Meta : 145 Md$ de capex IA et nouvelle vague de licenciements

Meta renforce son engagement dans les centres de données d'IA tout en préparant davantage de licenciements

Meta a publié fin avril des résultats trimestriels solides, un capex 2026 révisé à la hausse et, presque dans la foulée, l’annonce d’une nouvelle vague de licenciements pour mai. Plus d’argent dans les centres de données pour entraîner et servir des modèles d’IA, moins de salariés au compte d’exploitation : la formule devient la signature des hyperscalers en 2026.

Le groupe dirigé par Mark Zuckerberg a clôturé le premier trimestre 2026 avec 56,311 milliards de dollars de revenus, soit 33 % de plus qu’un an plus tôt. Le bénéfice net atteint 26,773 milliards, mais ce chiffre est gonflé par un avantage fiscal exceptionnel de 8,030 milliards. La publicité reste la machine à cash, et c’est elle qui finance désormais une autre priorité : la capacité de calcul nécessaire pour entraîner, déployer et servir des modèles d’IA à l’échelle mondiale.

Capex IA 2026 : la fourchette monte à 125-145 milliards

Meta a relevé sa prévision d’investissement en capital pour 2026, désormais comprise entre 125 et 145 milliards de dollars, contre 115 à 135 milliards trois mois plus tôt. Le groupe avance deux raisons : la hausse du coût des composants et, dans une moindre mesure, des dépenses supplémentaires pour ses centres de données afin de garder de la marge de capacité.

Au seul premier trimestre, ce capex atteint 19,84 milliards de dollars, dirigés en priorité vers les serveurs, les data centers et l’infrastructure réseau. Susan Li, directrice financière, a expliqué aux investisseurs que Meta investit de façon agressive pour couvrir ses besoins et garder une flexibilité stratégique sur plusieurs années.

Le groupe ne se contente pas de bâtir sa propre capacité. Il signe aussi des contrats cloud pluriannuels qui démarreront entre 2026 et 2027. Selon Susan Li, ces accords cloud et achats d’infrastructure ont gonflé de 107 milliards de dollars les engagements contractuels de Meta sur le seul trimestre. Ce chiffre rappelle la course aux gigawatts qu’OpenAI vient de boucler avec ses 10 GW de capacité IA sécurisés aux États-Unis.

Indicateur T1 2026Donnée
Revenus56,311 Md$
Croissance annuelle33 %
Coûts et dépenses33,439 Md$
Bénéfice opérationnel22,872 Md$
Marge opérationnelle41 %
Capex trimestriel19,84 Md$
Prévision capex 2026125-145 Md$
Trésorerie et valeurs négociables81,18 Md$
Dette à long terme58,75 Md$
Effectif fin de trimestre77 986

La trajectoire n’a rien de surprenant. Début 2026, Meta a créé Meta Compute, une division dédiée au déploiement de centres de données IA visant des dizaines de gigawatts sur la prochaine décennie. Depuis, les chantiers ont avancé en Oklahoma, au Texas et au Wisconsin, et le groupe a complété son maillage avec des accords auprès d’opérateurs cloud et d’hébergeurs spécialisés.

Côté matériel, Meta diversifie. Zuckerberg a chiffré à plus d’un gigawatt le silicium maison conçu avec Broadcom, et le groupe intègre une dose significative de puces AMD pour compléter ses systèmes NVIDIA. La logique est claire : capacité supplémentaire, oui, mais aussi plus de contrôle sur les coûts, l’efficacité énergétique et la dépendance aux fournisseurs. Sur ce point, AMD vient justement de doubler son contrat avec Riot Platforms à Rockdale pour 50 MW de HPC, signe que le marché des accélérateurs alternatifs à NVIDIA se densifie.

Réductions d’effectifs en pleine expansion d’infrastructure

Meta a terminé le trimestre avec 77 986 employés, soit 1 % de plus qu’un an plus tôt mais environ 1 % de moins qu’au quatrième trimestre 2025. Le groupe n’a pas chiffré l’ampleur de la coupe prévue pour mai, mais Susan Li a confirmé aux analystes que Meta restera engagée dans une gestion d’effectifs exigeante, et la communication interne acte une nouvelle baisse de la masse salariale.

Le paradoxe est frappant : davantage de centres de données, plus de serveurs, plus d’engagements cloud, et moins de salariés. Il colle à une tendance bien ancrée chez les grandes plateformes, à savoir déplacer du capital depuis les activités matures vers l’IA, l’infrastructure et l’automatisation. Les économies ne se voient pas tout de suite dans le compte de résultat, mais le message envoyé aux investisseurs est limpide : la dépense se concentre sur ce que le groupe considère comme l’avenir de son activité.

Meta a déjà fait passer le message en 2022 et 2023 avec son « année de l’efficacité ». La pression a changé de nature. Le moteur publicitaire reste solide, mais la course à l’IA exige des montants colossaux avant que les retours ne soient lisibles dans les états financiers. Tenir une marge opérationnelle de 41 % en accélérant la dépense d’infrastructure suppose de couper, contenir ou réorganiser les coûts ailleurs.

