Washington mise 150 M$ sur xLight pour défier ASML dans l’EUV

Les États-Unis financent xLight pour lever le goulot d'étranglement d'ASML

Washington a choisi de parier sur une technologie de pointe pour réduire sa dépendance vis-à-vis d’ASML. Le Département du Commerce et le NIST ont alloué 150 millions de dollars à xLight, une startup californienne dirigée par Pat Gelsinger (ancien CEO d’Intel), pour développer une source lumineuse EUV basée sur un laser d’électrons libres (FEL). L’objectif n’est pas de créer un concurrent direct à ASML du jour au lendemain, mais de maîtriser la pièce la plus critique d’une chaîne de fabrication sur laquelle les États-Unis n’ont aucun contrôle.

La source lumineuse, le maillon invisible de toute puce avancée

La lithographie EUV est souvent décrite comme un projecteur très précis qui imprime des motifs sur du silicium. Cette description occulte l’essentiel : avant d’avoir des optiques parfaites, des masques nanoométriques et des logiciels de contrôle, il faut une source lumineuse suffisamment puissante, stable et reproductible pour exposer les wafers à un rythme industriel.

Les scanners commerciaux d’ASML utilisent une source LPP (laser-produced plasma) : un laser frappe des gouttes d’étain et génère une lumière ultraviolette extrême à 13,5 nanomètres. xLight propose une autre approche, le FEL (Free Electron Laser), appuyé par des technologies d’accélérateurs de particules. Le principe n’est pas nouveau dans la recherche, mais son application à un environnement de production de masse de semi-conducteurs reste à démontrer.

TechnologieApprocheStatut
LPP d’ASMLLaser sur gouttes d’étain pour générer du plasma EUVProduction commerciale
FEL de xLightLaser d’électrons libres basé sur un accélérateur compactPrototype en développement
Aide publique US150 millions de dollars (CHIPS and Science Act)Financement finalisé
Prototype prévuAlbany NanoTech Complex, New York2028

Ce que cherche xLight, c’est une source qui délivre beaucoup plus de puissance EUV qu’aujourd’hui, réduit les coûts par wafer et augmente la productivité des scanners. Si ça marche, les bénéficiaires directs sont les fonderies comme TSMC, Samsung et Intel Foundry, qui pourraient traiter plus de wafers par heure à coût égal ou inférieur. L’article de la saga ASML-Chine illustre bien pourquoi cette dépendance préoccupe autant les gouvernements.

Washington veut maîtriser un maillon qu’il ne contrôle pas

Les États-Unis dominent le design des puces, les outils EDA, les GPU et le cloud. Mais dans la fabrication avancée, le scanner EUV commercial reste le seul territoire où ASML règne sans partage. Washington a déjà utilisé cette position à son avantage, en coordonnant avec les Pays-Bas et le Japon pour bloquer les exportations d’outils EUV vers la Chine. Mais avoir un levier sur les autres n’est pas la même chose que contrôler sa propre chaîne.

C’est là que le financement de xLight prend tout son sens. Ce n’est pas un pari pour remplacer ASML d’ici 2030, mais pour détenir une alternative crédible à l’une des pièces les plus critiques du système. Si une source FEL pouvait s’intégrer dans des outils existants ou futurs, les États-Unis gagneraient une influence réelle sur l’économie de la fabrication de puces, au-delà des restrictions d’exportation.

Pat Gelsinger, la crédibilité d’un pari risqué

Le nom de Pat Gelsinger à la tête de xLight n’est pas anodin. Depuis son départ d’Intel, il dirige cette startup fondée en 2021. Son arrivée rassure les investisseurs et les autorités publiques, tout en rappelant une frustration profonde de l’industrie américaine : avoir perdu du terrain dans la fabrication avancée malgré sa domination dans le design et l’architecture.

Les chiffres de financement donnent une idée de l’ampleur du projet. En 2025, xLight avait déjà levé 40 millions de dollars lors d’une première série. Selon The Information relayé par TNW, la startup négocie actuellement une nouvelle levée de 350 millions de dollars auprès de Boardman Bay Capital Management et Bain Capital. Avec l’aide publique de 150 millions, c’est potentiellement plus d’un demi-milliard de dollars engagé sur une technologie qui n’a pas encore de prototype validé en conditions industrielles.

