Une enquête syndicale menée auprès des employés de la division semiconducteurs de Samsung Electronics révèle un mécontentement profond au sein de ses activités de fabrication et de conception de puces. Selon cette étude, 81,5 % des salariés de Samsung Foundry envisagent sérieusement ou très sérieusement de changer d’entreprise dans les deux prochaines années, contre 32,7 % dans la division mémoire.
Les clés de la crise sociale chez Samsung en 30 secondes
- Un sondage syndical a recueilli les réponses de 8 297 employés de la division semiconducteurs.
- Foundry affiche un taux d’intention de départ de 81,5 % ; System LSI atteint 75,4 %.
- La division mémoire, principale bénéficiaire de la montée en puissance de l’IA, affiche un taux de seulement 32,7 %.
- Le nouveau système de primes pourrait générer des différences de centaines de millions de wons entre les différentes unités.
- Ce sondage reflète un mécontentement, mais ne permet pas de prévoir précisément combien d’employés quitteront effectivement l’entreprise.
L’étude a été réalisée par la section syndicale de Samsung Electronics rattachée à la Supra-Entreprise, la plus grande organisation syndicale de la société. Elle s’est déroulée du 17 au 30 juin, interrogeant sur la volonté de changer d’emploi durant les deux années suivantes.
La moyenne pour l’ensemble de Device Solutions (DS), la division regroupant les activités de semiconducteurs, se monte à 49,5 %. Foundry dépasse cette moyenne de plus de 30 points, avec environ 62 % de ses participants déclarant une intention de départ « très élevée » et 19 % « élevée ».
Cependant, ce pourcentage doit être mis en contexte. Les 8 297 répondants appartiennent à l’ensemble de DS, mais les données publiées ne précisent pas combien de réponses proviennent de chaque secteur, ni le taux de participation ni la méthode d’échantillonnage. Il ne s’agit pas non plus de dire qu’une majorité de salariés ont effectivement remis leur démission : ce chiffre traduit une intention déclarée dans une enquête syndicale réalisée en période de conflit salarial.
Foundry et System LSI reflètent le mécontentement
Les résultats montrent une division claire entre les activités liées à la mémoire et celles de la logique de circuits intégrés. Après Foundry, c’est System LSI qui affiche le taux d’intention de départ le plus élevé, à 75,4 %, responsable notamment de la fabrication de processeurs, capteurs d’image et autres circuits intégrés.
Le Center for Semiconductor Research enregistre un taux de 60,6 %, tandis que la division mémoire, bénéficiaire récente de la croissance de l’IA, affiche seulement 32,7 %, soit près de 17 points de moins que la moyenne de DS.
| Division de Samsung DS | Intention élevée ou très élevée de changement d’emploi |
|---|---|
| Samsung Foundry | 81,5 % |
| System LSI | 75,4 % |
| Centre de Recherche en Semiconducteurs | 60,6 % |
| Moyenne DS | 49,5 % |
| Division mémoire | 32,7 % |
Selon le syndicat et la presse sud-coréenne, cette crise trouve son origine dans un système spécifique de rémunération mis en place en mai, entre Samsung et ses principales organisations syndicales. Ce plan lie une partie importante des primes aux bénéfices générés par chaque activité, un mécanisme qui favorise particulièrement la division mémoire, en pleine croissance grâce à la demande de chips pour l’IA.
L’écart est significatif. Selon des estimations en Corée, sous un scénario où le bénéfice opérationnel annuel atteindrait près de 300 000 milliards de wons, un employé de mémoire gagnant 100 millions de wons par an pourrait recevoir environ 550 millions en primes exceptionnelles, plus 50 millions via l’incitation à la performance, connue sous le nom d’OPI. La rémunération variable totale pourrait ainsi avoisiner 600 millions de wons avant impôt.
Pour les salariés de Foundry et System LSI, la prime estimée tourne autour de 210 millions de wons : environ 160 millions via le nouveau système d’incitations et jusqu’à 50 millions grâce à l’OPI. Bien que cette somme reste importante, elle représente environ un tiers de celle que pourrait percevoir un employé de mémoire.
Il est important de préciser que ces chiffres ne constituent pas des paiements effectifs garantis pour chaque salarié. Leur montant dépend notamment du salaire, de l’unité de travail, des résultats finaux, des conditions de maintien en poste, et du respect des objectifs fixés dans le cadre de l’accord. Une partie de cette rémunération sera également versée en actions Samsung sur une période prolongée, ce qui ne correspond pas à un versement immédiat en liquide.
Un accord centré sur la rentabilité des chips
Ce nouvel accord salarial a été approuvé le 27 mai par 73,7 % des voix lors d’un vote organisé par deux des principaux syndicats de Samsung, réunissant 62 616 membres. Ce pacte a permis d’éviter une grève de 18 jours qui devait débuter peu après.
Il prévoit que les primes exceptionnelles soient basées sur 10,5 % des bénéfices opérationnels considérés, cette fois sans plafond maximal antérieur. La répartition du fonds se fait à 40 % de manière uniforme dans toute la division, et à 60 % en fonction de la performance de chaque unité.
Les paiements seront effectués en actions, sur une période d’au moins dix ans, et seront liés à des objectifs de rentabilité. Le document prévoit un objectif de dépasser 200 000 milliards de wons par an entre 2026 et 2028, et 100 000 milliards entre 2029 et 2035.
