La Corée du Sud prépare une usine d’IA avec 100 000 GPU de NVIDIA

La Corée du Sud prépare une usine d'IA avec 100 000 GPU de NVIDIA

La Corée du Sud muscle ses accords avec NVIDIA sur presque toute la chaîne de l’IA : centres de données, semi-conducteurs, mémoire HBM4, modèles en coréen, robotique, véhicules autonomes et formation de chercheurs. Le projet le plus visible reste l’extension de l’usine d’IA de NAVER à Sejong, portée à 200 MW, soit l’équivalent d’environ 100 000 GPU de nouvelle génération.

Les clés de la coopération Corée du Sud – NVIDIA

  • NAVER, Brookfield et NVIDIA étendent à 200 MW leur usine d’IA du centre de données GAK Sejong.
  • L’infrastructure tournera sur Vera Rubin, l’équivalent d’environ 100 000 GPU.
  • Le groupe SK déploiera des systèmes NVIDIA alimentés par la mémoire HBM4 de SK hynix.
  • Hyundai travaille sur la robotique, les usines intelligentes et la conduite autonome.
  • NVIDIA et KAIST ouvrent un laboratoire commun sur l’IA agentique adaptée au coréen.

Les annonces sont tombées lors d’un sommet à San Francisco, en présence du président sud-coréen Lee Jae-myung et du CEO de NVIDIA Jensen Huang. Autour de la table : Samsung Electronics, SK Group, Hyundai Motor Group, NAVER, mais aussi des dirigeants d’OpenAI, Anthropic et Broadcom. Le message est clair : la Corée du Sud veut transformer ses positions en mémoire, électronique, automobile et télécoms en un rôle central dans la chaîne mondiale de l’IA.

L’ambition dépasse l’achat de GPU. Séoul veut construire sa propre capacité de calcul, sécuriser l’approvisionnement en composants, entraîner des modèles adaptés à sa langue et déployer l’IA dans ses usines, ses véhicules, ses robots et ses services publics, une trajectoire proche de celle que suit Wistron avec sa nouvelle usine texane pour NVIDIA.

NAVER triple son projet et vise 200 MW

NAVER, Brookfield et NVIDIA agrandissent l’usine d’IA installée au centre de données GAK Sejong, l’un des principaux complexes technologiques du groupe sud-coréen. Le projet atteindra environ 200 MW, plus de trois fois la capacité annoncée en juin. NVIDIA évalue cette capacité à l’équivalent de 100 000 GPU, même si la configuration finale dépendra des racks, de la consommation des systèmes et du calendrier de construction.

L’infrastructure reposera sur NVIDIA Vera Rubin, la plateforme qui succède à Blackwell et combine accélérateurs, processeurs, réseaux et mémoire à large bande passante. Une installation de cette taille ne se résume pas à un centre de données classique : une usine d’IA transforme de grandes quantités d’électricité et de données en entraînement, ajustement et inférence de modèles, ce qui suppose des réseaux à faible latence, du stockage haute performance, un refroidissement avancé et des logiciels capables de coordonner des dizaines de milliers d’accélérateurs.

NAVER utilisera cette capacité pour ses propres modèles, son moteur de recherche, son cloud et ses applications d’entreprise, mais le projet doit aussi fournir de l’infrastructure aux entreprises sud-coréennes incapables de construire seules des clusters de cette taille.

SK apporte la mémoire HBM4 et muscle son alliance avec NVIDIA

Le groupe SK étend lui aussi sa collaboration avec NVIDIA pour déployer une infrastructure basée sur Vera Rubin et la mémoire HBM4 de SK hynix. Cette mémoire à large bande passante est devenue un composant clé des accélérateurs IA : la vitesse de transfert entre mémoire et processeur peut brider les performances, même quand la puissance de calcul suffit.

SK hynix occupe une position de leader sur ce marché, fournisseur historique de HBM pour NVIDIA et d’autres fabricants d’accélérateurs. La future HBM4 augmentera le débit et changera une partie de l’architecture de connexion entre mémoire et processeur. NVIDIA évalue cette alliance à plus de 500 milliards de dollars, un chiffre qui correspond à la valeur potentielle des activités envisagées sur plusieurs années, pas à un contrat immédiat, comme pour l’alliance à 500 milliards signée entre NVIDIA et SK.

L’accord ne se limite pas à la mémoire. SK Telecom veut développer des capacités de calcul pour les entreprises, la robotique et l’IA physique, tandis que d’autres branches du groupe pourraient intervenir sur l’énergie, les centres de données et la connectivité. Cette intégration illustre un atout sud-coréen rare : fabricants de mémoire, opérateurs télécoms, conglomérats industriels et entreprises internet capables de collaborer sur un même déploiement.

PartenaireDomaine de collaboration
NAVERUsines d’IA, cloud et modèles
SK hynixMémoire HBM4
SK TelecomInfrastructure informatique et IA
Hyundai Motor GroupRobotique, usines et conduite autonome
KAISTRecherche en IA agentique
Université nationale de SéoulModèles fondamentaux, sciences et IA physique

Hyundai pousse l’IA dans ses usines et ses véhicules

Hyundai Motor Group a présenté sa stratégie d’IA physique, des systèmes qui perçoivent leur environnement, décident et agissent via des robots, véhicules ou machines industrielles. Le constructeur travaillera avec NVIDIA sur une plateforme de référence pour robots et prévoit de déployer 50 000 GPU Blackwell.

