Sony et TSMC investiront 4 690 millions d’euros pour défendre leur leadership dans les capteurs

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Sony et TSMC ont transformé en une investment de plusieurs milliards de dollars l’alliance qu’ils ont annoncée en mai dernier. Les deux sociétés créeront une coentreprise au Japon pour développer et fabriquer des capteurs d’image CMOS de nouvelle génération, avec une contribution initiale combinée de 747 milliards de yens, soit environ 4,69 milliards de dollars.

Cette opération unit deux capacités difficiles à reproduire : Sony apporte son leadership en conception de capteurs d’image et TSMC sa technologie de processus et son expertise en fabrication avancée. Mais elle peut aussi être interprétée comme une démarche défensive. Sony continue de dominer le marché des capteurs pour smartphones haut de gamme, même si Samsung et d’autres fabricants comme OMNIVISION font pression depuis la Corée du Sud et la Chine, alors que la complexité des processus logiques des capteurs ne cesse de croître.

Les points clés en 30 secondes

  • Sony et TSMC investiront initialement 747 milliards de yens, soit environ 4,69 milliards de dollars.
  • Sony apportera environ 465 milliards de yens et TSMC, 282 milliards.
  • La nouvelle société sera nommée Advanced Vision Semiconductor Manufacturing.
  • Sony conservera le contrôle de la joint-venture.
  • Les nouvelles installations seront situées à Kumamoto, au Japon.
  • La production en volume est prévue pour 2029.
  • Sony dirigera le développement des capteurs et la planification des produits.
  • TSMC aportera ses processus et son expertise en fabrication.
  • Sony détient plus de 60% du marché mondial des capteurs d’image pour smartphones en termes de revenus, selon TechInsights au troisième trimestre 2025.
  • Samsung occupe la seconde position, OMNIVISION la troisième.
  • Ce projet pourrait également bénéficier d’aides du gouvernement japonais.
  • Au-delà des smartphones, l’automobile, la robotique et l’Intelligence Artificielle physique augmenteront la demande de systèmes de vision.

4,69 milliards de dollars et Sony conservera le contrôle

L’accord définitif concrétise le protocole d’accord que Sony Semiconductor Solutions et TSMC avaient annoncé le 8 mai dernier.

L’investissement initial s’élève à 747 milliards de yens.

Sony apportera environ 465 milliards de yens, soit environ 2,92 milliards de dollars, en liquidités et en transfert d’actifs. TSMC contribuera environ 282 milliards de yens, soit 1,77 milliard de dollars.

Sony sera l’actionnaire majoritaire contrôlant la société.

C’est significatif car il ne s’agit pas d’une externalisation classique de la fabrication de capteurs à TSMC, mais d’une volonté de garder la maîtrise du développement technologique et du produit tout en intégrant les capacités de fabrication du plus grand fondeur de semi-conducteurs au monde.

La production en volume est prévue pour 2029.

Kumamoto devient un des pôles de l’industrie des semi-conducteurs au Japon

L’emplacement n’est pas choisi au hasard.

Advanced Vision Semiconductor Manufacturing sera implantée à Koshi, dans la préfecture de Kumamoto, au sein des nouvelles installations construites par Sony.

TSMC dispose déjà d’une présence significative dans la région via Japan Advanced Semiconductor Manufacturing (JASM).

JASM est la filiale japonaise de TSMC, qui compte également des participations de Sony Semiconductor Solutions, Denso et Toyota.

En 2024, ces entreprises ont annoncé une seconde usine à Kumamoto, portant l’investissement prévu pour les deux sites de JASM à plus de 20 milliards de dollars, avec un fort soutien du gouvernement japonais.

Cela permet d’envisager la nouvelle joint-venture comme une partie d’un écosystème industriel beaucoup plus vaste.

Le Japon cherche à reconstruire ses capacités stratégiques en fabrication de semi-conducteurs, et TSMC transforme Kumamoto en un de ses principaux hubs de production en dehors de Taïwan.

Sony demeure leader dans les capteurs pour smartphones

Sony bénéficie d’une position extrêmement forte.

Selon TechInsights, au troisième trimestre 2025, Sony Semiconductor Solutions détenait plus de 60% des revenus mondiaux du marché des capteurs d’image pour smartphones.

Samsung Systems LSI occupait la seconde place, et OMNIVISION la troisième.

Il est important de préciser qu’il s’agit de parts de marché en termes de revenus dans le secteur des smartphones, car les chiffres de parts de marché peuvent varier significativement si l’on regarde la quantité d’unités, le chiffre d’affaires global, ou le marché complet des capteurs CIS.

