Une analyse de EY Energy Consulting datée du 16/10/2026 estime qu’à condition que les centres de données prévus en Espagne pour 2030 respectent les exigences renouvelables du Projet de Règlementum en préparation par le Gouvernement, leur coût d’approvisionnement électrique s’élèverait à 133,07 euros par mégawatt-heure (MWh), soit 2,4 fois le prix des contrats à terme sur l’électricité pour cette année-là. La société de conseil appelle à adoucir la norme et à l’harmoniser avec les règles européennes, qui n’exigent ni d’additionalité ni de corrélation horaire pour cette activité. Le document est une simulation basée sur ses propres hypothèses et ne précise pas qui l’a commandée.
Les points clés du rapport d’EY sur le Règlement pour les centres de données en 30 secondes
- Le projet oblige à couvrir 80 % de la consommation avec des énergies renouvelables nouvelles, ainsi qu’à respecter une exigence de 80 % horaire à horaire.
- Pour 3,5 GW de centres de données, EY calcule qu’il faut 26,8 GW de capacité solaire, 8,8 GW d’éolien et 14,2 GW de batteries.
- Cela générerait 19 742 GWh de surplus et augmenterait de 16 % les déversements dans le système.
- La société de conseil alerte sur la migration des investissements vers le Portugal et sur des coûts réglementés compris entre 118 et 642 millions d’euros transférés à d’autres consommateurs en 2030.
Le rapport intervient en plein processus d’adoption de la norme. Le ministère pour la Transition Écologique et le Défi Démographique (MITECO) a lancé le 27 août une consultation publique d’urgence concernant le Projet de Règlement qui définit les exigences de durabilité, de résilience et de souveraineté numérique pour les centres de données, puis a prolongé la période de soumission des observations jusqu’au 10 septembre. Depuis, les associations professionnelles et les opérateurs demandent des modifications ou la suppression totale du texte, comme l’a fait Templus en réclamant la reprise du dialogue. Le texte n’est toujours pas approuvé et pourrait être modifié.
Quels sont les points exigés par le projet et comment le justifie le gouvernement
Le projet concerne toute nouvelle demande d’accès au réseau pour des installations d’au moins 1 MW de puissance d’accès ou 500 kW de puissance informatique. Son cœur énergétique repose sur deux exigences principales. La première est l’additionalité : 80 % de la consommation annuelle doit provenir d’énergies renouvelables nouvelles, mises en service au plus tard 18 mois avant l’exploitation du centre, via l’autoconsommation ou des contrats d’achat d’énergie (PPA) d’au moins dix ans avec des centrales en Espagne. La seconde est la corrélation horaire : 80 % de la consommation doit être couverte par une production renouvelable à la même heure. Ces obligations s’appliqueraient tant que la part des renouvelables dans le mix énergétique ne dépasserait pas 90 %.
Le projet introduit aussi des limites d’efficacité (un PUE, indicateur d’efficacité énergétique, fixé à 1,15 ou moins, et un WUE, consommation d’eau, à 0,1 ou moins), des exigences de souveraineté numérique, ainsi qu’un régime de surtaxes sur les péages et redevances pouvant atteindre 500 %, pouvant entraîner la perte des permis d’accès et de raccordement, selon le résumé d’EY.
Le Gouvernement défend la norme avec d’autres chiffres. Selon le MITECO, la Stratégie d’Intelligence Artificielle prévoit environ 2,5 GW de capacité de calcul en 2030, nécessitant entre 3,5 et 4 GW de demande électrique. Depuis 2021, plus de 12 GW de droits d’accès ont été attribués. Le ministère soutient que, sans lier cette demande à de nouvelles énergies renouvelables, la croissance risquerait de s’appuyer sur la production au gaz, ce qui augmenterait le coût de l’électricité pour les autres consommateurs. Son résumé est clair : « chaque nouveau mégawatt consommé doit être accompagné d’un nouveau mégawatt renouvelable ».
Les chiffres de la simulation d’EY
EY a modélisé heure par heure un parc de 3,5 GW de demande constante, avec une répartition de 75 % solaire et 25 % éolien, ainsi que des batteries de 4 heures avec une efficacité de 90 %, en utilisant les courbes de production d’Red Eléctrica. Leur scénario à impact minimal nécessite 49,8 GW de capacité de production et de stockage, soit 14,2 fois la puissance des centres de données. Il faut faire attention : cette valeur combine la puissance de production et celle des batteries, qui ne sont pas interchangeables.
