NAT n’est plus gratuit : la facture cachée qui soutient IPv4

Network infrastructure visualization showing IPv4 and IPv6 routing diagram, server racks with network switches, cost calcu...

Le mythe « NAT est gratuit » a tenu longtemps parce que ses coûts étaient invisibles. Une IPv4 publique ne coûtait rien, l’équipement CGNAT était noyé dans le budget réseau, et personne ne chiffrait la journalisation ou la conformité associées. La situation a changé : RIPE NCC a épuisé son pool IPv4 en novembre 2019, ARIN dès septembre 2015. La rarité a un prix, et ce prix est maintenant visible sur les factures.

L’adresse IPv4 publique : une ressource qui se facture au mois

AWS a rendu concret ce que les opérateurs savaient déjà : depuis le 1er février 2024, chaque IPv4 publique coûte 0,005 dollar par heure, qu’elle soit utilisée ou non. Soit 43,80 dollars par an par adresse. Dans un environnement avec des centaines ou des milliers d’IP publiques, ça se chiffre vite.

Le marché secondaire confirme la tendance. En 2026, une IPv4 s’achète entre 18 et 45 dollars selon la taille du bloc et la région. La location se négocie entre 0,30 et 0,50 dollar par IP et par mois. IPv4 Center estimait le prix moyen à 31,15 dollars au premier semestre 2025. Ce n’est plus un actif administratif gratuit : c’est une ressource rare valorisée financièrement. Et comme le confirment Hostinger et Hetzner, IPv4 reste très demandé en 2026 malgré la montée d’IPv6.

Coût visible IPv4Données
IPv4 publique chez AWS0,005 $/h
Coût annuel par IP chez AWS43,80 $/an
Achat sur le marché secondaire (2026)18-45 $/IP selon le bloc
Location mensuelle0,30-0,50 $/IP/mois
Prix moyen H1 2025 (IPv4 Center)31,15 $/IP

CGNAT : la couche qui coûte et qu’on oublie de compter

Quand un opérateur ne peut pas fournir une IPv4 publique directe à chaque client, il déploie du Carrier-Grade NAT. Plusieurs centaines ou milliers d’abonnés partagent une ou quelques adresses publiques, traduites via la translation de ports et de sessions. Ce n’est pas abstrait : ça demande du matériel dédié, de la mémoire pour les tables d’état, de la redondance, des licences, du support, de l’énergie, un refroidissement et du personnel spécialisé.

L’IETF a standardisé des exigences précises pour le CGNAT, car gérer des millions de sessions en parallèle soulève des problèmes concrets : quand réutiliser un port, comment maintenir l’état, comment éviter qu’une temporisation mal calibrée casse des applications. Le marché mondial du CGNAT était évalué à 3,8 milliards de dollars en 2025, avec une projection à 9,1 milliards en 2034. Ces chiffres décrivent une solution qui était présentée comme transitoire, mais qui génère des investissements durables.

Coût caché du CGNATPourquoi il existe
Matériel ou capacités virtualiséesTrafic partagé de nombreux abonnés
RedondanceÉviter qu’une panne touche des milliers d’utilisateurs
Licences et supportMaintenir des plateformes sous pression
Énergie et racksMatériel supplémentaire qui consomme
Surveillance NOCDétecter l’épuisement des ports et les dégradations

Journalisation : la facture de conformité souvent oubliée

Le CGNAT brise la relation simple entre IP publique et abonné. Quand plusieurs milliers d’utilisateurs partagent une même adresse, identifier qui a effectué une connexion donnée exige plus que l’IP et l’heure : il faut le port source, l’IP privée, le port privé et un timestamp précis.

La RFC 7422 de l’IETF est explicite : de nombreuses solutions CGN nécessitent une journalisation active des traductions dynamiques pour pouvoir répondre aux réglementations et enquêtes. Dans de grands réseaux, ça signifie enregistrer, stocker, compresser, sécuriser et rendre consultables des volumes de logs considérables. Ces logs sont sensibles : accessibles aux autorités en cas de besoin, mais protégés contre tout accès non autorisé.