La division Family of Apps porte l’expansion. Facebook, Instagram, Messenger et WhatsApp ont généré 55,9 milliards de dollars de revenus au trimestre, pour un bénéfice opérationnel de 26,9 milliards. Reality Labs continue de saigner, avec une perte opérationnelle de 4,028 milliards pour seulement 402 millions de chiffre d’affaires. Meta maintient ses investissements dans la réalité augmentée et virtuelle, mais l’IA aspire désormais l’attention et le capital.

Planifier dans l’incertitude : le vrai message de Susan Li

Le passage le plus parlant du conference call ne tient pas dans le chiffre du capex, mais dans le commentaire qui l’accompagne. Susan Li a reconnu que Meta planifie « de façon très dynamique » parce que le groupe a systématiquement sous-estimé ses besoins en calcul, même en augmentant fortement la capacité.

Cette phrase résume la position du secteur. Les hyperscalers ne savent pas combien d’infrastructure ils auront besoin dans deux ou trois ans, mais redoutent d’arriver court. En IA, un retard sur la capacité se paie cash : modèles bridés, services revus à la hausse côté tarifs, dépendance accrue à des tiers en mauvaise position de négociation. D’où des engagements signés très en avance, des terrains réservés des années avant d’être bâtis, des contrats d’approvisionnement bouclés tôt. Le mouvement n’est pas isolé : le Pentagone vient de faire entrer huit grands fournisseurs IA, dont OpenAI, Google et NVIDIA, dans ses réseaux classifiés, signe que la demande institutionnelle suit la même courbe.

Cela explique aussi le recours croissant à la dette. Meta a clôturé mars avec 81,18 milliards de dollars en liquidités et valeurs négociables, et 58,75 milliards de dette à long terme. Le 30 avril, le groupe a émis 25 milliards de dollars d’obligations en six tranches, avec des échéances échelonnées entre 2031 et 2066. La trésorerie suffirait largement, mais l’ampleur du programme d’investissement impose de combiner cash, emprunts et engagements pluriannuels pour ne pas vider le bilan.

Le marché a réagi avec prudence. L’action a perdu plus de 8 % après publication, non parce que les revenus déçoivent, mais parce que le coût de la course à l’IA grimpe plus vite que ce que beaucoup d’investisseurs avaient intégré. La question n’est plus de savoir si Meta peut investir, elle peut. L’inconnue porte sur le montant de capital nécessaire avant que l’IA ne génère des retours comparables à ceux de la publicité, et sur la patience des actionnaires pendant la traversée. La diversification du parc silicium prend, sur ce point, tout son sens. Le projet Terafab de Musk avec Intel rappelle que la pénurie potentielle de capacités fonderie pousse chaque acteur à sécuriser ses propres chemins d’approvisionnement.

Meta promet que ces investissements lui permettront de servir une « superintelligence personnelle » à des milliards d’utilisateurs, d’améliorer la pertinence des contenus et des publicités, de bâtir des agents pour particuliers et entreprises, et de tenir face à OpenAI, Google, Microsoft, Apple, Amazon et consorts. Le pari est à la fois infrastructurel et stratégique : qui possède sa capacité itère plus vite, négocie mieux et dépend moins des fournisseurs tiers.

Le paradoxe va durer. Meta peut grossir, gagner beaucoup d’argent, investir comme jamais, et continuer à licencier. L’IA ne réduit pas la facture technologique, elle la déplace vers les data centers, les chips, l’énergie, les réseaux et le talent rare. Pour les salariés, cela veut dire plus de pression. Pour les opérateurs d’infrastructure, une demande historique. Pour les investisseurs, une équation tendue : combien faut-il dépenser aujourd’hui pour ne pas rater la plateforme dominante de demain.

Questions fréquentes

Combien Meta investira-t-elle dans l’infrastructure IA en 2026 ?
Meta table sur un capex 2026 compris entre 125 et 145 milliards de dollars, dirigé en priorité vers les serveurs, les data centers, le réseau et la capacité IA. La fourchette a été relevée d’environ 10 milliards par rapport à l’estimation précédente.

Pourquoi Meta licencie-t-elle alors que ses revenus augmentent ?
Le groupe invoque l’efficacité opérationnelle, mais l’arbitrage est budgétaire. Il s’agit de libérer de la masse salariale pour financer la dépense d’infrastructure IA sans dégrader la marge opérationnelle de 41 %.

Quel rôle jouent les centres de données dans la stratégie de Meta ?
Ils servent à entraîner et déployer les modèles, exécuter les agents, raffiner le ciblage publicitaire et accueillir les nouveaux services basés sur l’IA. Meta Compute a été créée en 2026 pour piloter cette montée en gigawatts.

Meta dépend-elle uniquement de NVIDIA pour ses puces IA ?
Non. Le groupe combine des systèmes NVIDIA, des accélérateurs AMD et plus d’un gigawatt de silicium maison conçu avec Broadcom, pour mieux contrôler les coûts et limiter la dépendance fournisseur.

Comment Meta finance-t-elle ce programme d’investissement ?
Avec sa trésorerie (81,18 Md$ fin mars), un endettement long actuel de 58,75 Md$ et une émission obligataire de 25 Md$ le 30 avril en six tranches, dont la maturité s’étire jusqu’en 2066.

le dernier