OpenNebula et Nokia unissent cloud et réseaux pour les usines d’IA souveraines européennes

OpenNebula et Nokia unissent cloud et réseaux pour les usines d'IA souveraines européennes

OpenNebula Systems et Nokia ont annoncé une collaboration visant à développer une pile technologique européenne ouverte pour les infrastructures d’intelligence artificielle souveraine. La première étape consistera à intégrer les solutions réseau de centres de données de Nokia avec la plateforme de gestion d’OpenNebula, dans le but de coordonner depuis une même couche des ressources de calcul, GPU, stockage et réseau pour de futures AI Factories.

Les clés du partenariat OpenNebula-Nokia en 20 secondes

  • OpenNebula apportera sa plateforme ouverte de gestion de cloud et d’infrastructures d’IA, tandis que Nokia intégrera sa technologie réseau pour centres de données.
  • La première intégration visera à coordonner GPU, calcul, stockage et connectivité.
  • Les deux entreprises envisagent des architectures de référence et des validations pour les AI Factories, Gigafactories, HPC et neoclouds.
  • Ce partenariat coïncide avec le déploiement européen de 19 AI Factories et les plans pour de nouvelles gigafactories.

Ce partenariat revêt une importance particulière au moment où il intervient. L’Europe passe du débat sur la souveraineté technologique à une étape plus concrète : elle nécessite des centres de données, des accélérateurs, du stockage et des réseaux capables de soutenir la formation et l’inférence de l’IA à grande échelle.

La Commission européenne déploie actuellement 19 usines d’IA dans 16 États membres, dont la majorité devrait être opérationnelle d’ici la fin 2026. Parallèlement, l’initiative des AI Gigafactories vise à augmenter encore la capacité disponible pour développer et exécuter des modèles avancés.

C’est justement dans cette couche d’infrastructure que OpenNebula et Nokia souhaitent insérer leur proposition.

Le réseau commence à être aussi crucial que les GPU

La course pour construire des infrastructures d’IA se mesure traditionnellement par le nombre et le type d’accélérateurs disponibles. Toutefois, une AI Factory nécessite que des milliers de GPU puissent échanger de grandes quantités d’informations avec de faibles latences, tout en accédant au stockage et en communiquant avec le reste de l’infrastructure.

C’est pourquoi le réseau occupe désormais une place beaucoup plus visible dans la conception des nouveaux centres de données destinés à l’IA.

La collaboration annoncée associe deux composants distincts. OpenNebula fournit une plateforme de gestion d’infrastructure ouverte et neutre en termes de fabricant, tandis que Nokia introduit son catalogue de solutions réseau pour centres de données.

Composant Rôle prévu
OpenNebula Gestion et orchestration du cloud et de l’IA
Nokia Réseaux et fabric pour centres de données
GPU et CPU Capacité d’entraînement, inférence et HPC
Stockage Données, modèles, checkpoints et datasets
Réseautage Communication entre nœuds et ressources
Couche de gestion Coordination des différents composants

Le premier chantier consistera précisément à intégrer les solutions de réseautage de Nokia dans la plateforme de gestion d’OpenNebula.

L’objectif est que le réseau ne soit pas un composant totalement marginalisé mais qu’il fasse partie d’une orchestration intégrée comprenant calcul, GPU, réseautage et stockage.

Après cette intégration initiale, les deux partenaires envisagent des validations techniques, des démonstrations et des architectures de référence.

L’annonce évoque explicitement plusieurs scénarios : AI Factories EuroHPC, AI Gigafactories, neoclouds, environnements HPC et clouds privés orientés IA.

La souveraineté technologique dépend aussi de l’infrastructure

Un autre volet du partenariat est européen.

OpenNebula Systems, basé à Madrid, développe une plateforme open source pour la virtualisation, le cloud et l’infrastructure d’IA. Nokia, dont le siège se trouve en Finlande, exerce une activité étendue dans les télécommunications et le réseautage.

Les deux entreprises présentent cette collaboration dans la continuité d’une idée de plus en plus répandue dans les projets européens : réduire la dépendance technologique et éviter que la création d’une infrastructure souveraine ne conduise à de nouvelles dépendances envers un seul fournisseur.

OpenNebula défend une architecture neutre face au fournisseur. Sa proposition pour les AI Factories vise à offrir une couche de contrôle permettant d’intégrer diverses technologies et de conserver la capacité de choisir le hardware et le software.

Cela ne signifie pas que toute AI Factory construite avec ces technologies soit automatiquement « 100 % européenne ».

Les accélérateurs utilisés pour l’IA restent une composante essentielle, et l’Europe demeure fortement dépendante de l’extérieur pour plusieurs couches du hardware avancé. La souveraineté numérique ne doit donc pas être comprise comme le fait que tous les composants soient fabriqués dans l’Union européenne.

L’objectif annoncé est plus concret : fournir une couche européenne ouverte permettant de gérer l’infrastructure IA et réseau tout en évitant une dépendance excessive à une plateforme propriétaire unique.

