CoolIT Systems a présenté une nouvelle coldplate capable de dissiper jusqu’à 15 kW de chaleur en un seul boîtier de puce, une avancée qui anticipe l’évolution à venir de l’infrastructure d’intelligence artificielle : racks plus denses, accélérateurs plus puissants et centres de données obligés de repenser leur refroidissement dès la conception.
L’entreprise canadienne, spécialiste en refroidissement liquide direct pour serveurs haute performance, affirme que cette avancée prouve que le refroidissement liquide monophase, aussi appelé refroidissement direct en phase unique, dispose encore de marges pour plusieurs années d’innovation. Ce message est significatif. Dans le secteur, une tendance croissante veut que les prochaines générations de matériel IA poussent le marché vers des solutions bifases, plus complexes, afin d’extraire la chaleur de puces de plus en plus puissantes. CoolIT propose une position différente : la technologie monophase n’a pas encore atteint ses limites.
La nouvelle coldplate multiplie près de quatre fois la capacité du design de 4 kW présenté en 2025 par CoolIT et dépasse de plus de 10 fois les besoins thermiques actuels des GPU d’IA, selon l’entreprise. La pièce utilise une architecture à microcanaux Split-Flow, validée avec un mélange standard d’eau et de glycol à 1,2 litre par minute par kW, offrant des performances thermiques compatibles avec un environnement d’eau tempérée à 45 ºC.
Une coldplate compacte pour un défi colossal
Une coldplate est une plaque métallique placée directement sur la puce ou le paquet de puces pour en évacuer la chaleur via un circuit de fluide. Dans les serveurs traditionnels, la majorité du refroidissement reposait sur l’air, des ventilateurs et des allées froides. Ce modèle demeure efficace pour de nombreuses charges, mais montre ses limites lorsque la puissance se concentre dans les accélérateurs IA qui consomment plus d’un kilowatt par unité et fonctionnent dans des systèmes de plus en plus compacts.
Atteindre 15 kW par boîtier ne signifie pas que tous les puces consommeront cette énergie demain. Son importance réside dans la démonstration d’un potentiel technique. NVIDIA Blackwell a déjà confirmé que la refroidissement liquide direct est une option viable pour les infrastructures IA à haute densité, et la nouvelle plateforme Vera Rubin continuera de renforcer cette tendance. NVIDIA explique que Vera Rubin NVL72 utilisera un refroidissement liquide monophase à eau tempérée à 45 ºC, une température permettant de refroidir le circuit avec l’air ambiant dans certains cas, réduisant ainsi la dépendance aux systèmes de refroidissement traditionnels.
Le point critique est la densité : les centres de données doivent non seulement alimenter davantage de serveurs, mais concentrer plus de puissance dans un espace réduit. Les racks IA actuels ont déjà dépassé l’étendue de la computation classique, et les prévisions pour des plateformes comme Rubin Ultra envisagent des racks de centaines de kilowatts. Dans ce contexte, la capacité de refroidissement devient aussi cruciale que l’alimentation électrique ou la disponibilité des puces.
La proposition de CoolIT répond précisément à cette pression. Si une coldplate peut gérer des charges thermiques bien supérieures aux capacités actuelles, les fabricants et exploitants de centres de données disposent de marges pour concevoir des architectures futures sans basculer immédiatement vers des technologies plus complexes à gérer.
Monophase contre bifase : un duel technique toujours ouvert
Le refroidissement liquide monophase consiste en un fluide qui reste en phase liquide durant tout le parcours : il absorbe la chaleur dans la coldplate, la transporte vers un échangeur ou une unité de circulation thermique (CU), puis revient pour recommencer le cycle. C’est une architecture bien connue, moins complexe à gérer, et dont l’adoption est en forte croissance dans les centres de données IA et supercalculateurs.
