Apple étudie la mémoire DRAM de ChangXin Memory Technologies (CXMT) pour d’éventuels futurs iPhone et MacBook, en pleine pénurie mondiale de mémoire et face à une pression politique croissante aux États-Unis pour empêcher l’intégration de composants provenant de fabricants chinois jugés sensibles par Washington. Il n’est pas encore confirmé si Donald Trump donnera son aval à un accord avec CXMT ou Yangtze Memory Technologies (YMTC) : cette possibilité provient pour l’instant d’informations non officielles et doit être considérée comme telle.
Les enjeux pour Apple, CXMT et YMTC en 20 secondes
- Selon des sources du secteur technologique, Apple teste la mémoire DRAM de CXMT pour iPhone et MacBook.
- Les échanges initiaux concernaient principalement des dispositifs destinés au marché chinois.
- Un groupe de sénateurs bipartite a demandé à Tim Cook de proscrire à la fois CXMT et YMTC.
- Washington considère ces deux entreprises comme sensibles pour la sécurité nationale.
- L’éventuelle approbation de Trump après une rencontre avec Xi Jinping n’est pas officiellement confirmée.
L’intérêt d’Apple s’éclaire par une logique industrielle claire. L’intelligence artificielle consomme d’énormes quantités de mémoire pour serveurs et accélérateurs, tandis que des fabricants comme Samsung, SK hynix et Micron concentrent davantage leurs capacités sur des produits à marges élevées liés aux centres de données. Cette situation contribue à faire monter les prix et à exercer une pression accrue sur la DRAM et la mémoire NAND.
L’ajout d’un autre fournisseur donnerait à Apple une plus grande marge de manœuvre dans une chaîne d’approvisionnement où elle a toujours cherché à éviter la dépendance exclusive à un seul partenaire.
Apple a déjà commencé à tester la DRAM de CXMT pour ses appareils
L’information la plus solide est qu’Apple effectue des essais avec la mémoire DRAM fabriquée par CXMT.
Les médias spécialisés indiquent que ces tests concernent des produits comme l’iPhone et le MacBook, et qu’il y a eu des discussions préliminaires pour envisager une utilisation principalement dans des appareils destinés au marché chinois.
Cela ne signifie pas pour autant que CXMT soit déjà fournisseur d’Apple.
Avant d’intégrer un nouveau fabricant, Apple effectue une phase de qualification pour évaluer la performance, la consommation, la stabilité, la compatibilité et la capacité industrielle. Une mémoire peut réussir certains tests sans forcément être adoptée commercialement.
Il existe aussi des particularités liées aux restrictions américaines.
Apple peut acheter certains composants disponibles sur le marché, mais partager des spécifications avancées ou demander des conceptions personnalisées à une entreprise sous contrôle technologique peut entraîner des obstacles réglementaires. Cela est particulièrement sensible pour Apple, qui collabore étroitement avec ses fournisseurs afin d’adapter les composants à ses produits.
Pendant ce temps, CXMT devient un acteur de plus en plus important. La société chinoise est déjà l’un des principaux producteurs mondiaux de DRAM, ayant beaucoup progressé ces dernières années et réduisant l’écart technologique la séparant de Samsung, SK hynix et Micron.
YMTC, un cas encore plus complexe
La situation de YMTC, spécialisée dans la mémoire NAND Flash, présente des difficultés accrues du point de vue américain.
Washington a inscrit la société sur la Entity List du Département du Commerce en 2022, ce qui limite la transfert de produits, technologies et connaissances américaines vers elle.
De plus, CXMT et YMTC figurent parmi les entreprises que le gouvernement américain relie à l’industrie militaire chinoise. Un groupe de sénateurs bipartite a utilisé cette circonstance pour demander à Apple de s’engager à ne pas utiliser de mémoire provenant de ces deux sociétés.
La lettre, adressée à Tim Cook fin juillet, est signée par des sénateurs démocrates et républicains.
Les législateurs ne se contentent pas d’une déclaration politique : ils ont aussi demandé des informations à Apple concernant les types de mémoires évalués, les produits concernés, les données techniques partagées lors de la qualification et les risques liés à la chaîne d’approvisionnement.
Le document met en évidence une distinction essentielle : fabriquer des appareils pour la Chine ou créer une dépendance technologique.
Au départ, Apple envisageait principalement d’utiliser la mémoire chinoise dans ses produits destinés à ce marché, ce qui permettrait de libérer des composants de Samsung, SK hynix ou Micron pour d’autres régions.
Cependant, les sénateurs rejettent cette limitation et considèrent qu’autoriser CXMT ou YMTC comme fournisseurs augmenterait leur légitimité internationale et faciliterait une expansion future sur d’autres marchés.
L’intervention présumée de Trump reste une rumeur
L’information qui circule indique que l’administration Trump pourrait autoriser Apple à collaborer avec ces fournisseurs après une prochaine rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping.
Selon des sources du filtrage chinois Mobile Chip Expert, Washington préparerait une forme d’autorisation ou d’accord permettant à Apple d’utiliser la DRAM de CXMT et la NAND de YMTC.
Pour l’instant, aucune confirmation officielle de la Maison Blanche, du Département du Commerce ou d’Apple n’a été apportée pour valider cette hypothèse.
La Maison Blanche a seulement confirmé que Trump et Xi Jinping avaient convenu de se retrouver à nouveau, après la visite du président américain en Chine en mai, et que Xi serait reçu à Washington à l’automne.
Relier cette rencontre à une autorisation spécifique pour Apple dépasse cependant la simple réalité des faits.
Cela entrerait en conflit avec les pressions politiques actuellement en place à Washington.