Constantino Vázquez, responsable en ingénierie système chez OpenNebula Systems, souligne que les acteurs qui développent des AI Factories souveraines doivent pouvoir intégrer les technologies répondant le mieux à leurs besoins sans être liés à un seul fournisseur.

De son côté, Nokia partage une vision similaire. Matthieu Bourguignon, vice-président de Network Infrastructure Europe, considère que les centres de données européens doivent disposer d’infrastructures que leurs opérateurs peuvent contrôler et étendre en maintenant un cadre ouvert.

Il s’agit, dans les deux cas, d’objectifs exprimés par les entreprises elles-mêmes, lesquels ne sont pas encore des résultats concrets de l’intégration.

L’Europe prépare une infrastructure IA en bien plus grande envergure

Ce partenariat doit également s’inscrire dans les plans européens d’investissement.

La Commission estime que l’Europe dispose d’un déficit d’infrastructure de calcul à grande échelle comparé à d’autres régions, et souhaite augmenter la capacité disponible pour la formation, l’ajustement et l’inférence de modèles d’IA.

Le Plan d’action IA de l’Union prévoit au moins 19 AI Factories en exploitant l’infrastructure européenne de supercalculateurs, ainsi que jusqu’à cinq grandes gigafactories. L’initiative InvestAI prévoit de mobiliser 20 milliards d’euros pour ces AI Gigafactories, dans le cadre d’un investissement plus large dans l’intelligence artificielle.

La Commission a également annoncé, pour juillet 2026, le lancement d’un appel d’offres pour les AI Gigafactories, considérant ces installations comme un levier pour accroître la capacité informatique européenne.

Les différences de taille sont notables.

Une AI Factory s’appuie principalement sur l’infrastructure européenne de supercalcul pour fournir des ressources aux chercheurs, entreprises et startups. Les futures Gigafactories ambitionnent de passer à une échelle supérieure, essentielle pour entraîner et faire fonctionner des modèles à la pointe, ainsi que d’autres charges particulièrement intensives.

Cela implique également une augmentation des exigences concernant l’infrastructure entourant les GPU.

Il ne suffit pas d’installer des accélérateurs. Il faut les alimenter en électrique, les refroidir, fournir un stockage performant, et construire des réseaux capables de déplacer d’énormes volumes de données entre nœuds.

C’est dans ce contexte que le partenariat entre Nokia et OpenNebula prend une dimension technique particulièrement stratégique : considérer le réseau comme une partie intégrante de l’infrastructure à coordonner en même temps que le calcul et le stockage.

OpenNebulla a déjà orienté ses dernières versions vers ce marché. La plateforme a intégré en 2026 de nouvelles capacités liées à l’infrastructure accélérée, à Kubernetes et à l’exploitation des AI Factories, tout en développant des architectures spécifiques pour des environnements d’IA souveraine et distribuée.

L’alliance avec Nokia étend désormais cette stratégie à la dimension du réseautage.

Reste à voir comment se concrétisera techniquement l’intégration, quels produits précis de Nokia seront supportés en priorité, quel niveau d’automatisation OpenNebula offrira, et quand apparaîtront les premières architectures de référence issues de cette collaboration.

Pour l’instant, il s’agit d’un accord de collaboration et de développement, et non de la construction d’une AI Factory ou d’un contrat attribué dans le cadre des initiatives européennes.

Mais cela souligne une question qui prendra de l’importance à mesure que l’Europe passera de la simple annonce de capacités d’IA à leur déploiement : la souveraineté technologique ne dépendra pas uniquement d’accéder aux GPU. Elle impliquera également de contrôler le logiciel, les réseaux, les données, et l’opération de l’infrastructure qui les supporte.

Questions fréquemment posées

Qu’ont annoncé OpenNebula et Nokia ?

Les deux sociétés collaboreront pour intégrer la plateforme de gestion d’infrastructure d’OpenNebula avec les solutions réseau pour centres de données de Nokia. L’objectif est de faciliter des infrastructures ouvertes destinées, entre autres, aux AI Factories et aux clouds privés pour l’IA.

Que contribuera chaque entreprise ?

OpenNebula apportera la couche de gestion et d’orchestration du cloud et de l’IA, tandis que Nokia fournira ses technologies de réseautage pour centres de données.

L’accord fait-il partie des AI Factories de l’Union Européenne ?

Les deux sociétés mentionnent les initiatives EuroHPC AI Factories et AI Gigafactories dans lesquelles elles souhaitent collaborer, mais l’annonce ne correspond pas par elle-même à l’attribution ou à la construction d’une usine européenne spécifique.

Combien d’AI Factories l’Europe déploie-t-elle ?

La Commission européenne indique que 19 AI Factories sont en cours de déploiement dans 16 États membres, dont la majorité devrait être opérationnelle d’ici la fin 2026. Par ailleurs, l’Europe prépare une nouvelle génération de AI Gigafactories de plus grande taille.

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