Le coût de conformité associé au CGNAT n’apparaît pas comme une ligne « IPv4 » dans les budgets. Il est réparti entre sécurité, réseau, juridique et stockage. C’est précisément ce qui rend la facture invisible.

IPv6 : pas gratuit, mais moins cher que maintenir IPv4 ad vitam

La migration vers IPv6 a un coût réel : revoir le routage, les pare-feux, les équilibrages de charge, DNS, VPN, les applications héritées et former les équipes. Dans des organisations avec une longue dette technique, un déploiement dual-stack peut prendre des mois et mobiliser des ressources significatives.

La comparaison réelle n’est pas « IPv6 coûteux vs IPv4 gratuit » – ce mythe n’a plus cours. La vraie question est : coût de migration IPv6 vs coût cumulé de maintenir IPv4 avec CGNAT, achats d’adresses, journalisation et complexité réseau. Google mesurait environ 49 % du trafic en IPv6 en juin 2026, et APNIC signalait le cap des 50 % en avril. IPv6 n’est plus une technologie d’avenir : c’est une composante normale du trafic.

Ce que les cloud, FAI et entreprises ont à faire

Dans le cloud, le premier geste est un recensement des IPv4 publiques : IPs élastiques oubliées, services exposés sans nécessité, NAT gateways surdimensionnées. La facturation AWS a révélé à beaucoup d’organisations qu’elles disposaient de plus d’IP publiques qu’elles ne le pensaient. Le cloud dépasse 875 Md€ de dépenses en 2026, et une partie de ce gaspillage tient précisément à des ressources mal auditées.

Pour les opérateurs, les questions à poser sont concrètes : quel CAPEX va aux plateformes CGNAT ? Quel est le coût opérationnel du logging ? Combien d’incidents clients sont liés à l’épuisement des ports – jeux en ligne, VPN, visioconférence, télétravail ? Chaque heure de support sur ces incidents est un coût indirect d’IPv4.

Chez les entreprises, le problème est souvent la gestion mixte non gérée. Beaucoup ont déjà de l’IPv6 pour l’accès utilisateur ou le mobile, mais leurs pare-feux, SIEM et dashboards restent centrés IPv4. Une partie du trafic circule en IPv6 sans que l’opération s’en rende compte, ce qui crée des angles morts de sécurité.

La facture cachée du NAT a tenu longtemps parce que ses coûts étaient fragmentaires. Additionnés, ils changent le calcul. IPv6 ne règle pas tout, mais il s’attaque à la source : l’artificialité de la pénurie d’adresses publiques.

Questions fréquentes sur NAT et IPv4

NAT est-il vraiment payant ?

NAT n’a pas de licence directe, mais il entraîne des coûts réels : achat ou location d’IPv4 publiques, matériel CGNAT, journalisation, conformité et résolution d’incidents. Ces coûts sont fragmentaires, ce qui les a longtemps rendus invisibles.

Pourquoi AWS facture-t-elle les IPv4 publiques ?

Depuis février 2024, AWS applique 0,005 dollar par heure pour chaque IPv4 publique, utilisée ou non. Cette facturation reflète la rarité réelle de la ressource après l’épuisement des pools d’adresses disponibles.

Qu’est-ce que le CGNAT ?

Le Carrier-Grade NAT est une technique permettant à plusieurs abonnés de partager une même IPv4 publique via la translation de ports et de sessions. Il exige du matériel dédié, de la redondance et une gestion spécifique des logs pour des raisons légales.

Pourquoi le CGNAT génère-t-il beaucoup de logs ?

Une IP publique partagée n’identifie plus un seul abonné. Pour reconstituer une connexion, il faut croiser IP publique, port source, IP privée, port privé et timestamp. Ce volume de données doit être stocké, sécurisé et consultable en cas de réquisition.

IPv6 élimine-t-il le besoin de NAT ?

IPv6 attribue une adresse unique à chaque appareil, ce qui supprime la nécessité du NAT dictée par la pénurie d’adresses. Les pare-feux et la segmentation restent nécessaires, mais l’approche n’est plus contrainte par le manque d’adresses publiques.

Références : Uriel Rozenbaum (LinkedIn) et Stackscale : agotamiento IPv4

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