L’Europe propose au Brésil un pacte sur les terres rares pour réduire la dépendance à la Chine

La Chine propose à la Malaisie une technologie pour traiter les terres rares, mais uniquement par le biais d'entreprises publiques

L’Union européenne ne veut pas que le Brésil soit un simple fournisseur de minéraux. Bruxelles a présenté à Brasilia une proposition de coopération sur les terres rares et les minéraux critiques, avec des investissements, un traitement local, un transfert de technologie et de la valeur industrielle. Cette offre arrive dans une course internationale pour réduire la dépendance à la Chine dans une chaîne indispensable à la fabrication de véhicules électriques, d’éoliennes, d’équipements de défense et de centres de données.

Lors de sa visite au Brésil, Jozef Síkela, commissaire européen aux Partenariats Internationaux, a affirmé que la proposition européenne pourrait être « plus avantageuse » que celles des États-Unis ou de la Chine, car elle ne se limite pas à l’achat de minerais. Ce message rejoint le discours que le gouvernement de Lula répète depuis plusieurs mois : le Brésil ne veut pas exporter des matières premières à bas prix pour racheter ensuite des produits industriels bien plus chers.

La visite comprenait un arrêt à Poços de Caldas, dans l’état de Minas Gerais, où la société australienne Viridis Mining and Minerals développe un centre de recherche et de traitement de terres rares. Ce projet fait partie de ceux sélectionnés pour accélérer la coopération UE-Brésil.

Le Brésil veut de la valeur ajoutée, pas seulement de l’extraction

Les terres rares ne manquent pas dans la croûte terrestre, mais leur extraction, séparation et raffinage sont coûteux et techniquement difficiles. Disposer de réserves ne suffit pas. La stratégie réelle passe par la séparation, le raffinage, la fabrication d’aimants permanents et leur intégration dans des industries à haute valeur ajoutée.

Le Brésil possède parmi les plus grandes réserves mondiales, mais sa production reste modeste. L’opportunité brésilienne est de passer de la promesse géologique à une chaîne industrielle capable de produire des matériaux transformés, d’attirer des technologies et de créer des emplois qualifiés.

RessourceImportance
Néodyme et praséodymeAimants pour moteurs électriques, éoliennes et électroniques
Terbium et disprosiumAimants haute performance et applications de défense
LithiumBatteries pour la mobilité et le stockage d’énergie
NickelBatteries, acier et alliages industriels
NiobiumAciers avancés, aérospatial et industrie lourde

L’Europe en compétition avec les États-Unis et la Chine

La proposition européenne arrive dans une course que la Chine domine depuis des décennies. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, la Chine contrôle environ 91 % des procédés de séparation et de raffinage mondiaux des terres rares, et près de 94 % de la production d’aimants permanents. La Chine utilise aujourd’hui ce contrôle comme levier géopolitique, en imposant de nouvelles restrictions commerciales sur les entreprises occidentales.

Les États-Unis ont également pris position. Serra Verde, la seule mine brésilienne de terres rares en exploitation commerciale significative, a obtenu un financement de 565 millions de dollars de la U.S. International Development Finance Corporation, avec une option permettant à Washington de prendre une participation minoritaire. L’UE et les États-Unis ont par ailleurs signé en avril 2026 un partenariat stratégique sur les minéraux critiques pour réduire ensemble leur dépendance.

ActeurObjectifs au Brésil
Union EuropéenneDiversifier les fournisseurs et établir des alliances pour le traitement local
États-UnisSécuriser un accès aux terres rares hors de Chine
ChineMaintenir son influence dans une chaîne qu’elle domine depuis des années
BrésilAttirer des investissements sans se limiter à exporter des minerais bruts
Sociétés minièresFinancer des projets et signer des contrats d’approvisionnement à long terme

Le Brésil tente de jouer cette compétition à son avantage. Lula a insisté sur le fait que le pays est ouvert à tous les investisseurs, y compris la Chine, à condition que la séparation et le traitement se fassent sur le sol brésilien. C’est la position de nombreux pays riches en ressources : l’accès aux minerais ne se donne plus sans discussion sur l’industrie, l’emploi et la souveraineté.