L’opposition à l’utilisation de mémoire chinoise par Apple ne provient pas uniquement d’un parti politique. La politique américaine vise aussi à réduire la dépendance à la Chine dans le domaine des semi-conducteurs stratégiques et à favoriser la production nationale.
En conclusion, si un changement de position devait se produire, il dépasserait largement une simple négociation commerciale entre Apple et un fournisseur.
La pénurie de mémoire change le pouvoir des fabricants
L’intérêt d’Apple n’implique pas nécessairement que CXMT propose une mémoire à un prix plus bas.
C’est l’une des paradoxes de la situation actuelle : après des années où un nouveau fabricant chinois était surtout attractif pour ses tarifs, en 2026 la donne est différente : la mémoire manque et les fabricants ont un pouvoir de négociation accru.
CXMT augmente rapidement sa présence sur le marché, répondant à une forte demande domestique en Chine. Certains experts signalent que sa capacité de production pour cette année est très sollicitée, et ses prix pourraient atteindre ceux de ses concurrents internationaux, voire les dépasser dans certains cas.
Les sénateurs américains lui-même reconnaissent dans leur lettre que CXMT a augmenté ses prix et que ses produits ne sont pas nécessairement une alternative coûteuse.
Cela modifie la donne pour Apple : le principal avantage ne serait plus d’obtenir une DRAM moins chère, mais d’augmenter le nombre de fournisseurs disponibles.
Apple achète d’énormes volumes de mémoire. Ajouter une quatrième grande source de DRAM permettrait de répartir les commandes, réduire le risque d’interruptions et accroître la flexibilité lorsque Samsung, SK hynix ou Micron privilégient d’autres produits.
Pour une entreprise qui vend des centaines de millions d’appareils, assurer la continuité d’approvisionnement peut être plus crucial que de réaliser quelques économies par composant.
L’IA, une des causes de cette problématique
L’intelligence artificielle est encore une fois à l’origine de cette situation.
Les grands centres de données ont besoin de quantités croissantes de DRAM, HBM et stockage NAND. La mémoire à large bande passante, ou HBM, est devenue un composant très recherché pour les accélérateurs d’IA.
Les principaux fabricants détournent investissements et capacités vers ces mémoires à forte marge.
Cela a des conséquences indirectes sur l’ensemble du marché.
La fabrication de mémoire ne peut pas s’étendre instantanément : construire de nouvelles usines requiert des milliards de dollars et plusieurs années, ce qui peut faire que la croissance explosive d’une catégorie limite la flexibilité pour autres usages comme ordinateurs, smartphones, etc.
Même YMTC profite de cette dynamique. La société chinoise connaît une croissance rapide, devenant l’un des plus grands fabricants mondiaux de NAND, stimulée par la forte demande et les prix élevés du stockage.
Au final, des fabricants chinois qui avaient une présence limitée il y a peu deviennent des alternatives industrielles importantes.
Cela place Apple devant deux forces opposées :
D’un côté, elle a besoin de plus de capacité d’approvisionnement ;
De l’autre, Washington tente d’empêcher que des entreprises américaines renforcent des fabricants chinois jugés stratégiques.
Apple pourrait avoir besoin de CXMT plus que CXMT d’Apple
Cette situation modifie la relation historique d’Apple avec ses fournisseurs.
Grâce à son volume d’ordres, Apple possède une forte capacité de négociation. Devenir fournisseur de l’iPhone peut entraîner des rabais importants en échange de volume et de prestige.
La pénurie de mémoire réduit cette marge de manœuvre.
CXMT, déjà assurée d’un gros carnet de commandes en Chine, a une capacité limitée. Si elle peut vendre presque toute sa production sans rabais importants, elle a peu d’incitations à accepter les conditions commerciales habituelles d’Apple.
Par conséquent, intégrer de la mémoire chinoise dans l’iPhone ou le MacBook ne doit pas être interprété comme une tentative de réduire les coûts de ces appareils.
Il s’agit plutôt d’une stratégie de sécurité d’approvisionnement.
Le vrai changement serait que les États-Unis acceptent que l’une de leurs entreprises technologiques majeures intègre de manière pérenne CXMT ou YMTC dans leur chaîne de fournisseurs.
Ce n’est pas encore le cas.
Apple teste des alternatives. Le Congrès américain fait pression dans l’autre sens. Washington maintient des restrictions sur certaines entreprises chinoises et les informations sur une éventuelle intervention personnelle de Trump restent non confirmées.
La prochaine étape dépendra à la fois de la disponibilité mondiale de mémoire et d’une négociation technologique entre les États-Unis et la Chine, bien au-delà des prochains iPhone.
Questions fréquentes
Apple utilise-t-elle déjà la mémoire de CXMT dans ses iPhone ?
Aucune confirmation d’une utilisation commerciale généralisée n’a été donnée. Apple évalue la DRAM de CXMT pour des produits comme l’iPhone et le MacBook, mais les tests de qualification ne garantissent pas leur adoption définitive.
Que fabriquent CXMT et YMTC ?
CXMT se spécialise principalement dans la mémoire DRAM, tandis que YMTC produit de la mémoire NAND Flash utilisée pour le stockage.
Trump a-t-il autorisé Apple à acheter de la mémoire chinoise ?
Aucune confirmation officielle pour l’instant. La possible approbation après une rencontre avec Xi Jinping provient d’informations non officielles et reste à confirmer.
Pourquoi Apple cherche-t-elle de nouveaux fournisseurs de mémoire ?
La forte demande pour les centres de données et l’intelligence artificielle exerce une pression sur le marché mondial de la mémoire. Disposer de plus de fournisseurs permettrait à Apple de diversifier ses risques et d’assurer une capacité d’approvisionnement accrue.