture. AWS EFS peut ajouter des coûts pour la lecture et l’écriture selon le modèle choisi. Azure Files facture séparément les IOPS et la bande passante provisonnée au-delà des 3 000 premières IOPS et des 100 premiers MB/s. Google Filestore fonctionne sur un modèle provisionné, avec des tarifs nettement plus élevés pour la version régionale.
OVHcloud moins cher sur les trois scénarios, avec des limites à connaître
OVHcloud File Storage est une solution NFS gérée pour le cloud public, intégrée à OpenStack Manila, Manila CSI et vRack. Elle propose des volumes de 150 GiB à 10 To, avec jusqu’à 16 000 IOPS et un débit de 128 MiB/s. Usages cibles : Kubernetes avec volumes RWX, instances cloud, catalogues partagés et applications nécessitant un accès multi-nœuds.
Sur le scénario « 2 To, 500 Go de lecture, 200 Go d’écriture, 15 000 IOPS provisonnés », Cloud Mercato estime le coût total mensuel à :
- OVHcloud : 308 $
- AWS EFS One-Zone : 379 $ / Multi-AZ : 687 $
- Azure Premium LRS : 750 $ / Premium ZRS : 934 $
- Google Filestore Zonal : 560 $ / Régional : 1 000 $
Sur un scénario intensif de 5 To, 128 To de lecture, 1 To d’écriture, 30 000 IOPS et 1 GB/s de débit provisionné, l’écart se creuse encore :
- OVHcloud : 770 $
- AWS EFS One-Zone : 4 883 $ / Multi-AZ : 5 653 $
- Azure Premium LRS : 1 809 $ / Premium ZRS : 2 259 $
- Google Filestore Zonal : 1 400 $ / Régional : 2 500 $
Sur le troisième scénario (10 To, 5 To de lecture, 1 To d’écriture, 30 000 IOPS), OVHcloud affiche 1 540 $, contre 1 980 $ pour AWS EFS One-Zone, 3 520 $ pour Multi-AZ, 2 475 $ pour Azure LRS, 3 090 $ pour Azure ZRS, 2 800 $ pour Google Zonal et 5 000 $ pour Google Régional.
Ces chiffres plaident clairement en faveur d’OVHcloud sur le coût, mais la comparaison a ses limites. OVHcloud File Storage plafonne à 10 To par volume, contre 256 To pour Azure Files, 100 To pour Google Filestore ou la scalabilité élastique illimitée d’AWS EFS. Par ailleurs, la solution fonctionne en zone unique avec une disponibilité de 99,9 %, quand AWS, Azure et Google proposent des variantes régionales ou multi-zone atteignant 99,9 à 99,99 % selon les options.
AWS, Azure, Google : les atouts spécifiques
AWS EFS reste le leader sur l’élasticité. Sa capacité à évoluer automatiquement sans provision préalable le rend particulièrement adapté aux environnements à consommation variable ou imprévisible. En contrepartie, ce modèle de prix peut devenir coûteux si le comportement réel en lecture n’est pas bien calibré à l’avance.
Azure Files se distingue par sa compatibilité NFS et SMB, un avantage concret pour les entreprises sous Windows, les environnements hybrides ou le partage de fichiers en mode traditionnel. Sa capacité maximale (256 To) et ses options de redondance locale et zonale le positionnent bien sur les architectures à forte exigence de résilience. Le modèle de tarification des IOPS et de la bande passante demandée, après le niveau de base inclus, mérite attention. Les équipes qui gèrent des environnements cloud privés avec HPE GreenLake ont des contraintes similaires à traiter sur le coût du stockage haute performance.
Google Filestore est une solution solide dans le contexte Google Cloud, surtout pour des charges déjà déployées dans cet environnement. Ses options zonales et régionales offrent différents niveaux de disponibilité, mais ses tarifs sont les plus élevés dans les scénarios testés, en particulier sur la version régionale.
Ce que ça change pour les équipes infrastructure et FinOps
Le choix du stockage de fichiers ne se fait pas sur un tableau de prix seul. Les protocoles supportés, la capacité maximale, la disponibilité, la performance soutenue, le modèle réseau, les coûts opérationnels et la facilité d’intégration entrent tous en compte. Une charge de 5 To avec 128 To de lecture mensuelle ne se comporte pas comme un dépôt de fichiers à accès occasionnel — et ces deux cas mèneront à des choix différents.
Pour les équipes cloud-native qui déploient du NFS partagé avec Kubernetes et cherchent des prix prévisibles, OVHcloud File Storage est une alternative crédible — notamment comme option européenne souveraine — tant que la taille par volume reste sous 10 To et que l’architecture accepte une configuration zonale. L’explosion du trafic IA dans les réseaux cloud tend d’ailleurs à pousser vers des choix d’infrastructure plus prévisibles sur les coûts, ce qui renforce l’intérêt des modèles tarifaires simples comme celui d’OVHcloud.
L’arrivée d’OVHcloud File Storage intensifie la concurrence sur un segment où AWS, Azure et Google ont longtemps dominé. Sa proposition a du sens pour ceux qui cherchent une alternative avec un modèle de coût direct et une intégration OpenStack. Mais comme pour tout service cloud, le gain ne devient réel que si les caractéristiques techniques collent à la charge de travail réelle.
Questions fréquentes
Que compare l’étude de Cloud Mercato ?
Elle met en parallèle OVHcloud File Storage, Amazon EFS, Azure Files et Google Filestore sur les caractéristiques techniques, les protocoles, l’évolutivité, la protection des données et les estimations de coût sur trois scénarios de charge.
OVHcloud File Storage est-il toujours moins cher ?
Dans les trois scénarios analysés, oui. Mais la solution plafonne à 10 To par volume et fonctionne en zone unique. Pour les architectures exigeant de la résilience multi-zone ou des volumes supérieurs, AWS, Azure ou Google gardent un avantage fonctionnel.
Pourquoi le coût réel peut-il différer du tarif au Go ?
Parce que les fournisseurs facturent séparément les lectures, écritures, IOPS, bande passante, réplication, snapshots et transferts. Une charge intensive en lecture sur AWS EFS peut coûter plusieurs fois le tarif de base apparent.
Quels protocoles supporte OVHcloud File Storage ?
NFSv3 uniquement, via OpenStack Manila et Manila CSI. Azure Files se distingue en supportant aussi SMB, ce qui en fait le choix naturel pour les environnements Windows ou hybrides.