ÉvénementDonnée
Création de xLight2021
Première levée de fonds40 millions de dollars
Aide publique (CHIPS Act)150 millions de dollars
Nouvelle levée en cours350 millions de dollars (Boardman Bay + Bain)
Prototype prévuAlbany NanoTech Complex, 2028

Restez prudents sur la lecture de ces chiffres : une levée en négociation n’est pas finalisée, et un prototype prévu pour 2028 n’est pas une solution de production. La distance entre un FEL fonctionnel en laboratoire et une source EUV opérationnelle dans une fonderie reste énorme.

ASML ne reste pas immobile

L’entreprise néerlandaise ne subit pas cette compétition de façon passive. Ses ingénieurs ont déjà démontré une source LPP atteignant 1 000 watts dans des conditions proches des applications clients, contre 600 watts actuellement. L’objectif : traiter environ 330 wafers par heure vers 2030, contre 220 aujourd’hui. Des voies vers 1 500, voire 2 000 watts sont également envisagées.

Autrement dit, xLight n’attaque pas une technologie figée. ASML résout depuis des décennies des problèmes d’ingénierie quasi impossibles, avec des relations étroites avec ses clients (TSMC, Samsung, Intel), ses fournisseurs (Zeiss pour l’optique, Trumpf pour le laser) et ses centres de recherche. La barrière n’est pas que technologique, elle est industrielle et relationnelle.

Le retour du hardware stratégique

xLight s’inscrit dans un retour marqué de l’attention sur le hardware de précision. L’IA a remis en lumière des couches de l’industrie qui semblaient réservées aux spécialistes : lithographie, inspection, métrologie, conditionnement avancé, mémoire, interconnexion. Les modèles d’IA dépendent des GPU, mais ceux-ci dépendent des fonderies, et les fonderies dépendent des scanners EUV, de la mémoire HBM, de la chimie, de l’énergie et des outils de contrôle.

TNW place xLight aux côtés d’Euclyd (Pays-Bas), une startup qui travaille sur les puces d’inférence IA avec des figures liées à ASML. Le parallèle est instructif : les États-Unis cherchent à renforcer une pièce de lithographie où l’Europe excelle, pendant que l’Europe tente de combler ses lacunes dans les accélérateurs IA où NVIDIA domine.

Un avertissement pour l’Europe

ASML est l’un des rares actifs technologiques européens à exercer un pouvoir structurel mondial. Sa position sur l’EUV confère aux Pays-Bas et à l’Union européenne un poids inhabituel dans une industrie dominée par les États-Unis et l’Asie. Si Washington finance des alternatives, même en phase embryonnaire, c’est un signal clair que cette dépendance est perçue comme un risque stratégique.

L’avantage d’ASML n’est pas seulement une machine. C’est un réseau de fournisseurs, de savoirs accumulés sur des décennies, d’intégrations logiciel-matériel, de relations avec TSMC et Samsung, et d’une physique d’une complexité rare. Mais cet avantage ne se protège pas seul : il faut de l’investissement, du talent, une politique industrielle cohérente et une collaboration active avec les alliés.

xLight ne menace pas ASML à court terme. Mais le message est clair : la question n’est plus seulement qui conçoit les meilleures puces, c’est qui contrôle les machines, les sources lumineuses et les procédés qui les fabriquent. Sur ce point, ASML détient encore la meilleure réponse. Les États-Unis ont décidé de commencer à en construire une autre.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que xLight ?

xLight est une startup américaine fondée en 2021, spécialisée dans les lasers d’électrons libres (FEL) pour la fabrication avancée de semi-conducteurs. Elle vise à développer une source lumineuse EUV alternative à la technologie LPP utilisée par ASML.

Combien xLight reçoit-elle de financement public ?

Le Département du Commerce des États-Unis et le NIST ont finalisé une aide de 150 millions de dollars dans le cadre du CHIPS and Science Act pour soutenir la construction d’un prototype FEL à Albany NanoTech Complex d’ici 2028.

xLight va-t-elle remplacer ASML ?

Pas à court terme. ASML reste le seul fabricant en volume de scanners EUV commerciaux. xLight cherche à développer une source lumineuse alternative, une pièce critique mais pas un système complet prêt à remplacer les machines néerlandaises.

Pourquoi la source EUV est-elle aussi importante ?

Sa puissance et sa stabilité déterminent directement la productivité des scanners. Plus de puissance EUV signifie plus de wafers traités par heure et un coût par puce plus bas, ce qui impacte toute la chaîne jusqu’aux GPU et aux serveurs IA.

Source : xLight

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