Viridis et Solvay : un modèle pour la stratégie européenne

Le projet de Viridis à Minas Gerais montre comment le modèle voulu par l’UE pourrait fonctionner. La société prévoit d’investir environ 360 millions de dollars dans une usine commerciale capable de produire 15 000 tonnes par an de carbonate mixte de terres rares d’ici 2028. Sa première unité pilote peut traiter 100 kilos de minerai par heure.

Solvay, groupe chimique belge, a signé une lettre d’intention avec Viridis pour l’approvisionnement en terres rares, potentiellement étendue à une coopération technologique orientée vers l’usine de Solvay à La Rochelle. Le montage est clair : une compagnie minière au Brésil, une entreprise chimique européenne capable de traitement, et un cadre politique promettant investissements et transfert technologique.

ProjetDétails
Viridis Colossus (Minas Gerais)15 000 t/an de carbonate mixte de terres rares
Investissement prévu360 millions de dollars
Objectif de lancement2028
Partenaire européenSolvay (lettre d’intention)
Destination prévueUsine de séparation Solvay à La Rochelle

Les défis concrets après l’annonce

La comparaison avec la Chine demande de la prudence. Comme le résume Rafael Moreno, directeur général de Viridis : la Chine a mis deux décennies à faire fonctionner sa chaîne de valeur, pas deux mois. Le Brésil peut accélérer en profitant de l’intérêt européen et américain, mais il ne peut pas sauter les étapes.

Ces étapes sont connues et exigeantes : exploitation minière stable, permis environnementaux, financement, technologie de séparation, clients industriels, logistique et demande assurée sur le long terme. Aux États-Unis, Noveon Magnetics a levé 215 millions pour réintégrer la production d’aimants en terres rares et montrer que le reshoring est possible. Mais ces projets prennent des années avant de produire à l’échelle industrielle.

Pourquoi l’Europe a besoin de cet accord maintenant

La transition énergétique, l’électrification des transports, l’industrie de défense et la numérisation augmentent la demande en matériaux critiques. L’Europe dispose de capacités industrielles, d’entreprises chimiques et de fabricants avancés, mais reste très dépendante de chaînes externes pour l’extraction, le raffinage et les composants intermédiaires.

La Loi Européenne sur les Matières premières critiques et la stratégie Global Gateway visent à corriger cette vulnérabilité. Mais signer des mémorandums est rapide ; construire des raffineries, des mines et des usines d’aimants prend plusieurs années. Le décalage entre le temps politique et le temps industriel est là le vrai risque.

Le Brésil offre une combinaison séduisante : ressources abondantes, énergie relativement propre, marché significatif, tradition minière et volonté politique de capter davantage de valeur. Pour l’Europe, c’est aussi une façon d’éviter une dépendance qui reproduirait la logique de la situation actuelle avec la Chine, mais sous d’autres couleurs.

FAQ

Pourquoi l’UE veut-elle un accord sur les terres rares avec le Brésil ?

L’Europe doit diversifier ses approvisionnements en matériaux critiques pour réduire sa dépendance à la Chine, qui contrôle 91 % de la séparation mondiale des terres rares et 94 % de la production d’aimants permanents.

Que propose concrètement l’Europe au Brésil ?

Des investissements, un transfert technologique, un appui au traitement local et des accords d’achat permettant au Brésil de capter davantage de valeur industrielle, au-delà de la simple extraction de minerais.

Quel rôle joue Viridis Mining and Minerals ?

Viridis développe à Minas Gerais un projet de terres rares avec une usine prévue pour 2028 (15 000 t/an) et une lettre d’intention avec Solvay pour l’approvisionnement en matériaux destinés à l’usine de La Rochelle.

Le Brésil peut-il rivaliser avec la Chine en terres rares ?

Il peut gagner en poids, mais construire une chaîne complète prend des années. La Chine domine la séparation, le raffinage et la fabrication d’aimants après deux décennies d’investissement. Le Brésil peut accélérer, mais ne peut pas sauter les étapes techniques et industrielles.

le dernier