Les opérateurs européens de télécommunications signent une lettre d’intention pour la téléphonie mobile par satellite

Telefónica, Orange, Vodafone et DT envisagent une alliance européenne face à Starlink

Telefónica, Deutsche Telekom, Orange et Vodafone sont passées de simples discussions à une lettre d’intention visant à explorer une candidature conjointe pour l’attribution du spectre européen des services mobiles par satellite, permettant de connecter un téléphone classique directement à une constellation en orbite. L’annonce, du 19 octobre, confirme ce que Bloomberg avait anticipé en septembre, mais il ne s’agit encore que d’une étape préliminaire : aucune société n’a encore été constituée, aucun partenaire satellitaire n’a été choisi, et les règles de l’appel d’offres ne sont pas encore approuvées à Bruxelles.

Les enjeux clés de l’alliance satellitaire des opérateurs européens en 20 secondes

  • Les quatre opérateurs signent une lettre d’intention, non un accord contraignant.
  • Ils prendraient en charge le déploiement de l’infrastructure terrestre et la coordination ; le choix du partenaire pour la partie satellitaire reste à faire.
  • Les licences de la bande 2 GHz expirent en mai 2027, et l’Union européenne doit encore définir leur répartition.

En septembre, il avait été rapporté que les quatre grands envisageaient une alliance européenne face à Starlink. Désormais, cette démarche est formalisée par écrit, et le communiqué conjoint s’inscrit dans la volonté de la Commission Européenne de renforcer la souveraineté, la sécurité et la résilience de la connectivité critique. L’objectif commercial est d’offrir un service direct à l’appareil (D2D), une technologie permettant d’envoyer des messages, de passer des appels et d’échanger des données depuis un téléphone dans des zones dépourvues d’antennes.

Un modèle d’infrastructure partagée, non une constellation propre

L’élément le plus important pour le secteur de l’infrastructure est la répartition des rôles. Les opérateurs ne prévoient pas d’investir directement dans la construction de satellites. Leur proposition consiste à déployer en Europe l’infrastructure terrestre essentielle, c’est-à-dire les stations et systèmes connectant la constellation à leurs réseaux, ainsi que les fonctions de coordination et de supervision. La partie spatiale serait assurée par un partenaire satellitaire qui reste à élire.

Grâce à cette répartition, les opérateurs conserveraient la gestion de la partie terrestre, par laquelle transitent et sont gérés le trafic, sans supporter le coût ni le risque du lancement d’une constellation. Ils ajoutent que l’accès sera ouvert et non discriminatoire pour toute opératrice mobile souhaitant proposer D2D, dans une optique favorisant la concurrence, réduisant la fragmentation et élargissant l’offre pour les utilisateurs. Ils précisent également que cette initiative ne remplace pas les alliances satellitaires déjà en place pour chaque opérateur.

Le communiqué omet de fournir des détails permettant d’évaluer le projet : aucun calendrier, aucune estimation d’investissement, aucune structure sociétaire ni déclaration de dirigeants n’est mentionnée. La répartition des responsabilités et des revenus entre les quatre partenaires reste également à définir.

L’enjeu de la bande 2 GHz

Le spectre en jeu concerne 30 MHz en mode paire dans la bande 2 GHz, attribués en 2009 à Viasat et EchoStar pour des services mobiles par satellite, avec des licences arrivant à expiration en mai 2027. Selon Light Reading, celles d’EchoStar pourraient être transférées à SpaceX dans le cadre de l’acquisition de spectre par cette dernière.

Le 27 mai, la Commission européenne a proposé une sélection unique à l’échelle de l’UE, divisant la bande en trois parties : un tiers pour une entreprise contrôlée majoritairement par l’Europe, un autre pour des services gouvernementaux via IRIS², et un dernier, ouvert à tout opérateur, y compris SpaceX ou Amazon. Le Parlement européen et le Conseil doivent encore valider cette répartition avant l’expiration des licences actuelles. D’après Bloomberg relayé par Light Reading, le consortium des quatre opérateurs rivaliserait pour un bloc de 2×10 MHz.

La solution publique européenne, IRIS², ne sera pas prête à temps pour couvrir ce déficit, puisqu’elle prévoit 348 satellites mais ne lancera ses services qu’en 2029, principalement pour la large bande, avec une capacité limitée pour le mobile. En attendant, l’Europe a dû « augmenter » OneWeb avec Eutelsat pour gagner du temps, et Starlink a déjà testé en Espagne sa couverture mobile par satellite lors des incendies cet été.

Les partenaires existants et Bruxelles, deux freins

Chaque opérateur arrive avec des engagements qui compliquent la coopération. Deutsche Telekom a un accord avec SpaceX pour le service mobile par satellite Starlink, avec un lancement prévu en 2028. Vodafone détient à 50 % la société Satellite Connect Europe avec AST SpaceMobile, ce qui pourrait ne pas respecter l’exigence de contrôle européen pour la proposition de la Commission. Aucune des deux sociétés n’a précisé le sort de ces accords.

L’autre obstacle majeur est la concurrence. Une alliance entre les principaux opérateurs d’Allemagne, France, Royaume-Uni et Espagne nécessiterait l’approbation de la Commission, qui doit concilier ses règles de concurrence avec sa politique en faveur d’un opérateur satellitaire sous contrôle européen. La proposition d’accès ouvert pour les autres opérateurs semble justement conçue pour cette révision. En Espagne, ce contexte concerne Movistar et, indirectement, Vodafone Espagne, propriété de Zegona depuis 2024, puisque c’est le groupe britannique qui signe l’accord. Les détails de cette situation sont consultables sur telefonos.es.

Questions fréquentes

Que signifient la signature de Telefónica, Vodafone, Orange et Deutsche Telekom ?

Une lettre d’intention visant à explorer une candidature commune pour la future attribution du spectre européen dédié aux services mobiles par satellite. Il ne s’agit pas d’un engagement contraignant.

Construiront-elles leur propre constellation de satellites ?

Non. Les opérateurs apporteront l’infrastructure terrestre et la coordination en Europe, tandis que la partie satellitaire serait assurée par un partenaire encore à choisir.

Quand la répartition du spectre mobile par satellite en Europe sera-t-elle définie ?

Les licences en vigueur expirent en mai 2027. La Commission a proposé en mai une répartition en trois tiers, mais le Parlement et le Conseil doivent encore approuver cette proposition.

Sources :

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