Qualcomm revient au data center pour un client hyperscale

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Qualcomm rejoue sa carte data center, et cette fois sans demi-mesure. Le fondeur a confirmé travailler avec un grand client hyperscale sur un silicium sur mesure, dont les premiers exemplaires partiront avant la fin de l’année. Le nom du client reste sous embargo, mais Cristiano Amon, PDG de Qualcomm, a parlé d’une collaboration « multigénérationnelle » et promet plus de détails lors de l’Investor Day du 24 juin.

L’annonce tombe à un moment ambivalent. Côté pile, Qualcomm reste très exposé au mobile, fragilisé par la flambée des coûts mémoire et une demande chinoise en dents de scie. Côté face, les grands opérateurs cloud injectent des milliards dans leurs propres puces (accélérateurs IA, CPU custom, connectivité haut débit) pour réduire leur dépendance à NVIDIA, gagner en efficacité énergétique et coller à leurs charges de travail. Une fenêtre s’ouvre, et Qualcomm veut s’y glisser.

Un trimestre en demi-teinte

Le deuxième trimestre fiscal 2026, clos le 29 mars, affiche 10,599 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en recul de 3 % sur un an. Le bénéfice net GAAP s’élève à 7,370 milliards de dollars, dopé par un crédit d’impôt exceptionnel de 5,7 milliards lié à une réévaluation fiscale. Hors GAAP, le bénéfice net retombe à 2,84 milliards de dollars, soit 2,65 dollars par action diluée.

La division QCT, qui regroupe les semi-conducteurs, génère 9,076 milliards (-4 % sur un an). Le mobile reste majoritaire avec 6,024 milliards, mais plonge de 13 %. À l’inverse, l’automobile bondit de 38 % à 1,326 milliard et l’IoT gagne 9 % pour atteindre 1,726 milliard. Cumulés, automobile et IoT progressent de 20 % sur un an, signe que la diversification engagée depuis plusieurs années commence à peser dans les comptes.

Indicateurs du T2 FY2026Chiffres
Chiffre d’affaires total10,599 milliards de dollars
QCT9,076 milliards de dollars
QTL1,382 milliards de dollars
Handsets6,024 milliards de dollars
Automobile1,326 milliards de dollars
IoT1,726 milliards de dollars
BPA GAAP dilué6,88 dollars
BPA non GAAP dilué2,65 dollars
Prévisions pour le T3 FY20269,2-10 milliards de dollars

Les prévisions du troisième trimestre fiscal restent prudentes : entre 9,2 et 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires, dont 7,9 à 8,5 milliards pour QCT et 1,15 à 1,35 milliard pour QTL. Qualcomm reconnaît que les tensions d’approvisionnement et la flambée du prix de la mémoire pèsent sur la demande des fabricants de smartphones, mais table sur une stabilisation des revenus handsets en Chine au T3, avant une remontée par la suite.

Le data center revient au centre du jeu

Le vrai point saillant du trimestre n’est pas dans les chiffres, c’est dans la mention du client hyperscale. Qualcomm assure que sa première puce sur mesure pour data center expédiera avant la fin de l’année civile. Lors de la conférence avec les analystes, Cristiano Amon a refusé de nommer le partenaire, mais a évoqué une relation longue et une opportunité alignée sur la transformation que l’IA impose à toute l’industrie.

Ce n’est pas un mouvement isolé. Dès 2025, Qualcomm avait annoncé son intention de revenir sur le marché des centres de données, abandonné en 2018 pour se concentrer sur le mobile. Le décor a changé entre-temps : il ne s’agit plus seulement de CPU généralistes, mais d’inférence IA, de connectivité chip-to-chip, d’accélérateurs efficaces et de designs semi-personnalisés taillés pour les très gros clients cloud.

En mai 2025, Qualcomm a signé un protocole d’accord avec HUMAIN, une société saoudienne dédiée à l’IA, pour développer des centres de données nouvelle génération, des services cloud hybrides et des solutions CPU et IA pour l’infrastructure cloud. L’idée : bâtir en Arabie saoudite des sites IA reposant sur les solutions Qualcomm pour de l’inférence hybride cloud-to-edge.

Un mois plus tard, Qualcomm annonçait l’acquisition d’Alphawave Semi pour 2,4 milliards de dollars, histoire de renforcer sa position en connectivité haut débit, IP, chiplets et silicium sur mesure pour data centers. L’opération a été finalisée en décembre 2025, plus tôt que prévu, Qualcomm soulignant qu’Alphawave complète ses processeurs Oryon et Hexagon dans les architectures de calcul et d’interconnexion pour l’IA.