Ce système cherche à aligner la rémunération à la valeur créée par chaque unité, mais il génère également des disparités difficiles à gérer pour une société intégrée : ainsi, les ingénieurs de Foundry, qui travaillent sur des processeurs de deux nanomètres avancés, pourraient voir leur rémunération variable inférieure si cette unité génère moins de bénéfices que la division mémoire.
Il ne faut toutefois pas appliquer à Foundry l’expression « 100 fois moindre » évoquée par certains médias. Cette différence provient de la confrontation entre le bonus estimé à près de 600 millions de wons pour certains employés de mémoire et l’attribution d’actions de l’ordre de six millions de wons pour les salariés de Device eXperience, spécialisées dans les smartphones, téléviseurs et appareils électroménagers. La différence estimée entre mémoire et Foundry resterait donc au alentour de trois fois.
Ce mécontentement dépasse la simple division des chips. Des employés de Device eXperience ont manifesté en portant du noir, et leurs syndicats ont organisé des protestations contre ce qu’ils perçoivent comme une exclusion de leur secteur du système de primes. La colère vise en particulier la différence de traitement entre DS et les divisions de téléphones Galaxy, téléviseurs et électroménagers.
La paradoxe de Samsung : mémoire en plein essor, Foundry en quête de talents
Ce conflit survient alors que Samsung connaît l’un de ses meilleurs résultats financiers. Au premier trimestre 2026, le bénéfice opérationnel consolidé s’élevait à 57,2 billions de wons. Device Solutions y contribuait pour 53,7 billions, près de 94 %, principalement grâce à la hausse des prix et à la forte demande de mémoire pour l’infrastructure IA.
Pour le deuxième trimestre, Samsung annonce un bénéfice opérationnel prévisionnel d’environ 89,4 billions de wons, avec un chiffre d’affaires de 171 billions. Ce sont des données préliminaires, la société devant publier le détail par division ultérieurement.
Cependant, toutes les branches de DS ne bénéficient pas également de cette croissance. La division mémoire vend des DRAM, NAND, HBM et unités de stockage à des prix en forte hausse. Foundry, quant à elle, produit des puces conçues par des tiers et doit faire face à la concurrence de TSMC, leader mondial du secteur.
Au premier trimestre 2026, Samsung Foundry a enregistré un chiffre d’affaires d’un peu plus de 3,2 milliards de dollars, avec une part de marché mondiale de 6,5 %, selon TrendForce. TSMC détient quant à lui 72 %, et SMIC est troisième avec 5,1 %.
| Fonderie | Part de marché mondiale au premier trimestre 2026 |
|---|---|
| TSMC | 72,0 % |
| Samsung Foundry | 6,5 % |
| SMIC | 5,1 % |
Samsung reste la deuxième fonderie mondiale, mais l’écart avec TSMC rend la fidélisation des ingénieurs particulièrement critique. Optimiser les rendements, adapter les procédés spécifiques à chaque client, et maximiser l’utilisation des usines nécessitent des équipes hautement qualifiées, accumulant un savoir-faire de longue date.
Samsung prévoit d’accroître la production de sa seconde génération de puces en deux nanomètres durant la seconde moitié de 2026, d’étendre son portefeuille client pour l’informatique haute performance, et de poursuivre le développement de sa nouvelle technologie de 1,4 nanomètre. La société entend aussi combiner fabrication, mémoire et encapsulage avancé pour se différencier de ses concurrents.
Une fuite de talents dans la division Foundry ou System LSI pourrait compliquer ces ambitions, mais l’enquête ne prouve pas encore que cette tendance va s’intensifier. Le marché du travail dans le secteur des semi-conducteurs reste géographiquement concentré, avec des postes très spécialisés souvent soumis à des clauses de confidentialité, des expériences pointues, et des restrictions sur la propriété industrielle.
Ce qui est notable, c’est qu’un risque interne existe : Samsung doit réduire l’écart avec TSMC dans son secteur de la fonderie, mais son système d’incitations privilégie avant tout la rentabilité immédiate de la division mémoire. Si cette stratégie est cohérente financièrement, elle pourrait aussi démotiver certaines divisions, que Samsung considère pourtant comme essentielles pour dépasser le cycle actuel de croissance du DRAM et NAND.
Questions fréquentes
Est-il vrai que 81,5 % des employés de Samsung Foundry prévoient de démissionner ?
Non. Ce pourcentage correspond aux employés ayant déclaré lors du sondage une intention élevée ou très élevée de changer d’emploi dans les deux prochaines années. Il ne s’agit pas de démissions confirmées.
Combien de salariés ont participé à l’enquête ?
Ils étaient 8 297 employés de la division semiconducteurs de Samsung. Les données publiées ne précisent pas le nombre de réponses provenant de chaque unité.
Pourquoi les employés de la division mémoire pourraient recevoir des primes plus importantes ?
Le nouveau système lie une partie des primes aux bénéfices de chaque activité. La division mémoire connaît des résultats record, portés par la demande accrue et la hausse des prix des composants pour serveurs et IA.
Quel rôle joue Samsung Foundry pour la société ?
Foundry fabrique des puces conçues par des tiers et constitue la principale alternative à TSMC. Samsung doit améliorer ses procédés avancés en 2 et 1,4 nanomètres pour attirer des clients dans l’IA, le mobile, l’automobile et le calcul haute performance.