Digi a dévoilé pour la première fois en détail l’architecture de son réseau cœur en fibre optique en Espagne. Les informations figurant dans son rapport annuel 2025 mettent en évidence l’organisation du noyau d’une infrastructure desservant déjà environ 13,7 millions de foyers, combinant un réseau FTTH propriété avec le réseau SOTA, tout en s’appuyant également sur des accords de gros dans certaines zones.
Ce chiffre est important car Digi ne se limite plus à être simplement un opérateur qui évolue par la baisse de ses prix. Son déploiement de la fibre, sa transition vers un opérateur mobile MNO depuis janvier 2025, ainsi que son accord à long terme avec Telefónica dessinent une entreprise qui construit une position beaucoup plus structurale sur le marché espagnol. La publication de cette carte du backbone permet d’acter cette stratégie : 14 000 kilomètres de fibre backbone interurbaine et, selon une estimation visuelle du propre carte, 52 nœuds principaux ou routeurs cœur répartis sur le territoire.
Une carte illustrant le support du réseau Smart
Jusqu’à présent, Digi communiquait des chiffres sur la couverture en fibre, les foyers passés et la croissance commerciale, sans révéler à ce niveau la structure de son réseau en Espagne. La carte intégrée dans le rapport annuel représente les liens principaux qui connectent les principales localités où son réseau fixe opère.
Sur l’image, on distingue des nœuds répartis sur quasiment tout le territoire péninsulaire, avec une concentration particulière autour de Madrid, Barcelone et des grands corridors de connectivité. Les lignes bleues indiquent les liens de fibre backbone interconnectant des points de présence. Les icônes vertes semblent correspondre à des routeurs de cœur, tandis que les points rouges pourraient représenter des centraux, des points de terminaison de fibre ou des emplacements techniques associés au réseau d’accès. Digi ne précise pas explicitement la fonction exacte de chaque symbole, cette lecture restant une interprétation technique du plan.
Ce que confirme toutefois la société dans le rapport, c’est que, en Espagne, elle propose des services d’Internet fixe et de téléphonie fixe via un réseau FTTH principalement basé sur la technologie XGS-PON, en complément du réseau SOTA, auquel elle accède par l’intermédiaire d’un consortium mené par Macquarie Capital. Ensemble, ces deux réseaux desservent environ 13,7 millions de foyers, avec une pénétration de 15,8 %. De plus, Digi indique détenir un backbone interurbain d’environ 14 000 kilomètres.
| Données publiées ou déduites | Situation de Digi en Espagne au 31/12/2025 |
|---|---|
| Fibre backbone interurbaine | 14 000 km |
| Maisons passées par réseau fixe et SOTA | 13,7 millions |
| Couverture sur les habitations du pays | 51,3 % |
| Pénétration sur les foyers passés | 15,8 % |
| Nombre de routeurs cœur identifiables sur la carte | 52, selon une estimation visuelle | Technologie FTTH prédominante | XGS-PON |
| Services fixes | Internet, téléphonie fixe et IPTV |
| Soutien de gros supplémentaire | NEBA via le réseau de Telefónica dans certaines zones |
Le réseau backbone est la partie la moins visible pour le client, mais aussi l’une des plus essentielles. Il connecte les villes, transporte le trafic aggregé des utilisateurs, relie les points d’interconnexion et soutient aussi bien les services fixes que mobiles. En clair, il ne suffit pas de faire passer de la fibre devant des bâtiments : un réseau de transport capable d’absorber le trafic, de maintenir une redondance et de croître sans dégradation de la qualité est indispensable.
Pourquoi le backbone modifie la perception de Digi
Pendant des années, Digi a surtout été perçu comme un opérateur agressif sur les prix. Cette lecture reste valable, mais elle est incomplète. La publication de cette carte révèle une stratégie plus profonde : l’opérateur construit un réseau de transport national pour gagner en autonomie, maîtriser ses coûts et renforcer sa position face à des concurrents disposant d’une infrastructure plus ancienne ou plus développée.
La différence entre louer de la capacité et exploiter un réseau backbone propre est significative. Celui qui contrôle une partie du backbone peut mieux gérer le trafic, concevoir ses itinéraires, réduire sa dépendance aux tiers et dimensionner son réseau selon ses propres besoins. Il peut aussi optimiser la connectivité des points d’accès FTTH, des nœuds métropolitains, des points de présence et des emplacements mobiles.
Ce point est encore plus crucial depuis que Digi opère en Espagne en tant que MNO. Jusqu’en janvier 2025, la société proposait des services mobiles en tant qu’opérateur virtuel sur le réseau de Telefónica. Depuis, elle utilise l’accord national de roaming et le partage de réseau RAN et de spectre avec Telefónica, en vigueur au moins jusqu’au 31 décembre 2040. Elle dispose également de blocs de spectre dans les bandes 1.800 MHz, 2.100 MHz et 3.500 MHz, acquis suite aux conditions liées à l’opération Orange-MásMóvil.
| Couche du réseau | Ce que cela signifie pour Digi |
|---|---|
| FTTH propre | Plus de contrôle sur l’accès fixe et l’expérience client |
| Réseau SOTA | Couvre des zones additionnelles où Digi a vendu le réseau mais continue d’en assurer l’accès et l’exploitation |
| NEBA Telefónica | Capacité à fournir des services dans des régions sans couverture suffisante en propre |
| Backbone de 14 000 km | Transport national pour le trafic fixe et support de la croissance |
| Accord mobile avec Telefónica | Couvrance nationale et transition vers une intégration mobile renforcée |
| Spectre propre | Base pour consolider Digi comme opérateur mobile avec sa propre infrastructure |
L’opération SOTA contribue aussi à comprendre la stratégie financière de Digi. La société a vendu une partie de son réseau FTTH à un consortium d’investisseurs, tout en conservant l’accès et la gestion opérationnelle, lui permettant de continuer à exploiter cette infrastructure pour ses services. En Andalousie, en octobre 2025, Digi a également achevé le déploiement de son réseau FTTH en collaboration avec Aberdeen, couvrant environ 2,5 millions de foyers.