Le recrutement confirme cette orientation. Qualcomm a débauché plusieurs profils chez Intel pour étoffer ses équipes de conception, sa supply chain et ses CPU pour data centers. Sur un marché où les choix d’architecture s’engagent plusieurs années à l’avance, disposer d’équipes capables de concevoir, valider et livrer des chips complexes à de grands clients vaut autant que la qualité de la propriété intellectuelle.

Pourquoi un hyperscaler regarde Qualcomm

Les grands hyperscalers ne se contentent plus d’acheter du hardware standard. AWS, Google, Microsoft, Meta et leurs pairs veulent des puces taillées pour leurs charges, leur logiciel et leur facture électrique. L’IA a accéléré cette logique. Chaque watt compte, chaque milliseconde de latence pèse, et chaque dollar dépensé en inférence, multiplié par des millions de requêtes, devient un poste budgétaire stratégique.

Qualcomm peut faire valoir trois atouts dans cette partie. D’abord l’efficacité énergétique : des décennies à dessiner des puces basse consommation pour le mobile, l’edge et les objets connectés, un savoir-faire qui parle directement aux data centers d’inférence. Ensuite l’intégration, avec un mélange CPU, NPU, connectivité et blocs spécialisés qui ouvre la porte à des designs plus serrés que les solutions génériques. Enfin la personnalisation, dopée par Alphawave et la demande croissante de silicium sur mesure.

La route reste compliquée. NVIDIA tient toujours le marché de l’IA avec ses GPU, ses réseaux et son logiciel hyper mature. AMD avance ses pions avec les accélérateurs Instinct et les CPU EPYC. Intel défend sa place sur les CPU, les accélérateurs et la fonderie. Les hyperscalers eux-mêmes conçoivent leurs propres puces et négocient en position de force. Qualcomm devra prouver qu’il sait concevoir un bon silicium, mais aussi le produire, le supporter et le faire vivre sur plusieurs générations.

L’opportunité est néanmoins réelle. Si le client encore anonyme confirme une relation longue, Qualcomm peut ouvrir un nouvel axe de croissance, moins corrélé au cycle des smartphones. Le mobile restera un pilier, mais le marché ne valorise plus uniquement le volume de téléphones vendus. Il cherche aussi à identifier qui captera une part du gâteau IA, des infrastructures cloud, de l’auto connectée et de l’edge computing.

Qualcomm devra livrer sa démonstration à l’Investor Day du 24 juin. La journée dira si ce retour au data center répond à une opportunité tactique avec un client précis, ou s’inscrit dans une stratégie plus large. La nuance pèse lourd : un design ponctuel rapporte des revenus et une bonne ligne au CV, mais une plateforme multigénérationnelle pour hyperscalers peut redéfinir la perception du marché sur un acteur longtemps cantonné aux puces pour smartphones Android.

Le message reste mesuré, mais ambitieux : Qualcomm subit toujours la faiblesse du mobile et l’environnement mémoire tendu, sauf qu’une porte vers le data center vient de s’entrouvrir. Au cœur du cycle IA, ça suffit pour que les investisseurs regardent le fondeur de San Diego sous un angle nouveau.

Questions fréquentes

Qu’a annoncé Qualcomm concernant les data centers ?
Qualcomm a confirmé un partenariat de silicium sur mesure avec un grand client hyperscale. Les premiers exemplaires expédieront avant la fin 2026, et l’entreprise donnera plus de détails lors de l’Investor Day du 24 juin.

Qui est le client hyperscale ?
Qualcomm n’a pas révélé son identité. Plusieurs hypothèses circulent (un grand fournisseur cloud ou une société tech avec sa propre infrastructure), mais toute identification précise reste de la spéculation tant que le nom n’est pas confirmé.

Pourquoi Qualcomm revient-il dans les data centers ?
Parce que l’IA dope la demande de puces sur mesure, d’inférence efficace, de connectivité avancée et de solutions cloud-to-edge. Sur ces terrains, Qualcomm peut capitaliser sur son expérience en basse consommation et en intégration de blocs spécialisés.

Quel rôle joue Alphawave Semi dans cette stratégie ?
Alphawave apporte de la propriété intellectuelle de connectivité haute vitesse, des chiplets et des capacités de silicium sur mesure. Ce sont des actifs clés pour concevoir des puces et des solutions d’interconnexion destinées aux data centers IA.

Quel est l’impact financier attendu à court terme ?
À court terme, Qualcomm reste tiré par le mobile et pénalisé par les coûts mémoire. Le data center pèsera peu sur les revenus immédiats, mais l’enjeu est stratégique : prouver que l’entreprise peut diversifier sa croissance hors smartphones.

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