Le fabricant chinois LONGi a annoncé une efficacité de conversion de 35,5 % pour une cellule solaire tandem en silicium cristallin et pérovskite. Certifiée par l’European Solar Test Installation (ESTI), cette performance établit, selon l’entreprise, un nouveau record pour cette architecture photovoltaïque. Une précision s’impose : il s’agit encore d’une cellule expérimentale, pas d’un panneau vendu dans le commerce.
- LONGi atteint 35,5 % d’efficacité avec une cellule combinant silicium et pérovskite.
- Le résultat est certifié par ESTI, un laboratoire de référence de la Commission européenne.
- La technologie dépasse largement les panneaux commerciaux les plus avancés, autour de 25 %.
- LONGi annonce aussi plus de 30 % sur des cellules et modules de tailles plus importantes.
- Durabilité, fabrication industrielle et coût restent les vrais obstacles avant commercialisation.
LONGi a présenté ce résultat le 14 juillet, lors de la Solar and Energy Storage Innovation Conference 2026. Selon l’entreprise, la cellule a été développée par son institut de recherche central, améliorant son précédent record de 35,2 %, communiqué quelques mois plus tôt.
La certification ESTI apporte une validation indépendante. Ce laboratoire, rattaché au Centre commun de recherche de la Commission européenne, calibre et vérifie la performance électrique et la longue tenue des dispositifs photovoltaïques. Ça ne veut pas dire que la cellule est prête à la vente, mais ça permet de comparer ses performances à d’autres résultats obtenus dans des conditions contrôlées.
Comment fonctionne une cellule silicium/pérovskite
Les panneaux solaires classiques utilisent des cellules en silicium à jonction unique. Elles transforment une partie du rayonnement solaire en électricité, mais perdent en route : un seul matériau ne capte jamais toutes les longueurs d’onde de la lumière.
Les cellules tandem réduisent ces pertes en combinant deux matériaux. La couche supérieure de pérovskite capte une partie du spectre solaire, la cellule en silicium en dessous exploite d’autres longueurs d’onde. En répartissant le travail entre les deux couches, le dispositif dépasse le plafond pratique des cellules à jonction unique, plafonné théoriquement autour de 33,5 % (la limite de Shockley-Queisser).
LONGi estime que les cellules tandem silicium/pérovskite pourraient théoriquement atteindre près de 43 % d’efficacité. Les 35,5 % annoncés restent loin de ce plafond, mais dépassent largement les produits photovoltaïques commercialisés aujourd’hui, dont l’efficacité avoisine 25 % dans leur version la plus avancée, selon l’Administration de l’énergie des États-Unis. Des cellules expérimentales réservées aux satellites frisent les 50 %, mais avec des matériaux trop coûteux pour une installation de toiture ou une centrale solaire classique.
Il faut aussi distinguer cellule et module. L’efficacité d’une cellule mesure sa performance isolée, tandis qu’un module complet ajoute connexions, encapsulant, verre et espaces entre cellules, ce qui fait généralement baisser le rendement par rapport à la cellule seule.
Du laboratoire à la fabrication industrielle
LONGi progresse par paliers depuis plusieurs années sur cette technologie : 33,9 % en novembre 2023, 34,6 % en juin 2024, puis 34,85 %, 35,2 % et désormais 35,5 %.
Ce dernier résultat, mesuré sur une cellule d’environ un centimètre carré par le Laboratoire national des énergies renouvelables (NREL) américain, figure désormais dans les tableaux internationaux d’efficience solaire coordonnés par le chercheur Martin Green, qui recensent les dispositifs photovoltaïques expérimentaux les plus performants validés par des laboratoires indépendants.
La taille de la cellule compte, car beaucoup de records viennent de petites cellules fabriquées selon des procédés difficiles à reproduire à grande échelle. Plus la surface augmente, plus il devient complexe de garder une couche uniforme, d’éviter les défauts et de maintenir le rendement partout. LONGi revendique 34,3 % sur une cellule de 261 cm² et 32,2 % sur une autre de 274 cm², des tailles bien plus proches de la fabrication de panneaux commerciaux qu’un petit échantillon de laboratoire. L’entreprise annonce aussi 31,4 % et 29,4 % sur des modules tandem certifiés par des organismes extérieurs, des chiffres plus représentatifs de ce qu’un futur produit pourrait offrir, même si aucune date de lancement ni prix de production en masse n’a été communiqué.
Un record ne garantit pas une commercialisation immédiate
La pérovskite a progressé vite depuis ses premières applications solaires, mais doit encore régler plusieurs problèmes avant de concurrencer massivement le silicium. Le premier concerne la stabilité : ces matériaux se dégradent au contact de l’humidité, de l’oxygène, de la chaleur, des rayons ultraviolets et des cycles thermiques répétés. Un panneau commercial doit tenir la performance pendant plusieurs décennies et résister à des tests d’usure exigeants.
La fabrication à grande échelle pose aussi problème. Déposer une couche uniforme de pérovskite sur des cellules en silicium demande un contrôle précis, et ce qui marche en laboratoire perd souvent de son rendement dès qu’il s’agit de traiter de grandes plaquettes ou de produire des milliers d’unités par heure. Le Département de l’Énergie américain reconnaît les progrès des cellules tandem pérovskite/silicium, tout en rappelant que la technologie n’est pas encore fabriquée à grande échelle. La pression chinoise sur les chaînes de semi-conducteurs observée dans d’autres secteurs pourrait aussi peser sur la façon dont cette technologie se diffuse hors de Chine.
Autre point sensible : certaines pérovskites contiennent de petites quantités de plomb. Les fabricants travaillent sur des encapsulants, des procédés de recyclage et des formules alternatives pour éviter toute libération de matériau en cas de casse ou de fin de vie d’un panneau.
Résoudre ces problèmes ouvrirait tout le potentiel de la technologie : plus de puissance sur une toiture restreinte, un meilleur usage de l’espace d’un parc solaire, et des coûts de structure, de câblage et de terrain répartis sur un rendement supérieur. Mais le prix final reste décisif. Une cellule à 35 % ne remplacera pas forcément une cellule à 25 % si sa fabrication coûte trop cher, si elle se dégrade trop vite, ou si elle exige de revoir entièrement les lignes industrielles. L’Union européenne, qui vient d’approuver 659 millions d’euros pour quatre usines de puces en Allemagne, mesure bien cet enjeu industriel : produire en masse compte autant que battre un record en laboratoire.
Questions fréquentes
Quelle efficacité atteint la nouvelle cellule solaire de LONGi ?
35,5 % pour une cellule tandem en silicium cristallin et pérovskite, certifiée par l’European Solar Test Installation.
Peut-on déjà acheter un panneau avec cette efficacité ?
Non. Ce chiffre concerne une cellule expérimentale. LONGi n’a communiqué aucun calendrier de commercialisation ; ses modules tandem certifiés affichent des efficacités plus basses, mais tout de même supérieures aux panneaux commerciaux actuels.
Pourquoi les cellules tandem sont-elles plus efficaces ?
Elles combinent des matériaux qui absorbent des parties différentes du spectre solaire. La pérovskite capte une portion de la lumière, le silicium une autre, ce qui réduit les pertes propres aux cellules à jonction unique.
Qu’est-ce qui bloque la fabrication à grande échelle ?
La durabilité de la pérovskite, la production uniforme sur de grandes surfaces, le coût, l’encapsulation et la stabilité de la performance sur plusieurs décennies.
D’où vient cette information ?
De l’annonce officielle de LONGi lors de la Solar and Energy Storage Innovation Conference 2026, avec certification indépendante par ESTI et le NREL américain.