Les clôtures solaires cessent d’être une rareté : lorsqu’un panneau rivalise avec une brique

Les clôtures solaires cessent d’être une rareté : lorsqu’un panneau rivalise avec une brique

L’image semble conçue pour circuler sur les réseaux sociaux : une clôture faite de panneaux solaires verticaux qui, au-delà de clôturer une propriété, produit également de l’électricité. Mais derrière cette anecdote se cache un signal économique plus profond. En Europe, on commence à voir apparaître des solutions qui transforment clôtures, limites, zones agricoles, parkings ou périmètres industriels en surfaces photovoltaïques. Et l’explication ne réside pas uniquement dans la durabilité, mais aussi dans le prix.

Depuis des décennies, la logique photovoltaïque était assez simple : orienter les panneaux vers le soleil, les incliner à l’angle optimal, et maximiser la production sur chaque mètre carré. Installer des modules entièrement verticaux semblait être une mauvaise idée d’un point de vue technique, car cela entraînait une perte de rayonnement direct capté par rapport à une installation inclinée sur un toit ou au sol.

Ce raisonnement reste valable si l’on ne regarde que l’efficacité maximale du panneau. Mais l’économie de l’énergie solaire a tant évolué que la question n’est plus toujours « combien ce module produit-il dans des conditions optimales ? », mais plutôt « quel est le coût de cette surface et quel retour sur investissement génère-t-elle face à une alternative passive ? ». Dans cette démarche, une clôture solaire commence à concurrencer des matériaux classiques qui ne produisent rien.

Quand le panneau passe d’un équipement énergétique à un matériau de construction

La chute du coût des modules photovoltaïques a été l’un des grands changements industriels de la dernière décennie. L’Agence Internationale de l’Énergie a indiqué que les prix des modules solaires ont fortement baissé en raison de l’augmentation des stocks, de la surcapacité et de la concurrence entre fabricants. Bruegel a également documenté comment la baisse du polysilicium et la pression de la production chinoise ont poussé les prix des panneaux à des niveaux historiques bas en 2023 et 2024.

Ce contexte explique pourquoi il devient pertinent de parler de « solar-as-building-material », l’énergie solaire comme matériau de construction. Si un promoteur, une usine ou une exploitation agricole doit ériger une clôture, la comparaison ne se limite plus uniquement aux briques contre le métal ou le bois. Elle ajoute une quatrième option : une structure équipée de modules photovoltaïques bifaciaux, capables de capter la lumière des deux côtés et de générer des revenus ou des économies énergétiques pendant des années.

L’idée n’est pas purement théorique. Des entreprises comme Next2Sun commercialisent des clôtures solaires verticales avec des modules bifaciaux pour résidences, commerces et applications agricoles. Hydro a annoncé en 2022 la construction d’une clôture solaire dans son usine d’extrusion à Offenburg, en Allemagne, équipée de panneaux photovoltaïques des deux côtés, avec une production annuelle estimée à 85 MWh. Au Royaume-Uni, certains fournisseurs proposent également des kits ou systèmes de montage pour panneaux sur clôtures, principalement destinés aux habitations et petites installations.

L’aspect financier clé réside dans la différence entre un actif passif et un actif productif. Un mur traditionnel remplit une fonction : délimiter, protéger ou séparer. Une clôture solaire remplit cette même fonction, mais produit également de l’électricité. Même si le module vertical n’atteint pas le rendement optimal d’un toit bien orienté, il peut réduire la facture, couvrir des consommations proches ou générer des revenus en fonction du cadre réglementaire de chaque pays.

La verticalité n’est pas toujours un défaut

Installer des panneaux à 90 degrés réduit la captation directe pendant de nombreuses heures de la journée, mais ne rend pas l’installation inutilisable pour autant. Les modules bifaciaux changent la donne puisqu’ils exploitent la lumière des deux faces et peuvent mieux performer à certains moments par rapport à une installation traditionnelle orientée au sud.

Dans des configurations verticales est-ouest, la production tend à se répartir davantage entre le matin et l’après-midi. Cela peut s’avérer intéressant sur certains marchés où la valeur de l’électricité ne dépend pas uniquement de la quantité produite annuellement, mais aussi du moment de la production. Une installation générant un peu moins d’énergie en total, mais plus lors des heures de forte consommation ou à meilleur prix, peut présenter un profil économique attractif.

Le Fraunhofer ISE indique dans ses rapports sur la photovoltaïque en Allemagne que les modules bifaciaux verticaux en orientation est-ouest peuvent fournir davantage d’électricité le matin et le soir, en réduisant le pic de midi, typique des installations orientées plein sud. L’Agence Internationale de l’Énergie, dans son rapport technique sur les modules bifaciaux, a également documenté que les systèmes verticaux est-ouest présentent des gains bifaciaux élevés dans certaines conditions.

