Palo Alto Networks a annoncé le rachat d’Embrace, spécialiste du Real User Monitoring (RUM), pour élargir sa plateforme d’observabilité. Dans la foulée, l’entreprise a dévoilé Synthetics, une fonction qui simule l’usage des applications pour repérer les problèmes de performance avant qu’ils ne touchent clients ou employés.

L’observabilité compte parmi les segments qui progressent le plus vite dans le logiciel d’entreprise. Savoir qu’un serveur tourne ou combien consomme une base de données ne suffit plus : il faut aussi vérifier qu’une application répond correctement, mesurer le temps de chargement d’une page, ou détecter qu’un utilisateur rencontre des erreurs alors que l’infrastructure semble en parfait état.

C’est exactement le problème que Palo Alto Networks vise avec cette opération. Connue d’abord pour ses solutions de cybersécurité, l’entreprise étend sa plateforme d’observabilité depuis le rachat de Chronosphere début 2026, et y ajoute désormais des capacités tournées vers la mesure de l’expérience numérique.

Voir l’application du point de vue de l’utilisateur

La technologie Real User Monitoring d’Embrace occupe le cœur de l’annonce. Contrairement aux outils qui se limitent aux serveurs ou aux applications, le RUM collecte des données sur ce qui se passe vraiment sur l’appareil de l’utilisateur pendant qu’il s’en sert : temps de chargement, blocages, fermetures inopinées, latence, consommation de ressources, ou problèmes qui n’apparaissent que sur certains réseaux, modèles d’appareils ou versions de système.

Cette approche compte particulièrement pour les applications mobiles et les plateformes distribuées, où deux utilisateurs peuvent vivre des expériences totalement différentes sur le même service. Les données collectées permettent de relier un incident signalé par un utilisateur à ce qui se passait au même moment dans l’infrastructure, les microservices ou les bases de données. Palo Alto Networks prévoit d’intégrer ces données à sa plateforme d’observabilité pour que les équipes d’exploitation n’aient plus besoin de jongler entre plusieurs outils lors d’un incident.

Synthetics : détecter le problème avant le client

La seconde nouveauté, Synthetics, joue un rôle complémentaire. Là où le RUM analyse l’expérience des utilisateurs réels, les tests synthétiques exécutent automatiquement des actions programmées pour vérifier qu’une application fonctionne. Une plateforme peut ainsi simuler toutes les quelques minutes une connexion complète, une recherche, un ajout au panier ou un achat finalisé. Si l’une de ces étapes échoue, le système déclenche une alerte avant même qu’un client ne tente la même opération.

Palo Alto Networks précise que ces tests s’exécuteront depuis plusieurs points du globe, via l’infrastructure développée par son équipe Autonomous Digital Experience Management (ADEM). Cela permet de repérer des incidents qui n’apparaissent que depuis certains pays, fournisseurs d’accès ou régions cloud : une application peut tourner sans problème depuis le centre de données qui l’héberge, tout en affichant des temps de réponse élevés pour des utilisateurs situés à des milliers de kilomètres.

De l’observabilité classique à l’expérience digitale

Avec Embrace et Synthetics, Palo Alto Networks veut élargir la portée de sa plateforme. Jusqu’ici, ces outils se concentraient surtout sur les métriques d’infrastructure, les logs et les traces, utiles pour repérer les goulets d’étranglement techniques. L’entreprise ajoute désormais une couche supplémentaire : l’expérience perçue par l’utilisateur.

Un serveur peut afficher une consommation CPU normale et une base de données répondre dans les temps, alors qu’une mise à jour mobile provoque des blocages uniquement sur certains téléphones. Relier ces deux mondes réduit le temps nécessaire pour localiser la source d’un problème : les équipes examinent toutes les informations depuis une plateforme unique, plutôt que d’analyser séparément infrastructure et retours utilisateurs.

L’IA s’invite dans la résolution automatique

Ces nouvelles capacités s’intégreront à Cortex AgentiX, la plateforme d’agents IA de Palo Alto Networks, dans la même logique que CodeMender de Google, qui détecte et corrige lui-même des vulnérabilités logicielles. Selon Lee Klarich, directeur de la Stratégie Produit et Technique de la société, l’objectif dépasse la simple détection : il s’agit d’automatiser une partie de la résolution des incidents.

La société envisage un scénario où la plateforme identifie un problème de performance, localise son origine et propose, voire exécute via des agents IA, des actions correctives. Le communiqué ne précise toutefois pas si l’ensemble de ces fonctions sera disponible immédiatement pour les clients.

Un marché de plus en plus stratégique

Le rachat d’Embrace confirme que l’observabilité devient un enjeu central pour les grands acteurs tech. Datadog, Dynatrace, New Relic, Splunk, Grafana Labs ou Elastic ont déjà élargi leurs plateformes pour offrir une vision unifiée de l’infrastructure, des applications et de l’expérience digitale. Palo Alto Networks avait déjà renforcé cette stratégie avec Chronosphere en janvier 2026, et prépare depuis des capacités d’observabilité avancées pour les environnements cloud-native, dans la continuité du rapprochement entre Cato Networks et CrowdStrike qui pousse aussi vers une sécurité unifiée.

Selon l’entreprise, sa plateforme dépasse déjà 300 millions de dollars de revenus récurrents annuels (ARR) et a été reconnue par Gartner comme leader de l’observabilité trois années de suite. Le rachat d’Embrace prolonge cette dynamique avec une technologie particulièrement adaptée aux applications mobiles et aux services distribués modernes.

L’opération reste soumise à l’approbation des régulateurs et aux conditions de clôture habituelles. Palo Alto Networks prévoit de finaliser l’achat durant le premier trimestre de l’exercice fiscal 2027, sans révéler le montant de la transaction. Au-delà de cette opération, l’annonce reflète une tendance de fond : la convergence entre observabilité, opérations, intelligence artificielle et automatisation. Les plateformes ne cherchent plus seulement à repérer les défaillances, mais à fournir assez de contexte pour identifier la cause, prioriser les incidents et lancer des actions correctives avant que l’utilisateur ne perçoive le problème.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’Embrace ?

Une entreprise spécialisée dans le Real User Monitoring (RUM), une technologie qui analyse l’expérience réelle des utilisateurs sur des applications mobiles et d’autres services numériques.

Que fait Synthetics ?

Elle exécute des tests automatiques sur les applications depuis différentes localisations pour détecter des problèmes de disponibilité ou de performance avant qu’ils n’affectent les utilisateurs.

Qu’est-ce que l’observabilité ?

L’ensemble des outils qui collectent métriques, logs, traces et autres données pour comprendre le fonctionnement des applications et de l’infrastructure informatique.

Quand l’acquisition sera-t-elle finalisée ?

Palo Alto Networks prévoit d’achéver l’opération au premier trimestre de l’exercice fiscal 2027, sous réserve des approbations réglementaires nécessaires.

Quel poids représente l’observabilité pour Palo Alto Networks ?

La plateforme dépasse déjà 300 millions de dollars de revenus récurrents annuels et a été classée leader par Gartner trois années consécutives.