Samsung Foundry : 81,5 % des employés songent à partir à cause de l’écart de primes

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Un sondage interne mené par le principal syndicat de Samsung Electronics vient confirmer ce que plusieurs ingénieurs murmuraient depuis des mois : la division Foundry traverse une crise de confiance. Sur 8 297 employés de la branche semiconducteurs interrogés entre le 17 et le 30 juin, 81,5 % de ceux de Foundry déclarent envisager sérieusement de changer d’employeur d’ici deux ans, contre seulement 32,7 % côté mémoire.

Les chiffres clés de la crise sociale chez Samsung

  • 8 297 employés de la division semiconducteurs ont répondu au sondage syndical.
  • Foundry affiche 81,5 % d’intention de départ, System LSI 75,4 %.
  • La division mémoire, dopée par la demande IA, ne dépasse pas 32,7 %.
  • Le nouveau système de primes crée des écarts de plusieurs centaines de millions de wons entre unités.
  • Le sondage traduit un mécontentement, pas un calendrier de démissions.

Un fossé qui dépasse largement la moyenne du groupe

L’enquête a été réalisée par la section syndicale rattachée à la Supra-Entreprise, la plus grande organisation représentative de Samsung. Elle portait sur l’intention de changer d’emploi dans les deux prochaines années, tous secteurs de Device Solutions (DS) confondus. La moyenne du groupe ressort à 49,5 %, un chiffre déjà élevé pour un employeur de ce calibre. Foundry le dépasse de plus de 30 points, avec 62 % de réponses classées « très élevées » et 19 % « élevées ».

Ce chiffre mérite d’être nuancé. Les 8 297 réponses couvrent l’ensemble de DS, sans détail public sur le nombre de participants par unité, le taux de participation ni la méthode d’échantillonnage. Une intention déclarée dans un sondage syndical, en pleine tension salariale, n’équivaut pas à une vague de démissions confirmées.

Foundry et System LSI, les grands perdants du nouveau système

Les résultats dessinent une frontière nette entre les activités mémoire et celles liées à la logique. Derrière Foundry, System LSI (processeurs, capteurs d’image, circuits intégrés) affiche 75,4 % d’intention de départ. Le Center for Semiconductor Research suit avec 60,6 %, tandis que la mémoire, seule vraie gagnante du cycle IA actuel, reste à 32,7 %, presque 17 points sous la moyenne DS.

Division de Samsung DSIntention élevée ou très élevée de changement d’emploi
Samsung Foundry81,5 %
System LSI75,4 %
Centre de recherche en semiconducteurs60,6 %
Moyenne DS49,5 %
Division mémoire32,7 %

Selon le syndicat et la presse sud-coréenne, cette fracture remonte à un accord de rémunération signé en mai entre Samsung et ses principaux syndicats. Une part importante des primes y est indexée sur les bénéfices générés par chaque activité, un mécanisme qui avantage mécaniquement la mémoire, en pleine forme grâce aux commandes de puces pour l’IA.

L’écart chiffré donne le vertige. Dans un scénario où le bénéfice opérationnel annuel approcherait 300 000 milliards de wons, un salarié de la mémoire touchant 100 millions de wons par an pourrait percevoir environ 550 millions en primes exceptionnelles, plus 50 millions via l’incitation à la performance (OPI). Soit près de 600 millions de wons de rémunération variable avant impôt.

Pour Foundry et System LSI, la prime estimée tourne autour de 210 millions de wons, dont 160 millions via le nouveau système d’incitations et jusqu’à 50 millions d’OPI. Une somme confortable dans l’absolu, mais qui ne représente qu’un tiers de celle promise à un salarié de la mémoire.

Ces montants ne sont pas des chèques garantis. Ils dépendent du salaire de base, de l’unité de travail, des résultats finaux et du respect des objectifs fixés dans l’accord. Une partie sera versée en actions Samsung sur une période longue, loin d’un virement immédiat en liquide.

Un accord pensé pour la rentabilité des puces, pas pour l’unité du groupe

Le nouvel accord salarial a été approuvé le 27 mai par 73,7 % des voix, lors d’un vote réunissant 62 616 membres syndiqués répartis dans deux organisations. Il a permis d’éviter une grève de 18 jours qui menaçait de démarrer dans la foulée.

Le texte prévoit que les primes exceptionnelles reposent sur 10,5 % des bénéfices opérationnels, cette fois sans plafond. Le fonds se répartit à 40 % de façon uniforme sur toute la division et à 60 % selon la performance de chaque unité. Les versements se feront en actions, sur une période d’au moins dix ans, liés à des objectifs ambitieux : dépasser 200 000 milliards de wons de bénéfice annuel entre 2026 et 2028, puis 100 000 milliards entre 2029 et 2035.

Ce système aligne la rémunération sur la valeur créée par chaque division, mais il complique la vie d’un groupe intégré comme Samsung. Les ingénieurs de Foundry, qui travaillent sur des procédés avancés de deux nanomètres, touchent une rémunération variable moindre dès que leur unité génère moins de profit que la mémoire, indépendamment de la difficulté technique de leur travail.

