SpaceX, Apple, Malaisie : trois paris différents pour maîtriser la chaîne des puces

Le marché du back-end des puces croît avec le conditionnement avancé

L’industrie des semi-conducteurs trace une nouvelle géopolitique technologique : produire plus de puces ne suffit plus, il faut contrôler la chaîne complète. SpaceX veut construire Terafab au Texas, une installation propre à 55 milliards de dollars. Apple explore des alternatives à TSMC avec Intel et Samsung. La Malaisie cherche à monter en gamme vers la conception de circuits, mais une enquête anticorruption entoure son accord avec Arm. Trois actualités distinctes, une même logique : la puce est devenue une ressource stratégique, et tout acteur qui en dépend cherche à sécuriser son accès.

Ces puces alimentent les voitures autonomes, les satellites, les centres de données IA, les robots, la défense et les services numériques. La chaîne mondiale qui fonctionnait efficacement quelques années – conception ici, fabrication là, emballage en Asie, vente partout – vacille sous la pression des tensions américano-chinoises, de la concentration de la fabrication avancée à Taïwan et des exigences de l’IA. L’enjeu n’est plus seulement le coût ; c’est l’accès, le contrôle et la résilience.

SpaceX vise sa propre mégafab de chips au Texas

SpaceX a présenté Terafab, une installation de fabrication de semi-conducteurs dans le comté de Grimes, à environ 110 kilomètres au nord-ouest de Houston. L’investissement initial envisagé est de 55 milliards de dollars, pouvant atteindre 119 milliards si toutes les phases du projet se réalisent. Terafab utiliserait la technologie de procédé Intel 14A, plaçant Intel au cœur d’une initiative industrielle hors normes.

Ce projet, également lié à Tesla, vise à produire des puces pour les systèmes de conduite autonome, la constellation de satellites Starlink, les robots humanoïdes, les centres de données IA et les infrastructures spatiales futures. SpaceX l’indique clairement dans ses documents liés à son introduction en bourse : l’accès aux puces IA constitue un risque majeur pour ses plans. La société n’a pas de contrats à long terme avec de nombreux fournisseurs, et ses besoins hardware dépassent ce que le marché peut fournir facilement. Fabriquer en interne devient logique, même si les défis techniques, énergétiques et financiers sont colossaux.

Le comté de Grimes a approuvé des incitations fiscales et la désignation d’une zone de réinvestissement pour ce projet, malgré une opposition locale. Certains résidents s’inquiètent de l’impact environnemental, de la pression sur l’eau et l’énergie et des bouleversements qu’une telle installation impose en zone rurale. La tension entre emplois et infrastructures publiques mobilisées par des projets tech géants n’est pas propre au Texas : l’Europe affronte le même débat avec ses gigafactories d’IA.

Si Terafab se concrétise, ce sera un signal que les grands acteurs technologiques ne veulent plus seulement acheter des puces : ils veulent les concevoir et les produire dans une chaîne plus contrôlée. La verticalisation revient en force, non par nostalgie industrielle, mais parce que l’IA a transformé la puce en ressource rare et stratégique.

Apple explore Intel et Samsung pour réduire sa dépendance à TSMC

Apple agit, mais avec plus de prudence. La société a entamé des discussions préliminaires avec Intel et Samsung pour envisager la fabrication, aux États-Unis, d’une partie de ses processeurs principaux. Pas de commandes formelles, pas d’accords définitifs, mais le fait qu’Apple explore ces options est déjà significatif.

Pendant dix ans, la dépendance à TSMC a été une force : les puces A et M d’Apple ont bénéficié du savoir-faire du groupe taïwanais, alliant performance, efficacité et échelle difficile à égaler. Mais cette dépendance comporte des risques réels : toute tension géopolitique ou limitation de capacité à Taïwan peut impacter toute la chaîne de production. Samsung construit une usine avancée à Taylor, Texas, qu’Apple aurait visitée. Intel avance ses processus 18A-P comme option pour des clients voulant produire aux États-Unis.

