86 % des entreprises nord-américaines de plus de 1 000 salariés réduisent activement leur dépendance à VMware. C’est le chiffre issu d’une étude CloudBolt publiée début 2026, basée sur 302 responsables IT, et il traduit mieux que n’importe quel communiqué ce que l’acquisition de VMware par Broadcom a changé — dans les salles des machines comme dans les conseils d’administration.
Broadcom a finalisé le rachat en novembre 2023, puis annoncé l’arrêt des licences perpétuelles au profit d’abonnements. La logique est connue : acheter des logiciels à forte base installée et rationaliser l’offre. Ce qui était moins prévisible, c’est la vitesse et l’ampleur des hausses tarifaires qui ont suivi.
Une décision commerciale aux conséquences durables
Les chiffres donnent l’échelle du problème. AT&T a indiqué dans un document judiciaire avoir reçu une proposition impliquant une hausse de coûts pouvant atteindre 1 050 %. La CISPE, qui représente des fournisseurs européens de cloud, a signalé des augmentations allant jusqu’à 1 500 % pour certains membres auprès des institutions européennes. Tesco a poursuivi Broadcom et VMware devant les tribunaux britanniques : 40 000 charges de travail serveur exposées à des conditions jugées inacceptables, une réclamation d’au moins 100 millions de livres sterling.
En 2025, un minimum d’achat de 72 cœurs par commande a circulé dans certains canaux avant d’être nuancé selon les sources. Peu importe la mesure précise : elle a suffi à installer un sentiment d’incertitude. Les renouvellements, autrefois quasi automatiques, sont devenus des décisions pesées.
Ce qui a vraiment changé, ce n’est pas uniquement la facture. C’est le cadre dans lequel les entreprises pensent leur infrastructure. Concentrer virtualisation, automatisations, sauvegardes et réseau défini par logiciel sur un seul fournisseur avait du sens quand les contrats étaient prévisibles. Quand cette prévisibilité disparaît, la question n’est plus « combien coûte le renouvellement ? » mais « que se passe-t-il si ce contrat devient intenable dans trois ans ? »
Les alternatives progressent, sans précipitation
Le marché n’a pas basculé d’un coup. Migrer une plateforme de virtualisation ne se résume pas à changer d’hyperviseur. Derrière VMware s’accumulent des années d’automatisations, de processus de sauvegarde, de configurations réseau, de politiques de reprise après sinistre. Déplacer tout ça ne se fait pas en un trimestre.
Ce qui se passe en revanche, c’est une transition progressive et pragmatique. Nutanix, Proxmox, KVM, Hyper-V et OpenStack gagnent du terrain sur les projets neufs et les environnements moins critiques. Proxmox VE 9.2, sorti en juin 2026, apporte l’équilibrage de charge dynamique au cluster open source — exactement le type de fonctionnalité enterprise qui manquait pour convaincre les équipes IT plus exigeantes. Proxmox combine KVM, conteneurs LXC, haute disponibilité, Ceph, ZFS et Proxmox Backup Server dans une solution open source accessible. C’est une option sérieuse, mais elle exige des compétences techniques solides avant de passer en production.
Nutanix joue sur un autre registre. Son architecture hyperconvergée simplifie la gestion et réduit les dépendances complexes entre couches. Pour les organisations qui ne veulent pas gérer une stack ouverte mais cherchent à réduire leur exposition à VMware, c’est souvent la voie choisie. KVM et OpenStack restent prisés des fournisseurs cloud, des environnements souverains et des équipes capables de gérer des architectures très personnalisées.
Migrer : la complexité est rarement où on l’attend
Le retour d’expérience des DSI qui ont lancé des projets de migration est assez cohérent : l’hyperviseur lui-même n’est pas le problème. Les automatisations qui tournent dessus, les scripts d’exploitation, les intégrations de sauvegarde, les configurations réseau — c’est là que se niche la vraie complexité. Refaire les processus qui entourent un hyperviseur est souvent plus long que le changement de la plateforme elle-même.
D’où les stratégies hybrides adoptées par la plupart des organisations : maintenir VMware pour les charges critiques construites sur des années d’intégration, déplacer les environnements de développement ou les projets neufs vers Proxmox ou Nutanix, tester en contrôlé, documenter les dépendances, prévoir un plan de retour arrière.
Cette dynamique de diversification dépasse d’ailleurs la virtualisation. Le blocage de Claude Fable 5 aux États-Unis a mis en lumière la même mécanique pour les services d’IA : concentrer toute une chaîne de valeur sur un seul fournisseur, quel que soit le secteur, augmente la vulnérabilité face aux décisions extérieures.
La virtualisation, couche de gouvernance avant tout
La leçon du cas Broadcom-VMware est moins technique que stratégique. La virtualisation ne peut plus être traitée comme une simple couche d’infrastructure. C’est une couche de gouvernance : elle détermine la marge de manœuvre pour négocier, la vitesse de réaction face à un changement fournisseur, la capacité à maintenir les opérations si un contrat se durcit.
Construire une architecture avec des sorties possibles, une documentation claire et une portabilité suffisante : voilà ce que les équipes IT intègrent désormais dans leur planification à moyen terme. Cela implique d’accepter que toutes les charges ne migreront pas vers le même environnement. Certaines resteront sur VMware, d’autres iront vers Proxmox, Nutanix, KVM, cloud public ou des plateformes managées.
Cloudprivado.com accompagne les entreprises dans l’évaluation et la migration de leur infrastructure de virtualisation, avec une expertise sur Fortinet, Cisco et Proxmox. La valeur réside dans l’organisation structurée du processus : inventaire, analyse des dépendances, conception architecturale, tests de migration, plan de rollback, sécurité et gestion opérationnelle post-migration.
VMware restera présent dans de nombreux data centers pour plusieurs années encore. Sa technologie est mature, sa base installée considérable. Mais l’équilibre a changé : les clients qui renouvellaient quasi automatiquement prennent désormais le temps de regarder autour d’eux. Et certains décident de ne plus tout mettre dans le même panier.
Questions fréquentes
Qu’a changé Broadcom chez VMware après l’acquisition ?
Broadcom a mis fin à la commercialisation de nouvelles licences perpétuelles et a réorienté VMware vers un modèle d’abonnement. Ce changement a modifié la structure de coûts de nombreuses entreprises et intégrateurs qui construisaient leurs services sur des contrats pluriannuels plus prévisibles.
Proxmox est-il prêt pour les environnements d’entreprise ?
Proxmox VE est devenu une option sérieuse pour les organisations disposant de compétences techniques solides. La version 9.2 apporte l’équilibrage de charge dynamique, une limitation historique de la plateforme. Mais chaque migration doit évaluer le stockage, la haute disponibilité, la sauvegarde et les procédures d’exploitation avant de passer en production.
Pourquoi certaines entreprises gardent-elles VMware malgré les hausses ?
Parce que des années d’automatisations, d’intégrations et de processus critiques sont construites autour de la plateforme. Migrer ces dépendances représente souvent un chantier plus lourd que le changement d’hyperviseur lui-même. La migration se fait donc par étapes, en commençant par les environnements les moins critiques ou les projets en cours.
Quelles étapes clés avant de migrer sa virtualisation ?
Un inventaire détaillé des machines virtuelles, une analyse des dépendances entre applications, une évaluation des besoins en stockage, réseau, sauvegarde et reprise après sinistre. Il faut prévoir un plan de retour arrière et tester la migration en environnement contrôlé avant de toucher les charges critiques.