Le refroidissement bifase, en revanche, utilise un fluide qui change d’état lors de l’absorption de chaleur. Ce changement de phase permet de capter de grandes quantités d’énergie thermique avec une grande efficacité, mais complique la gestion du fluide, la conception du système, l’entretien et l’intégration avec les infrastructures existantes. Certains acteurs y voient la voie naturelle pour des densités extrêmes, même si le débat demeure quant aux coûts, à la maturité technologique et à la facilité d’adoption à grande échelle.
CoolIT insiste sur la viabilité du monophase avec un argument pratique : cette technologie est déjà utilisée pour refroidir des millions d’accélérateurs IA et pourrait continuer à croître sans obliger une refonte totale des centres de données. Kamal Mostafavi, CTO de CoolIT Systems, indique que cette nouvelle coldplate démontre qu’une architecture monophase peut assurer le refroidissement de l’infrastructure IA “pour encore longtemps”, c’est-à-dire durant une bonne partie du prochain cycle matériel.
Ce débat n’est pas seulement théorique. Pour les opérateurs, changer de système de refroidissement implique de repenser la conception des salles, la formation des équipes, la maintenance, la consommation d’eau, l’efficacité énergétique et la compatibilité avec le matériel existant. La technologie qui dominera sera celle qui offrira le meilleur compromis entre performance, fiabilité, coûts et facilité d’exploitation.
L’IA modifie la conception physique des centres de données
L’annonce de CoolIT s’inscrit dans une tendance plus large : l’intelligence artificielle oblige à repenser l’architecture physique même des centres. Jusqu’ici, les discussions portaient principalement sur les GPU, les réseaux à faible latence, la mémoire HBM, et les logiciels d’entraînement. Désormais, la conversation s’étend aussi aux tuyaux, débits, échangeurs thermiques, unités de circulation (CU), température de l’eau, pression du circuit et capacité électrique par rack.
Le refroidissement par air n’est pas destiné à disparaître, mais son rôle évolue. Dans de nombreux plans, il sera complémentaire, prenant en charge la mémoire, les alimentations, le stockage ou d’autres composants, tandis que les accélérateurs principaux seront refroidis directement par liquide. Cette approche hybride s’impose déjà dans plusieurs plateformes IA.
La coldplate de 15 kW de CoolIT ne résout pas seule tous les défis des centres de données de nouvelle génération. Un rack haute densité nécessite une alimentation, une distribution électrique, de la redondance, de la surveillance, de la maintenance, de la sécurité, et une intégration fine entre serveurs et infrastructure. Cependant, elle envoie un message clair : la course au refroidissement de l’IA reste ouverte, et le refroidissement liquide monophase peut encore s’étendre plus que ce que beaucoup pensaient.
Pour les grands opérateurs, cette avancée signifie plus de marge pour planifier des déploiements IA sans devoir immédiatement passer à des architectures plus complexes. Pour les fabricants, cela ouvre la voie à des puces plus puissantes. Enfin, pour les centres de données européens, où l’efficacité énergétique et la gestion de l’eau deviennent des priorités, cela renforce l’idée que le choix thermique doit devenir une décision stratégique, pas simplement un détail technique en fin de projet.
Questions fréquentes
Que présente CoolIT Systems ?
CoolIT a développé une coldplate capable de dissiper jusqu’à 15 kW de chaleur en un seul boîtier de puce, orientée vers les futures générations de matériel d’intelligence artificielle et de calcul haute performance.
Qu’est-ce que le refroidissement liquide monophase ?
Un système où le liquide de refroidissement reste en phase liquide tout au long du circuit. Il absorbe la chaleur dans la coldplate, la transporte vers un échangeur thermique, puis revient pour continuer le cycle.
Pourquoi le saut à 15 kW est-il important ?
Parce qu’il montre que le refroidissement direct liquide monophase a encore un potentiel pour supporter des chips et racks beaucoup plus denses que ceux d’aujourd’hui, sans nécessiter de systèmes bifases.
Est-ce que tous les centres de données adopteront le refroidissement liquide ?
Pas tous, mais la demande pour les charges IA à haute densité accélère son adoption. Dans de nombreux centres, coexistent déjà systèmes à air, refroidissement liquide direct et solutions hybrides selon les applications et charge de travail.