Au final, Digi adopte une stratégie hybride : investissements propres, accords avec des fonds d’infrastructure, accès en gros et collaboration avec Telefónica. Ce n’est pas un réseau entièrement propriété à tous les niveaux, mais ce n’est pas non plus un modèle purement virtualisé. Digi occupe une position intermédiaire, avec davantage de contrôle sur l’infrastructure que ce que l’on attribue généralement aux opérateurs low-cost.
Madrid et Barcelone comme centres névralgiques
La carte illustre aussi un phénomène attendu dans un réseau national : Madrid et Barcelone jouent les rôles de pôles principaux. Depuis ces villes, des routes se déploient vers le reste du territoire, avec des connexions vers le nord, la région de Valence, l’Andalousie, la Castille-La Mancha, la Castille-et-León, la Galice et la vallée de l’Èbre. Cette configuration correspond à la logique du trafic national et international, puisque ces deux marchés concentrent des centres de données, des points d’interconnexion, de grands clients, du trafic résidentiel et des sorties vers des réseaux mondiaux.
Une lecture technique doit cependant faire preuve de prudence car le rapport ne fournit pas de détails précis sur la capacité, la redondance, les fournisseurs de transport, les itinéraires alternatifs, la longueur par segment ni la topologie logique. Il n’indique pas non plus si tous les points verts ont la même fonction ni si les points rouges correspondent à des OLT, des centraux, des hubs métropolitains ou d’autres types d’emplacements. Toutefois, la carte offre une indication claire : Digi possède un réseau backbone étendu et bien réparti, et ne se limite pas à une présence limitée à quelques grandes métropoles.
La comparaison avec le travail collectif effectué par des utilisateurs via des forums et des cartes non officielles est également intéressante. La correspondance entre les villes où des déploiements de fibre Smart ont été repérés et les points de présence du backbone renforce l’utilité de cette veille citoyenne, même si la source officielle permet désormais de distinguer ce qui est confirmé de ce qui est simplement supposé.
Impact sur la concurrence en Espagne
La publication survient sur un marché très concentré après la création de MasOrange et avec Telefónica, Vodafone et Digi en compétition pour les clients de fibre et mobile. Dans ce contexte, l’infrastructure est devenue une variable clé différenciant les opérateurs capables de maintenir des prix agressifs de ceux qui dépendent fortement des coûts de gros.
Pour Digi, disposer de 13,7 millions de foyers passés et de 14 000 kilomètres de backbone ne garantit pas à lui seul la rentabilité ni la qualité. Le rapport annuel rappelle que les télécommunications sont un secteur intensif en capital, soumis à la concurrence, à la pression sur les prix, aux évolutions technologiques et à la nécessité constante d’investir. Mais il explique aussi pourquoi sa croissance en Espagne ne doit pas simplement être assimilée à une opération commerciale.
En 2025, Digi a terminé avec 10,8 millions de RGUs en Espagne, dont 7,3 millions pour la mobile et 2,6 millions pour la fibre. La société conserve aussi la première place en portabilité mobile en Espagne pour la cinquième année consécutive, selon le message de son CEO dans le rapport annuel. Ces chiffres confirment que la société n’est plus un acteur marginal sur le marché.
Le réseau backbone maintenant dévoilé permet d’envisager la prochaine étape. Si Digi souhaite poursuivre sa croissance dans la fibre, l’IPTV, la mobilité, le secteur entreprise et les services convergents, il faudra que ses infrastructures de transport soutiennent cette expansion. La carte publiée n’est pas qu’une curiosité technique, c’est une représentation concrète de la base physique sur laquelle l’opérateur entend s’appuyer pour conquérir une part plus grande du marché espagnol.
Questions fréquentes
Que a publié Digi concernant son réseau en Espagne ?
Digi a intégré dans son rapport annuel 2025 une carte de son réseau backbone fixe en Espagne, accompagnée de données sur la couverture, les foyers passés et la longueur de la fibre backbone.
Combien de kilomètres compte le backbone de Digi en Espagne ?
La société indique environ 14 000 kilomètres de réseau backbone interurbain en Espagne.
Quel est le nombre de foyers couverts par le réseau fixe de Digi ?
Digi affirme que son réseau FTTH et le réseau SOTA desservent conjointement près de 13,7 millions de foyers, soit 51,3 % des logements du pays.
Digi est-elle déjà un opérateur mobile avec réseau en Espagne ?
Depuis janvier 2025, Digi fournit des services mobiles en tant qu’opérateur MNO via des accords de roaming national, de partage de réseau RAN et de spectre avec Telefónica, en plus d’utiliser ses propres blocs de spectre dans plusieurs bandes.
Source : Rapport annuel Digi