Ces capacités serviront à entraîner des modèles de robotique, créer des jumeaux numériques, simuler des usines et affiner les systèmes autonomes avant leur mise en service réelle. La collaboration inclut aussi NVIDIA DRIVE Hyperion sur les plateformes automobiles de Hyundai, qui combine ordinateurs embarqués, capteurs et le système DriveOS pour développer la conduite automatisée. Rien n’indique que tous les véhicules Hyundai adopteront une conduite autonome avancée à court terme : il s’agit d’une plateforme de développement pour étudier, entraîner et valider les futurs systèmes. Pour NVIDIA, l’automobile et la robotique prolongent naturellement son activité dans les centres de données, les modèles s’y entraînent avant d’être testés en simulateur, puis déployés sur des ordinateurs embarqués.

KAIST et NVIDIA travaillent sur des agents adaptés au coréen

NVIDIA et le KAIST (Institut national de la science et de la technologie de Corée) créent un laboratoire conjoint dédié à l’IA agentique, installé à la Graduate School of AI Kim Jaechul de Séoul. L’équipe travaillera sur des modèles et systèmes adaptés à la langue coréenne et aux besoins de l’industrie locale.

L’IA agentique vise des systèmes capables de planifier des tâches, utiliser des outils, consulter des informations et agir avec une autonomie limitée, ce qui pose, dans un contexte industriel, des questions de précision, de permissions, de sécurité et de supervision humaine. Le laboratoire s’appuiera sur les modèles ouverts NVIDIA Nemotron et sur la capacité de calcul fournie par les partenaires du NVIDIA AI Cloud, avec un financement pluriannuel et des programmes de formation pour les chercheurs sud-coréens.

KAIST et NVIDIA préparent aussi un centre dédié à l’IA physique au sein du département de génie mécanique. De son côté, l’Université nationale de Séoul monte un centre collaboratif sur les modèles fondamentaux, le calcul accéléré et l’IA scientifique, avec Nemotron et NVIDIA Cosmos parmi les technologies envisagées.

La Corée du Sud veut couvrir toute la chaîne de l’IA

La stratégie portée par le président Lee Jae-myung cherche à faire de la Corée du Sud un fournisseur majeur de l’infrastructure mondiale d’IA. Le pays part avec des atouts difficiles à copier : Samsung Electronics et SK hynix dominent la fabrication de mémoire et de composants essentiels pour serveurs, accélérateurs et appareils électroniques.

Mais l’ambition sud-coréenne va au-delà de fournir des puces à des entreprises étrangères. Gouvernement et grands groupes veulent renforcer leur capacité à opérer des modèles, offrir du cloud et développer des applications industrielles locales. Le plan se déploie sur plusieurs axes : semi-conducteurs (mémoire HBM, fabrication et encapsulage), calcul (usines d’IA avec des dizaines de milliers d’accélérateurs), modèles adaptés au coréen et aux secteurs nationaux, robotique et automobile, et formation via des laboratoires universitaires.

NVIDIA se retrouve partenaire commun à presque tous ces axes : GPU, réseaux, logiciels et plateformes de développement d’un côté, mémoire, industrie, énergie, centres de données et capacité de fabrication de l’autre. Cette collaboration crée aussi une dépendance, puisqu’une bonne partie de l’infrastructure annoncée repose sur des technologies propriétaires NVIDIA, ce qui laisse la souveraineté sud-coréenne liée à un fournisseur américain pour des composants essentiels. Séoul cherche à limiter ce risque par ses propres capacités industrielles et le développement de modèles maison, sans pour autant s’isoler des plateformes étrangères.

De fabricant de puces à centre mondial d’IA

Depuis des décennies, la Corée du Sud occupe une position de leader dans l’électronique, l’affichage, la mémoire et l’automobile. La nouvelle stratégie vise à transférer ces capacités vers une industrie où la valeur se déplace vers le calcul, les modèles et les services fondés sur l’IA.

Le succès dépendra de plusieurs facteurs : un accès fiable à l’électricité pour construire 200 MW d’infrastructure, du financement, un refroidissement adapté, des réseaux performants, et surtout une demande d’entreprises suffisante pour utiliser ces systèmes une fois installés. Autre défi : transformer la recherche en produits vendus hors du pays, car posséder des GPU et des laboratoires ne garantit pas que les modèles sud-coréens rivalisent avec ceux des États-Unis ou de la Chine.

La combinaison NAVER, Samsung, SK, Hyundai et leurs grandes universités offre malgré tout une base industrielle peu commune, capable de couvrir l’IA depuis la mémoire intégrée au processeur jusqu’au robot qui exécute le modèle en usine. Les annonces de San Francisco montrent que le pays ne veut plus seulement fournir des composants à la révolution de l’IA, il vise une part plus large de l’infrastructure, de la recherche et des applications qui définiront ce marché.

Questions fréquentes

Combien de GPU aura l’usine d’IA de NAVER ?

NVIDIA estime que l’extension à 200 MW équivaudra à environ 100 000 GPU. Le chiffre final dépendra de la configuration de l’infrastructure et de la consommation des systèmes installés.

Qu’est-ce que Vera Rubin de NVIDIA ?

C’est la prochaine génération de plateforme informatique de NVIDIA pour l’IA, avec accélérateurs, CPU, réseaux et mémoire à haute bande passante pour les grands centres de données.

Quelle contribution apportera SK hynix au projet ?

SK hynix fournira la mémoire HBM4 des systèmes Vera Rubin, une mémoire capable d’alimenter rapidement les accélérateurs en données et très recherchée dans l’infrastructure IA.

Que rechercheront NVIDIA et KAIST ?

Le laboratoire conjoint travaillera sur une IA agentique adaptée à la langue coréenne et aux secteurs industriels du pays, tout en formant des chercheurs sud-coréens.

le dernier