NetApp a acquis JetStream Software, une entreprise spécialisée dans la récupération après sinistre et la migration de charges VMware, dans le cadre d’une opération annoncée le 6 août 2026. Cette acquisition va permettre à NetApp d’étendre sa protection au-delà des environnements qu’elle sécurise déjà avec ses solutions de stockage, et de faciliter la récupération des machines virtuelles VMware sur ses propres services, comme Azure NetApp Files. Le montant de la transaction n’a pas été divulgué.

Les clés de l’acquisition en 20 secondes

L’opération compte particulièrement dans le contexte actuel de VMware. Suite aux changements commerciaux et de licences après son intégration à Broadcom, de nombreuses organisations revoient leur stratégie de virtualisation, sans pour autant abandonner VMware du jour au lendemain : plusieurs entreprises comptent encore des centaines, voire des milliers de machines virtuelles, des applications critiques et des processus bâtis autour de cette plateforme, alors même que Proxmox gagne du terrain comme alternative en entreprise.

NetApp semble se positionner justement dans cette période de transition. Plutôt que de miser sur une migration complète immédiate, l’intégration de JetStream permet d’aborder une question plus pressante : comment protéger les charges VMware et pouvoir les restaurer sur une autre infrastructure en cas de besoin.

JetStream étend la protection au-delà du stockage NetApp

JetStream Software développe des technologies de récupération après sinistre, de protection continue des données et de mobilité des charges pour VMware. Une différence notable de cette acquisition tient au fait que sa technologie n’exige pas que l’environnement VMware source soit hébergé exclusivement sur des solutions NetApp : la société explique qu’avec JetStream intégrée, elle pourra protéger des environnements VMware exécutés sur pratiquement n’importe quelle plateforme de stockage et les restaurer ensuite sur ses propres services, comme Azure NetApp Files. Cela ouvre considérablement le marché potentiel de NetApp.

Déjà présente avec SnapMirror, sa technologie de réplication de données entre systèmes de stockage, NetApp continue de faire évoluer cette solution pour les scénarios de reprise d’activité, de continuité d’entreprise et de protection en général, et cette acquisition ne remet rien en cause de ce côté-là. NetApp précise que SnapMirror reste sa solution privilégiée pour la réplication des environnements utilisant ses systèmes. JetStream, elle, vise un espace différent : les machines virtuelles VMware qui tournent sur du stockage tiers et qu’il faut déplacer ou protéger vers une autre infrastructure.

Cette combinaison couvre deux cas de figure : un client déjà sur NetApp peut continuer à s’appuyer sur SnapMirror, tandis qu’un autre utilisant VMware sur un stockage non-NetApp pourra exploiter JetStream pour protéger ses charges et les restaurer plus tard sur une infrastructure NetApp. Cette stratégie ouvre la voie à NetApp pour intervenir dans des projets où le stockage principal viendrait d’autres fabricants.

Récupération après sinistre avant migration vers le cloud

L’acquisition illustre aussi l’évolution des projets de migration d’entreprise. Transférer une application critique d’un centre de données privé vers le cloud n’est pas une simple copie de machine virtuelle vers un autre endroit : il existe des dépendances entre applications, réseaux, adresses IP, stockage, bases de données, performances et procédures de récupération à préserver pendant la transition. C’est pourquoi NetApp considère que la récupération après sinistre peut servir d’étape préliminaire à la migration : l’entreprise garde d’abord son environnement de production sur site et crée une réplique récupérable dans le cloud, puis, une fois les procédures, applications et performances validées, cette infrastructure de secours peut devenir l’environnement de production principal.

JetStream est conçue autour de cette logique : son logiciel réplique en continu les données vers des destinations comme Azure Blob Storage ou Azure NetApp Files. Selon la société, cette architecture permet de faire évoluer le stockage indépendamment des ressources de calcul et d’approcher des objectifs de récupération proches de zéro, sous réserve d’un design adapté et des ressources allouées — les performances réelles dépendent du déploiement précis. La relation entre JetStream, Microsoft Azure et NetApp ne date d’ailleurs pas de cette acquisition : JetStream était déjà partenaire technologique de NetApp pour les charges VMware et utilisait Azure NetApp Files (ANF) comme cible dans des scénarios de récupération haute performance, tout en étant alignée avec Azure VMware Solution pour la reprise après sinistre et la protection continue. NetApp intègre désormais cette technologie en propre.

Pravjit Tiwana, vice-président senior et directeur général du Cloud Storage and Services chez NetApp, a expliqué lors de l’annonce que l’objectif est de permettre aux clients de commencer par la récupération après sinistre, puis d’évoluer vers la production dans le cloud. L’entreprise souhaite aussi que ses services intégrés aux grands fournisseurs cloud puissent servir de cible pour les charges VMware d’entreprise.