Il faut toutefois écarter le raccourci d’un écart « 100 fois moindre », repris par certains médias. Cette comparaison confrontait le bonus estimé à 600 millions de wons pour un salarié de la mémoire à une attribution d’actions d’environ six millions de wons pour Device eXperience (smartphones, téléviseurs, électroménager). L’écart réel entre mémoire et Foundry se situe plutôt autour d’un facteur trois.

Le mécontentement dépasse d’ailleurs le seul périmètre des puces. Des salariés de Device eXperience ont manifesté en portant du noir, leurs syndicats dénonçant une exclusion de leur secteur du système de primes. La colère vise surtout la différence de traitement entre DS et les divisions grand public.

Le paradoxe Samsung : la mémoire en pleine forme, Foundry en quête de talents

Ce conflit social survient alors que Samsung enchaîne ses meilleurs résultats. Au premier trimestre 2026, le bénéfice opérationnel consolidé a atteint 57,2 billions de wons, dont 53,7 billions pour Device Solutions, soit près de 94 % du total, porté par la hausse des prix et la demande de mémoire pour l’infrastructure IA. Pour le deuxième trimestre, Samsung annonce un bénéfice opérationnel prévisionnel d’environ 89,4 billions de wons pour un chiffre d’affaires de 171 billions, des chiffres préliminaires en attendant le détail par division.

Toutes les branches de DS ne profitent pourtant pas de cette embellie. La mémoire vend DRAM, NAND, HBM et solutions de stockage à des prix en forte hausse. Foundry, elle, fabrique des puces conçues par des clients tiers et affronte de plein fouet la montée en puissance du 2 nm de TSMC, leader incontesté du secteur.

Au premier trimestre 2026, Samsung Foundry a réalisé un chiffre d’affaires d’un peu plus de 3,2 milliards de dollars, pour une part de marché mondiale de 6,5 % selon TrendForce. TSMC en détient 72 %, SMIC complète le podium avec 5,1 %.

FonderiePart de marché mondiale, T1 2026
TSMC72,0 %
Samsung Foundry6,5 %
SMIC5,1 %

Samsung reste la deuxième fonderie mondiale, mais l’écart avec TSMC rend la fidélisation des ingénieurs particulièrement critique. Optimiser les rendements, adapter les procédés à chaque client et maximiser l’utilisation des usines demande des équipes très qualifiées, avec un savoir-faire accumulé sur des années. Perdre ces profils coûte cher, bien plus qu’une prime.

Perspectives : un pari risqué pour la course au 2 nm

Samsung prévoit d’augmenter la production de sa seconde génération de puces en 2 nanomètres au second semestre 2026, d’élargir son portefeuille client dans le calcul haute performance et de poursuivre le développement du 1,4 nanomètre. Le groupe mise sur la combinaison fabrication, mémoire et encapsulage avancé pour se démarquer, une stratégie déjà comparée à celle d’Intel avec son High-NA EUV sur Panther Lake.

Une fuite de talents dans Foundry ou System LSI compliquerait ces ambitions, mais le sondage ne permet pas d’affirmer que la tendance va s’accélérer. Le marché du travail en semiconducteurs reste concentré géographiquement, avec des postes spécialisés souvent verrouillés par des clauses de confidentialité et des restrictions sur la propriété industrielle. Cela n’empêche pas Samsung de chercher du renfort externe pour des projets stratégiques comme le TPU de Google, signe que la pression sur les équipes internes est déjà bien réelle.

Le risque de fond reste le même : Samsung doit combler son retard sur TSMC en fonderie, mais son système de primes récompense d’abord la rentabilité immédiate de la mémoire. Une logique cohérente sur le plan financier, qui pourrait pourtant décourager des divisions que le groupe juge indispensables pour sortir du cycle actuel du DRAM et du NAND.

Questions fréquentes

Est-il vrai que 81,5 % des employés de Samsung Foundry vont démissionner ?

Non. Ce chiffre correspond aux employés ayant déclaré une intention élevée ou très élevée de changer d’emploi dans les deux prochaines années, pas à des démissions confirmées.

Combien de salariés ont répondu à l’enquête ?

8 297 employés de la division semiconducteurs de Samsung, sans détail public sur la répartition par unité.

Pourquoi la division mémoire touche-t-elle des primes plus élevées ?

Le nouveau système lie une partie des primes aux bénéfices de chaque activité. La mémoire enregistre des résultats record grâce à la demande et à la hausse des prix des composants pour serveurs et IA.

Quel rôle joue Samsung Foundry pour le groupe ?

Foundry fabrique des puces conçues par des clients tiers et reste la principale alternative à TSMC. Samsung doit faire progresser ses procédés 2 nm et 1,4 nm pour séduire des clients dans l’IA, le mobile, l’automobile et le calcul haute performance.

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