Apple ne changera pas de partenaire pour des raisons purement politiques : ses critères restent la performance, le rendement, le coût et la capacité à répondre à ses volumes, que TSMC continue de satisfaire largement. Ces discussions ont aussi une dimension négociatrice : Apple envoie un signal à TSMC que l’exclusivité n’est pas garantie, au moment où NVIDIA est devenu un client clé pour TSMC et modifie les équilibres. La réorganisation des chaînes de fabrication est généralisée, d’Infineon qui quitte Tijuana aux grandes fonderies qui redéfinissent leurs priorités.

Pour Intel Foundry, un contrat avec Apple serait une validation majeure de sa stratégie. Pour Samsung, ce serait regagner du terrain auprès d’un client important. Une modification de 20 % des plaques vers ces acteurs aurait un impact industriel et financier considérable.

La Malaisie monte en gamme, mais l’accord avec Arm est sous enquête

La Commission anticorruption malaisienne a identifié deux personnes dans le cadre d’une enquête sur un accord de 1,1 milliard de ringgits malaisiens avec Arm Holdings. La décision finale appartient au parquet, qui doit examiner preuves et témoignages avant de statuer.

Cet accord devait permettre à la Malaisie d’accéder à des licences de conception de circuits intégrés pour renforcer ses capacités locales en design, en sortant du rôle de simple assembleur et testeur où elle est bien positionnée mais où la valeur ajoutée reste limitée. Le ministre de l’Investissement, Johari Abdul Ghani, a indiqué lors du SEMICON Southeast Asia 2026 que la Malaisie avait obtenu 25 licences de conception de base et sept licences avancées auprès d’Arm, dont certaines attribuées à des entreprises locales.

Le projet a du sens. La Malaisie veut dépasser son image de simple usine backend pour entrer dans la conception, le packaging avancé et l’innovation. Mais une politique industrielle de cette ampleur exige une gouvernance solide. Des doutes sur la transparence ou l’utilisation des ressources peuvent compromettre la crédibilité du projet et les futurs accords avec des acteurs internationaux. L’Asie du Sud-Est attire de plus en plus les entreprises qui diversifient leurs chaînes en dehors de la Chine, et comme l’Europe avec son Chips Act 2.0, la région cherche à convertir ses atouts en capacités endogènes.

SpaceX veut produire pour ne pas dépendre. Apple cherche des options pour réduire son risque. La Malaisie vise à monter en gamme pour échapper aux phases peu valorisées. L’industrie des puces entre dans une phase où l’efficacité globale de la chaîne ne suffit plus. La souveraineté technologique, l’accès au capital, la maîtrise énergétique et la confiance institutionnelle sont désormais aussi importants que le procédé de fabrication.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Terafab, le projet de SpaceX au Texas ?

Terafab est une installation proposée par SpaceX dans le comté de Grimes (Texas) pour fabriquer des semi-conducteurs et développer une infrastructure de calcul avancé. L’investissement prévu est de 55 milliards de dollars, pouvant atteindre 119 milliards en phases ultérieures, avec la technologie Intel 14A.

Pourquoi Apple discute-t-elle avec Intel et Samsung alors qu’elle travaille déjà avec TSMC ?

Pour réduire sa dépendance à un seul fournisseur et sécuriser son accès aux capacités de fabrication face aux risques géopolitiques liés à Taïwan. Ces discussions sont préliminaires, sans commandes définies ni contrats conclus.

Quel rôle Intel peut-il jouer dans cette nouvelle dynamique ?

Intel tente de renforcer sa division foundry. Un contrat important avec Apple ou le projet Terafab serait une validation majeure de sa stratégie de fabrication pour tiers, après plusieurs années de doutes sur sa compétitivité face à TSMC et Samsung.

Que représente l’enquête malaisienne sur l’accord avec Arm ?

La Commission anticorruption étudie l’accord de 1,1 milliard de ringgits avec Arm Holdings pour des licences de conception de circuits intégrés. Deux personnes ont été ciblées, mais la décision appartient au parquet. L’enquête pourrait fragiliser la stratégie malaisienne de montée en gamme dans la chaîne des semi-conducteurs.

Source : Semiconductors Insight

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