Le leadership de Sony est particulièrement marqué dans le segment haut de gamme, où des capteurs plus grands et sophistiqués atteignent des prix moyens plus élevés.

Mais la pression concurrentielle y est également en croissance.

Samsung possède un atout que Sony ne peut ignorer

Samsung est probablement le concurrent le plus évident.

L’entreprise sud-coréenne dispose de sa gamme ISOCELL et a une capacité particulièrement notable : elle combine capteurs, mémoire, logique, fabrication de semi-conducteurs, et possède l’un des plus grands marchés de smartphones au monde.

Samsung peut développer des technologies d’image et les déployer dans ses appareils Galaxy, tout en les vendant à des tiers.

Elle investit également depuis des années dans des capteurs à très haute résolution et architectures pixel de plus en plus sophistiquées.

Si Sony maintient une avance considérable en revenus issus du mobile, cette différence n’est pas assurée de perdurer.

L’alliance avec TSMC offre une réponse stratégique : combiner l’expertise de Sony dans les capteurs avec un fabricant à la pointe de la technologie des processus logiques.

Le danger chinois se nomme principalement OMNIVISION

Le second front provient de Chine.

OMNIVISION s’est imposé comme l’un des trois grands fournisseurs mondiaux de capteurs pour smartphones, en progressant dans les segments de valeur supérieure.

TechInsights la positionne juste derrière Sony et Samsung dans son classement du marché mobile.

En outre, l’écosystème chinois comprend d’autres fabricants comme SmartSens et GalaxyCore.

Pendant des années, une grande partie des capteurs produits en Chine étaient destinés à des marchés à faible coût, avec des capteurs économiques.

Ce découplage se réduit peu à peu.

Les entreprises chinoises montent en gamme, augmentant la résolution, la taille du capteur, le dynamic range et les performances, alors que des fabricants comme Xiaomi, Oppo, Vivo et Honor utilisent la caméra comme un élément clé de différenciation sur leurs modèles premium.

Pour Sony, il y a aussi une dimension stratégique : la Chine n’est pas seulement un concurrent, mais aussi l’un des marchés clés pour ses capteurs.

Le capteur moderne n’est plus simplement une matrice de photodiodes

L’alliance avec TSMC est particulièrement intéressante du point de vue technologique.

Les capteurs CMOS modernes évoluent vers des architectures de plus en plus complexes.

Une architecture conventionnelle intègre la zone photosensible et une grande partie de l’électronique. Les designs empilés permettent de séparer différentes fonctions en couches distinctes.

De façon simplifiée :

couche de pixels → connexions hybrides → couche logique

Cela permet d’optimiser chaque couche pour une fonction spécifique.

La partie photosensible doit maximiser la capture de lumière, réduire le bruit et améliorer des caractéristiques comme le dynamic range.

La logique bénéficie de transistors plus petits et de processus de fabrication avancés.

TSMC offre là une véritable avantage stratégique.

Sony a besoin de processus plus fins pour la logique du capteur

Sony le reconnaît elle-même dans sa stratégie 2026.

L’entreprise explique qu’elle vise à améliorer ses capteurs mobiles par une densité plus élevée grâce à des processus plus avancés et des technologies de stacking.

Ce point explique pourquoi collaborer avec TSMC est pertinent.

Réduire la taille de la node de la logique permet d’intégrer plus de traitement dans une surface semblable.

Ce qui peut servir à améliorer la lecture, l’autofocus, le HDR, le traitement du signal ou même certaines fonctions d’intelligence artificielle.

Le futur des capteurs ne dépend pas uniquement de meilleures photodiodes.

Il repose de plus en plus sur la combinaison d’optique, de pixels, de mémoire, de logique et de traitement dans un même dispositif.

Le stacking bouleverse les règles des capteurs CMOS

L’intégration tridimensionnelle est devenue une technologie incontournable.

Les publications techniques montrent comment des techniques comme TSV, le bonding cuivre-cuivre et les architectures multicouches permettent de séparer photodiodes et transistors, offrant une liberté accrue pour optimiser ces composants.

Ces architectures améliorent des paramètres tels que la capacité des pixels, le dynamic range, l’efficacité quantique et la densité des circuits.

Pour un acteur comme Sony, maîtriser la conception du pixel tout en utilisant les technologies avancées de TSMC pour certaines couches logiques peut être plus efficace que de développer en interne toutes ces capacités.

C’est une stratégie similaire à celle qui a déjà transformé une grande partie de l’industrie des processeurs.