Une technologie pour accompagner une étape transitoire de VMware

Ce mouvement s’interprète aussi comme le reflet d’une transformation plus large du marché de la virtualisation. Les entreprises ont aujourd’hui plusieurs options : continuer avec VMware, renégocier et réorganiser leur infrastructure, transférer certaines charges vers le cloud ou étudier d’autres plateformes. Mais une migration complète peut prendre des mois, voire des années, et pendant ce temps les organisations doivent continuer à protéger leurs machines virtuelles existantes. L’acquisition de JetStream permet à NetApp d’intervenir dans ce processus quelle que soit la décision finale du client : une entreprise pourrait utiliser la technologie pour maintenir VMware, créer un environnement de récupération externe ou migrer progressivement vers le cloud.

Ce n’est pas une opération pensée pour la disparition de VMware. NetApp reconnaît que de nombreuses entreprises continuent d’utiliser VMware pour des applications critiques et voit cette acquisition comme une solution pour la protection et la mobilité de ces charges, dans la ligne de sa stratégie de diversification au-delà de la simple vente de systèmes de stockage. ONTAP et ses services de données sont déjà intégrés à plusieurs clouds publics, Azure NetApp Files étant un service Microsoft Azure basé sur la technologie NetApp et géré directement depuis la plateforme Azure. L’intégration de JetStream apporte un outil supplémentaire pour accompagner le transfert de charges vers ces destinations.

C’est aussi la deuxième acquisition annoncée par NetApp en moins d’un mois : le 16 juillet, la société avait annoncé l’achat de DataPelago, spécialisée dans l’infrastructure de données pour l’intelligence artificielle, avant JetStream le 6 août. Ce sont des opérations distinctes, mais elles montrent une même volonté d’élargir le champ d’action : DataPelago se concentre sur le traitement de grands volumes de données pour l’IA, tandis que JetStream vise la résilience, la récupération et la mobilité des charges d’entreprise.

Dans le cas de VMware, l’élément particulièrement précieux reste l’indépendance vis-à-vis du stockage d’origine. Si JetStream ne protégeait que les environnements construits sur NetApp, sa valeur resterait limitée à sa base installée ; en fonctionnant avec VMware sur du stockage tiers, NetApp ouvre une porte vers des infrastructures où elle n’est pas le fournisseur principal, quitte à utiliser ensuite Azure NetApp Files ou d’autres services pour la restauration. La stratégie commerciale est claire, même si l’intégration concrète en produits reste à définir : NetApp précise dans son annonce que les futures intégrations de JetStream avec ses offres relèvent d’une orientation produit, sans promettre d’échéances précises pour de nouvelles fonctionnalités.

Il faut donc distinguer ce qui est disponible de ce qui est prévu : l’acquisition est finalisée et JetStream possède déjà une technologie opérationnelle pour la récupération et la migration de VMware, mais la façon dont NetApp intégrera concrètement ces fonctions à son catalogue sera précisée dans les mois à venir. Pour les clients VMware, ce mouvement représente une option supplémentaire à un moment où beaucoup cherchent à préserver leur flexibilité : avant de décider de l’environnement où feront tourner leurs machines virtuelles dans les années à venir, ils peuvent s’assurer que ces charges resteront récupérables et transportables, une mobilité qui pourrait compter presque autant que la plateforme de virtualisation choisie.

Questions fréquentes

Qu’a acheté NetApp ?

NetApp a acquis JetStream Software, une société américaine spécialisée dans la récupération après sinistre, la protection des données et la migration de charges VMware. Le montant de l’opération n’a pas été rendu public.

JetStream fonctionne-t-elle uniquement avec le stockage NetApp ?

Non. L’une des capacités mises en avant par NetApp est de pouvoir protéger des environnements VMware exécutés sur pratiquement toute plateforme de stockage, puis de les restaurer sur des services NetApp comme Azure NetApp Files.

JetStream remplacera-t-elle NetApp SnapMirror ?

Non. NetApp garde SnapMirror comme sa solution privilégiée pour la réplication dans les environnements utilisant ses propres systèmes de stockage. JetStream vise un champ différent : la protection des machines virtuelles VMware sur stockage tiers, avec des besoins de migration ou de réplication vers d’autres infrastructures.

Ce rachat signifie-t-il que NetApp s’attend à ce que les entreprises abandonnent VMware ?

Pas du tout. NetApp souligne que VMware continue de supporter de nombreuses applications critiques et voit JetStream comme un moyen d’assurer la protection de ces charges, tout en offrant des options de migration progressive ou de récupération dans le cloud.