Mercredi 3 juin 2026, ASML a franchi une capitalisation flottante proche de 674 milliards de dollars en intraday, avant de clore la séance autour de 668 milliards. Elle dépasse ainsi le record historique de Novo Nordisk, qui avait atteint environ 650 milliards de dollars en 2024. C’est la première fois qu’une entreprise européenne atteint cette valorisation en termes nominaux.
Ce jalon n’est pas un accident de marché. ASML est le seul fournisseur commercial mondial de machines EUV (lithographie par ultraviolet extrême), indispensables à la fabrication des puces les plus avancées utilisées dans les GPU d’IA, les centres de données et les processeurs mobiles haut de gamme. Quand TSMC, Samsung ou Intel veulent produire des chips à 3 nm ou moins, ils ont besoin des équipements d’ASML. Sans alternative crédible à court terme.
JPMorgan et Morgan Stanley relèvent leurs cibles
La poussée boursière a été accélérée par deux relevements d’objectifs de cours en quelques jours. JPMorgan a porté son estimé de 1 515 à 1 900 euros par action. Morgan Stanley est passé de 1 400 à 1 660 euros. Les deux banques maintiennent une recommandation positive.
L’argument central de JPMorgan : ASML pourrait livrer plus de 110 systèmes EUV à faible ouverture numérique (low-NA) sans avoir à construire de nouveaux bâtiments. Le marché considérait jusqu’ici environ 90 unités comme un plafond raisonnable. ASML avait pourtant annoncé en avril vouloir livrer environ 60 systèmes low-NA EUV en 2026, avec un potentiel de 80 ou plus en 2027. La thèse des analystes parie sur une capacité plus élevée que ce que la société elle-même communique officiellement.
Morgan Stanley, de son côté, a cité les signaux d’expansion donnés lors de l’assemblée annuelle d’avril. ASML construit un nouveau campus au Brainport Industries Campus d’Eindhoven : travaux prévus au troisième trimestre 2026, premières équipes sur site au premier trimestre 2028.
| Donnée | Chiffre |
|---|---|
| Capitalisation intraday (3 juin 2026) | ~674 milliards USD |
| Capitalisation à la clôture | ~668 milliards USD |
| Record européen précédent (Novo Nordisk, 2024) | ~650 milliards USD |
| Objectif JPMorgan | 1 900 €/action (vs 1 515 €) |
| Objectif Morgan Stanley | 1 660 €/action (vs 1 400 €) |
| Ventes prévues 2026 | 36-40 milliards d’euros |
| Marge brute attendue 2026 | 51%-53% |
| Systèmes low-NA EUV prévus 2026 | ~60 unités (potentiel 80+ en 2027) |
Pourquoi l’IA dopele la demande d’ASML
ASML ne vend pas de puces. Elle fabrique les machines qui permettent aux fonderies de les produire. C’est un rôle en amont, discret mais critique. Chaque GPU H100 ou B200 de NVIDIA, chaque puce Apple Silicon, chaque accélérateur de centre de données est passé par un scanner EUV à un moment de son processus de fabrication. Plus on construit de centres de données pour l’IA — et les chiffres d’investissement actuels sont sans précédent — plus il faut des chips avancés, et plus les fonderies ont besoin de machines EUV.
Sur ce point, la situation de NVIDIA avec RTX Spark et l’accélération des agents IA locaux est éclairante : chaque nouvelle génération de GPU exige des géométries de gravure plus fines, donc davantage de machines EUV. ASML se trouve ainsi au cœur de chaque vague technologique, sans jamais être au premier plan médiatique.
Au premier trimestre 2026, ASML a enregistré 8,8 milliards d’euros de ventes nettes et 2,8 milliards de bénéfice net. Des chiffres qui confirment une demande soutenue dans un secteur où la capacité de production reste le principal goulot d’étranglement.
Un quasi-monopole sous pression, mais solide
La position d’ASML dans l’EUV est quasi exclusive, mais des concurrents tentent de l’attaquer par les flancs. Substrate, une startup américaine soutenue par Founders Fund et In-Q-Tel, a levé 100 millions de dollars pour développer une lithographie par rayons X basée sur des accélérateurs de particules. Canon défend depuis des années la nanoimpression pour certains procédés. La Chine cherche à réduire sa dépendance aux équipements soumis aux contrôles américains à l’exportation.
Mais remplacer un scanner EUV dans une usine à haute cadence n’est pas une question de prix unitaire. C’est une question de performance, de reproductibilité, de taux de défauts, d’intégration aux lignes de production existantes et de support technique sur plusieurs années. Des alternatives prometteuses en laboratoire ne deviennent pas des concurrents crédibles en production de masse du jour au lendemain.
ASML continue d’avancer avec le High-NA EUV, dont les systèmes comme la plateforme EXE sont estimés autour de 380 millions de dollars l’unité. Intel en a déjà installé un pour ses procédés 14A. TSMC adopte une approche plus prudente, évaluant le moment où ce passage sera économiquement viable en production. Deux stratégies, deux réponses à la même contrainte : le coût élevé de chaque saut technologique.
Ce record dit quelque chose sur l’Europe tech
La valorisation d’ASML à 668 milliards illustre une réalité souvent ignorée dans le débat sur la souveraineté numérique européenne : le continent dispose de quelques acteurs de classe mondiale dans l’infrastructure technologique physique, mais très peu dans les couches applicatives et logicielles. ASML vaut autant que certains GAFAM europens… à condition qu’il en existait.
Cette dualité est visible dans les discussions actuelles sur le cloud souverain européen et les niveaux de confiance imposés par la Cloud and AI Development Act : l’Europe régule avec ambition mais dépend encore massivement des plateformes américaines pour l’exploitation de ses données. ASML montre qu’une autre voie est possible — mais elle exige des investissements industriels décenniés, pas des décrets.
La vraie question pour ASML n’est pas de savoir si elle restera la plus grande valeur européenne. C’est de savoir si elle peut augmenter sa production suffisamment vite pour absorber une demande en chips d’IA qui croît plus vite que la capacité de fabrication mondiale. Si les analystes ont raison, la lithographie restera le goulot d’étranglement physique de l’expansion de l’IA pour encore plusieurs années.
FAQ
Pourquoi ASML est-elle devenue la société européenne la plus valorisée en bourse ?
Parce qu’elle est le seul fournisseur commercial de machines EUV, indispensables à la fabrication des puces les plus avancées. La demande explose avec la course aux accélérateurs d’IA, ce qui renforce sa position stratégique et sa valorisation boursière.
Qu’est-ce que la lithographie EUV ?
Une technique de fabrication de semi-conducteurs qui utilise la lumière ultraviolette extrême pour graver des motifs très fins sur des wafers de silicium. Elle est nécessaire pour produire des processeurs à 3 nm ou moins, utilisés dans les GPU et les puces mobiles haut de gamme.
Que disent JPMorgan et Morgan Stanley sur les perspectives d’ASML ?
JPMorgan estime qu’ASML pourrait livrer plus de 110 systèmes EUV low-NA sans construire de nouveaux bâtiments, au-delà des 90 que le marché anticipait. Morgan Stanley cite l’expansion du campus d’Eindhoven et la solidité des carnets de commandes. Les deux ont relevé leurs objectifs de cours.
Y a-t-il des concurrents capables de remplacer ASML dans la lithographie EUV ?
Pas à court terme en production de masse. Des alternatives (nanoimpression Canon, rayons X de Substrate) sont en développement, mais n’ont pas encore prouvé leur capacité à fonctionner à la cadence et la précision requises dans des usines à haute production.