L’appareil photo devient aussi un dispositif d’IA

Un autre facteur pourrait profondément transformer ce marché.

Les capteurs intègrent de plus en plus de traitement directement au niveau du pixel.

Sony a déjà commercialisé des solutions comme IMX500, intégrant des capacités de traitement pour réaliser certaines tâches d’intelligence artificielle directement connectées au capteur.

Une étude académique publiée en 2026 comparant différentes architectures en edge et en in-sensor a utilisé le Sony IMX500 comme exemple de la capacité de calcul intégrée dans les capteurs, soulignant une maturité croissante dans ce domaine.

L’avantage consiste à éviter d’envoyer en permanence toutes les données d’image vers un autre processeur.

Le capteur peut commencer à interpréter ce qu’il voit.

L’IA physique peut multiplier le marché

Ce phénomène prend encore plus d’ampleur avec la notion d’Physical AI.

Les modèles d’intelligence artificielle passent du domaine logiciel à celui des machines capables de percevoir et d’agir sur le monde physique.

Véhicules autonomes, robots industriels, humanoïdes, drones et systèmes intelligents auront besoin de caméras et autres capteurs pour comprendre leur environnement.

Un smartphone peut intégrer plusieurs caméras.

Un véhicule autonome en nécessitera beaucoup plus.

Une usine robotisée peut déployer des milliers de capteurs.

Reuters indiquait déjà, avant même la diffusion des chiffres définitifs, que Sony et TSMC envisageaient d’utiliser la demande future de robots équipés d’IA et de véhicules autonomes comme un moteur clé pour cette opération.

L’alliance réduit aussi les risques pour Sony

D’un point de vue industriel, cet accord permet de partager un enjeu de plus en plus coûteux.

Construire et maintenir des processus de fabrication de semi-conducteurs avancés requiert des investissements de plusieurs milliards.

Sony peut continuer de concentrer ses ressources sur ses avantages technologiques : conception de pixels, architectures de capteurs, circuits analogiques et traitement d’image.

TSMC apporte ses processus et son excellence en fabrication.

Cela limite la nécessité pour Sony de répliquer en interne toutes les capacités d’un fondeur avancé.

En même temps, Sony conserve le contrôle de la nouvelle société.

TSMC ouvre aussi un nouveau marché stratégique

Ce partenariat profite aussi à TSMC.

Il lui offre une nouvelle voie dans un marché où la complexité du silicon augmente de plus en plus.

Les capteurs avancés nécessitent progressivement plus de logique et une intégration 3D accrue, ce qui offre davantage d’opportunités pour les processus avancés, l’emballage, le bonding ou d’autres technologies où TSMC a déjà beaucoup investi.

Cela permet également de renforcer la présence de TSMC au Japon, en diversifiant ses activités dans cette région stratégique.

Le Japon veut retrouver sa souveraineté en semiconducteurs

Il y a aussi un enjeu géopolitique.

Japon fut une puissance dominante dans l’industrie des semi-conducteurs dans les années 1980 et 1990, mais a perdu une grande partie de sa capacité en fabrication avancée.

Aujourd’hui, il investit massivement pour reconquérir cette expertise.

TSMC à Kumamoto et Rapidus à Hokkaido constituent deux piliers de cette stratégie.

Le gouvernement japonais soutient fortement les installations de JASM, et le nouveau projet Sony-TSMC pourrait également bénéficier d’investissements publics supplémentaires.

Ainsi, cette alliance est un enjeu à la fois industriel et national.

Une alliance à la fois offensive et défensive

Limiter cette dépense de 4,69 milliards de dollars à une simple augmentation de la capacité de fabrication de capteurs serait réduire la portée de l’enjeu.

Sony est déjà leader.

Samsung continue d’investir dans ISOCELL et possède une capacité technologique et industrielle énorme.

OMNIVISION et d’autres fabricants chinois progressent vers des produits de valeur supérieure.

Par ailleurs, l’architecture des capteurs évolue : traitement logique, stacking, intégration 3D et IA prennent autant d’importance que l’amélioration des pixels traditionnels.

Sony ne peut se permettre de rivaliser seule sur tous ces fronts.

La stratégie consiste alors à s’allier avec le plus grand producteur mondial de puces avancées.

Sony fournit les yeux. TSMC donne une partie grandissante du cerveau semi-conducteur derrière ces yeux.

Si la production démarre comme prévu en 2029, cette joint-venture sera une étape clé pour mesurer jusqu’où cette alliance pourra maintenir Sony devant Samsung et une industrie chinoise qui ne se limite plus uniquement aux prix.

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