Ce surdimensionnement s’explique par l’hiver. Dimensionner la centrale pour gérer les jours de moindre ensoleillement ou de vent permet, selon la société de conseil, de générer 19 742 GWh d’énergie excédentaire durant le reste de l’année, dont 931 GWh ne pourraient pas être absorbés par le système. Cela représenterait une augmentation de 16 % des débordements par rapport aux 5 831 GWh enregistrés en 2026. EY ajoute que la variabilité du vent, avec des différences allant jusqu’à 58 % entre années dans certains mois, expose les centres à des surtaxes dues à des fluctuations imprévisibles.
Le coût économique estimé est de 133,07 euros/MWh en 2030, contre 55 euros selon le prix des contrats à terme pour cette année-là, basé au 01/10/2026. Il est important de comprendre la comparaison : il s’agit d’un coût total incluant investissements et opérations, avec une rentabilité exigée de 8 %, versus le prix du marché à terme. Un centre de données qui signerait un PPA aujourd’hui ne paierait pas forcément ce prix à terme exact.
Le rapport propose aussi une comparaison internationale. L’Irlande impose un objectif de 80 % renouvelable avec nouvelle génération, mais avec une évaluation annuelle et une période de transition de six ans. L’Allemagne exige 50 % renouvelable, passant à 100 % en 2027, avec des garanties d’origine. Le Portugal se limite aux obligations d’information de l’Union européenne, ce qui explique qu’EY en fasse le refuge naturel pour les projets ne s’installant pas en Espagne.
Les impacts anticipés par la société de conseil, et ce qu’elle ne mentionne pas
EY prévoit que la puissance informatique des centres de données en Espagne passerait de 439 MW en 2025 à environ 2 536 MW en 2030, avec un investissement total de 66,9 milliards d’euros, et affirme que la norme mettrait en péril entre 80 % et 90 % de cet investissement potentiel. Si entre 3,5 et 4 GW de demande ne se connectaient pas, les recettes issues des péages et redevances finiraient par chuter de 1,1 % à 5,7 % en 2030, et entre 118 et 642 millions d’euros seraient transférés à d’autres consommateurs. Ces projections de la société de conseil ne sont pas des données empiriques, mais des estimations, et dépendent de la réalisation effective de ces projets, ce que l’on nuance en précisant que seule une partie de la liste annoncée aboutirait à la construction.
Selon EY, il serait préférable de réviser le Projet de Règlement pour « adoucir ses exigences, en conformité avec les règles européennes », et que les obligations supplémentaires ne devraient être appliquées que lorsque la part des centres de données dans la demande justifie une telle exigence. Cette position rejoint celle de SpainDC, qui a alerté sur un ralentissement des investissements et d’autres acteurs sectoriels lorsque ils ont rejeté les exigences renouvelables du projet.
Toutes les voix du secteur énergétique ne réclament pas la même chose. Lors de la consultation, l’Union espagnole photovoltaïque (UNEF) a soutenu la gestion progressive des centres par rapport aux renouvelables, et l’APPA Renovables a même proposé de porter l’objectif à 100 %, avec une évaluation annuelle. Le débat tourne donc plus autour de la mesure horaire et des délais que de l’obligation renouvelable en elle-même. Le rapport d’EY ne prend pas en compte le scénario qui inquiète le plus le Gouvernement : combien de gaz et à quel coût supplémentaire nécessiterait la connexion de cette demande sans nouvelle génération. Ce contraste, avec la version finale du texte, sera déterminant pour évaluer ses chiffres, alors que la consommation électrique des centres de données en Espagne continue de croître.
Questions fréquentes
Le Règlement sur les centres de données est-il adopté ?
Non. Il s’agit d’un projet soumis à consultation publique par le MITECO entre le 27 août et le 10 septembre 2026, et son texte pourrait être modifié avant son adoption.
Qu’est-ce que l’additionalité et la corrélation horaire ?
L’additionalité oblige que 80 % de la consommation provienne d’énergies renouvelables nouvelles, mises en service au maximum 18 mois avant le centre. La corrélation horaire exige que 80 % de la consommation de chaque heure soit couverte par une production renouvelable réalisée dans la même heure.
Dans quelle mesure la norme ferait-elle augmenter le coût de l’électricité pour les centres de données, selon EY ?
EY estime un coût d’approvisionnement de 133,07 euros/MWh en 2030, contre 55 euros selon le prix des contrats à terme pour cette année-là. Il s’agit du résultat de leur modélisation, basée sur leurs propres hypothèses de coûts et de rentabilité.
La Commission européenne impose-t-elle des exigences similaires ?
Selon EY, aucune norme européenne n’impose l’additionalité ni la corrélation horaire pour les centres de données. L’UE se concentre davantage sur l’efficacité énergétique et l’obligation d’information, avec une étiquette allant de A à G dont les premières versions sont attendues avant août 2027.
Sources :