Cela ne signifie pas qu’une clôture solaire est toujours préférable à une installation en toiture. Ce n’est pas le cas. Une toiture bien orientée reste souvent plus logique pour beaucoup de bâtiments. Mais la clôture solaire utilise une surface qui existait déjà ou qu’il fallait de toute façon construire. Le changement réside dans le fait qu’elle ne concurrence pas forcément l’espace solaire idéal, mais plutôt un espace qui auparavant ne générait pas de retour sur investissement.

Type de clôture Coût initial Production d’énergie Retour économique Quand cela peut avoir du sens
Mur en briques ou blocs Moyen/élevé Aucune Nul Clôtures permanentes à forte résistance structurale
Clôture métallique conventionnelle Moyen Aucune Nul Périmètres industriels, agricoles ou temporaires
Clôture en bois ou composite Aucune Nul Usage résidentiel ou esthétique
Clôture solaire monofaciale Élevé/moyen selon l’installation Modérée/faible en vertical Économies d’électricité partielles Espaces bien orientés avec consommation proche
Clôture solaire bifaciale Modéré/élevé, avec tendance à la baisse Meilleure répartition matin/soir Économies ou revenus sur plusieurs années Fermes, industries, parkings, exploitations agricoles et périmètres avec exposition solaire

Il ne faut pas tout accepter : permis, réseau, orientation et vandalisme

La tendance a du sens, mais il faut éviter de céder à un engouement trop facile. Une clôture solaire ne consiste pas simplement à remplacer des briques par des panneaux. Il faut concevoir la fondation, la structure, le câblage, les onduleurs, les protections, l’entretien, la connexion électrique, les assurances et les mesures contre les impacts ou le vandalisme. Dans les zones exposées au vent, la structure peut devenir coûteuse. Dans les espaces publics, le risque de casse ou de manipulation doit aussi être considéré.

Le cadre réglementaire est également crucial. Dans certains pays, la compensation des surplus, les permis d’urbanisme, la connexion au réseau ou les aides peuvent rendre le retour sur investissement plus attractif. Dans d’autres, la bureaucratie peut retarder le projet ou diminuer son intérêt économique. Le prix de l’électricité joue aussi un rôle : plus l’énergie achetée au réseau est chère, plus la consommation autoconsommée générée par la clôture a de la valeur.

L’orientation de la clôture est un autre point clé. Un clôture déjà délimitée par des limites de parcelle n’a pas toujours la meilleure orientation. Parfois, elle produira surtout le matin et le soir ; d’autres fois, elle sera ombragée par des bâtiments, arbres ou machines. L’installation n’a de sens que si l’étude technique montre une production raisonnable et si cette énergie peut être exploitée.

Il faut également considérer la durée de vie. Un panneau solaire peut durer des décennies, mais nécessite une installation électrique correcte, des onduleurs avec maintenance ou remplacement, un nettoyage occasionnel et une surveillance. Une brique ne génère pas de revenus, mais ne requiert pas d’électronique. La comparaison doit donc se faire sur le coût total de possession, pas uniquement sur le prix d’achat.

Malgré tout, le changement de fond est difficile à ignorer. La photovoltaïque est devenue si abordable qu’elle sort de la toiture ou du parc solaire pour investir des surfaces auparavant considérées comme secondaires : façades, barrières acoustiques, marquises, clôtures, talus ou limites agricoles. L’innovation ne réside pas seulement dans l’amélioration des cellules solaires, mais aussi dans leur utilisation dans des endroits où cela semblait auparavant peu rentable.

Les clôtures solaires illustrent une transition intéressante : l’énergie cesse d’être une installation supplémentaire pour se fondre dans la construction. Lorsqu’un matériau peut à la fois assurer une fonction physique et produire de l’électricité, le calcul économique doit évoluer. La brique conservera une place, mais dans de nombreux périmètres industriels, agricoles ou résidentiels, elle ne sera plus seulement un matériau de clôture, mais une composante pouvant aussi générer un certain retour sur investissement.

Questions fréquentes

Une clôture solaire produit-elle moins qu’un panneau en toiture ?
Souvent oui, si l’on compare à une toiture bien orientée et inclinée. Mais une clôture solaire exploite une surface qui ne produisait pas d’électricité auparavant, et peut avoir de la valeur en réduisant la consommation ou en générant des revenus.

Pourquoi utiliser des modules bifaciaux pour les clôtures solaires ?
Parce qu’ils captent la lumière des deux faces. En installation verticale, ils peuvent exploiter le soleil du matin et du soir, ainsi que la lumière réfléchie par le sol ou surfaces environnantes.

Construire avec des panneaux solaires est-il toujours moins cher que des briques ?
Pas nécessairement. Cela dépend du pays, de la main d’œuvre, de la structure, des permis, de la connexion électrique, de l’orientation, du prix de l’énergie et du type de clôture. L’avantage se voit lorsqu’on compare le coût total avec le retour énergétique.

Où est-il plus pertinent d’installer une clôture solaire ?
Dans l’industrie, l’agriculture, les parkings, les périmètres d’entreprises, ou sur des propriétés résidentielles bien exposées au soleil, là où une clôture est déjà nécessaire et où la consommation électrique est proche.

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