Infineon Technologies retire progressivement sa fabrication backend de son site de Tijuana, au Mexique. L’annonce, faite par la société allemande, précise qu’aucun changement immédiat n’est prévu pour les employés, clients ou fournisseurs : le transfert se déroulera sur plusieurs années, avec maintien de la continuité des livraisons. Infineon évoque également une possible vente du site, afin de préserver une activité industrielle locale. La décision s’inscrit dans une réorganisation du réseau mondial de fabrication visant à améliorer la scalabilité, la productivité et la compétitivité.
Un site historique hérité d’International Rectifier
Le site de Tijuana a été fondé en 1973 par International Rectifier, spécialiste américain des semi-conducteurs de puissance qu’Infineon a racheté en 2015. Il emploie plusieurs centaines de personnes et concentre sa production sur la fabrication backend : découpe de plaquettes, assemblage et tests. Il héberge aussi des services IT et RH pour le groupe.
Le backend reçoit moins d’attention que les grandes usines fronted de plaquettes, mais il est indispensable pour transformer des chips fabriqués en produits prêts à être intégrés dans des véhicules, des systèmes industriels, des dispositifs IoT ou des solutions de gestion de l’énergie. Sur un marché où la demande fluctue selon les régions et les applications, les fabricants cherchent des usines plus efficaces, flexibles et capables d’évoluer rapidement.
George Lee, responsable des opérations backend chez Infineon, a présenté ce réalignement comme une optimisation continue du réseau mondial de fabrication. La société assure qu’elle communiquera à l’avance les étapes de la transition pour garantir la transparence. Le message est clair : pas d’arrêt soudain, mais un transfert graduel sur plusieurs années.
La pression pour produire à plus grande échelle
Ce mouvement suit une tendance plus large dans l’industrie des semi-conducteurs. Les grands fabricants réévaluent leur réseau de production pour équilibrer résilience, coûts et capacité de croissance. La pandémie, les tensions géopolitiques et les restrictions commerciales ont mis en lumière les risques des chaînes d’approvisionnement trop concentrées. Tout comme la course aux mémoires HBM entre la Chine et la Corée le montre, la capacité de production des semi-conducteurs est devenu un enjeu stratégique autant qu’industriel.
La stratégie de fabrication d’Infineon repose sur un modèle hybride : production interne pour les capacités critiques, partenariats OSAT pour les activités où la flexibilité ou le coût prime. Ses principales usines backend pour le marché international se situent aux États-Unis, en Europe et en Asie.
La réorganisation de Tijuana n’est pas un mouvement isolé. En janvier 2025, Infineon a lancé la construction d’une nouvelle usine backend à Samut Prakan, au sud de Bangkok, pour renforcer sa capacité en Asie. Une première phase de production était prévue pour début 2026. Et en 2025-2026, la société a accéléré la vente de son ancien site de Bangkok/Nonthaburi à Malaysian Pacific Industries, en maintenant des accords de fourniture à long terme pour assurer la continuité de l’approvisionnement.
Dans les semi-conducteurs, une installation modeste ou déconnectée de la feuille de route industrielle du groupe perd du poids face à des centres plus automatisés, spécialisés ou intégrés avec de nouvelles capacités. Tijuana se retrouve dans cette situation.
Le Mexique et le nearshoring : une proximité qui ne suffit pas toujours
La décision d’Infineon intervient alors que le Mexique cherche à renforcer son rôle dans la fabrication avancée, porté par la proximité avec les États-Unis. Le nearshoring a transformé le pays en destination attractive pour l’électronique, l’automobile et la logistique. Tijuana montre cependant que la proximité géographique ne compense pas toujours les exigences d’un réseau mondial piloté par la productivité et l’automatisation.
Infineon n’a pas précisé quels sites recevront la production transférée. Elle a simplement indiqué que ses principaux centres backend pour les marchés internationaux se situent aux États-Unis, en Europe et en Asie. L’Europe investit massivement dans sa capacité industrielle tech, notamment pour les semi-conducteurs, avec des programmes publics visant à rapatrier une partie de la chaîne de valeur.
Pour la communauté locale, l’impact dépendra du calendrier, des alternatives industrielles et de la possibilité pour une vente éventuelle de maintenir emploi et activité. Infineon a laissé cette option ouverte sans donner de détails sur les acheteurs ou les conditions.
Le backend : un maillon invisible mais critique
Le cas de Tijuana rappelle que le backend des semi-conducteurs vit lui aussi une phase de concentration et de spécialisation. L’industrie parle souvent de grandes fabs, de nœuds avancés et de chips pour l’IA, mais les opérations d’assemblage, de test, d’encapsulation et de modules de puissance sont tout aussi cruciales pour des marchés comme l’automobile, les énergies renouvelables ou l’infrastructure électrique.
Infineon est l’un des acteurs majeurs mondiaux dans les systèmes de puissance et l’IoT. En septembre 2025, le groupe comptait environ 57 000 employés et réalisait un chiffre d’affaires de 14,7 milliards d’euros lors de l’exercice fiscal 2025. Sa réorganisation industrielle reflète la tension que beaucoup de fabricants partagent : croître dans les secteurs à forte demande, maintenir la résilience régionale, et éviter la dispersion excessive des capacités. Tijuana en fait les frais.
Questions fréquentes
Que va-t-il se passer avec l’usine Infineon de Tijuana ?
Infineon va transférer progressivement la fabrication backend vers d’autres sites au cours des prochaines années. Le site pourrait être mis en vente pour maintenir une activité industrielle locale. Aucun changement immédiat n’a été annoncé pour les employés ou les livraisons.
Que fabrique-t-on dans le site Infineon de Tijuana ?
Le site se spécialise dans les processus backend de semi-conducteurs : découpe de plaquettes, assemblage et tests. Il héberge aussi des services internes IT et RH du groupe.
Pourquoi Infineon réorganise-t-elle sa production ?
L’entreprise vise à améliorer la scalabilité, la productivité et la compétitivité de son réseau mondial. Le modèle hybride (production interne + partenariats OSAT) permet de concentrer les capacités là où elles apportent le plus de valeur.
Où Infineon va-t-elle transférer la production ?
Infineon n’a pas précisé les sites destinataires. Elle mentionne ses principaux centres backend situés aux États-Unis, en Europe et en Asie, avec notamment une nouvelle usine à Samut Prakan, en Thaïlande, dont la première phase de production a démarré en 2026.
Source : Infineon