La Corée du Sud a annoncé une extension de ses accords avec NVIDIA pour renforcer pratiquement toutes les couches de son industrie de l’intelligence artificielle : centres de données, semi-conducteurs, mémoire HBM4, modèles en coréen, robotique, véhicules autonomes et formation de chercheurs. Le projet le plus visible sera l’expansion de l’usine d’IA de NAVER à Sejong, portée à 200 MW, ce qui équivaut à environ 100 000 GPU de nouvelle génération.
Les clés de la coopération entre la Corée du Sud et NVIDIA en 30 secondes
- NAVER, Brookfield et NVIDIA étendront jusqu’à 200 MW la capacité de leur usine d’IA située au centre de données GAK Sejong.
- L’infrastructure utilisera la plateforme Vera Rubin, pouvant équivaloir à environ 100 000 GPU.
- Le groupe SK déploiera des systèmes NVIDIA alimentés par la mémoire HBM4 de SK hynix.
- Hyundai travaillera dans la robotique, les usines intelligentes et la conduite autonome.
- NVIDIA et KAIST créeront un laboratoire commun dédié à la recherche en IA agentique adaptée au langue et à l’industrie sud-coréenne.
Ces annonces ont été faites lors d’un sommet à San Francisco, en présence du président sud-coréen Lee Jae-myung, du PDG de NVIDIA Jensen Huang, ainsi que de responsables de plusieurs grandes entreprises technologiques et industrielles des deux pays.
Parmi les participants figuraient des représentants de Samsung Electronics, SK Group, Hyundai Motor Group et NAVER, ainsi que des dirigeants d’OpenAI, Anthropic et Broadcom. La rencontre a mis en lumière la volonté de la Corée du Sud d’utiliser ses atouts en mémoire, fabrication électronique, automobile et télécommunications pour devenir un acteur central dans la chaîne mondiale de l’IA.
L’objectif ne se limite pas à l’achat d’accélérateurs auprès de NVIDIA. Le pays souhaite développer ses propres capacités de calcul, assurer l’approvisionnement en composants, créer des modèles adaptés à sa langue et déployer l’intelligence artificielle dans ses usines, véhicules, robots et services publics.
NAVER triple la taille de son projet et prépare une usine d’IA de 200 MW
NAVER, Brookfield et NVIDIA vont étendre la « fábrica de IA » installée au centre de données GAK Sejong, l’un des principaux complexes technologiques de la société sud-coréenne.
Le projet atteindra une puissance d’environ 200 MW, plus de trois fois la capacité initialement annoncée en juin. NVIDIA estime que cette capacité pourrait accueillir l’équivalent de 100 000 GPU, bien que la configuration finale dépendra de la conception des racks, de la consommation des systèmes et du calendrier de construction.
L’infrastructure s’appuiera sur NVIDIA Vera Rubin, la plateforme succédant à Blackwell, combinant nouveaux accélérateurs, processeurs, réseaux et mémoire à large bande passante.
Une installation de cette taille ne doit pas être vue comme un simple centre de données classique. Les « usines d’IA » sont conçues pour transformer de grandes quantités d’électricité et de données en entraînement, ajustement et inférence de modèles.
Dans ces usines, les GPU ne représentent qu’une partie du système. Elles nécessitent également des réseaux à faible latence, un stockage haute performance, une ventilation avancée, des systèmes électriques redondants et des logiciels capables de coordonner des dizaines de milliers d’accélérateurs.
NAVER pourra utiliser cette capacité pour ses modèles, moteurs de recherche, services cloud et applications d’entreprise. En même temps, le projet vise à offrir une infrastructure aux organisations sud-coréennes ne pouvant pas construire elles-mêmes des grappes de cette envergure.
SK fournit la mémoire HBM4 et renforce son partenariat avec NVIDIA
Le groupe SK a également annoncé l’expansion de sa collaboration avec NVIDIA pour déployer une infrastructure basée sur Vera Rubin et la mémoire HBM4 de SK hynix.
La mémoire à large bande passante, dont l’acronyme en anglais est HBM, est devenue un composant clé des accélérateurs pour l’IA. Ces systèmes doivent déplacer d’énormes quantités d’informations entre mémoire et processeur, la vitesse d’accès pouvant limiter la performance même si la capacité de calcul est suffisante.
SK hynix occupe une position de leader sur ce marché en fournissant plusieurs générations de HBM à NVIDIA et autres fabricants d’accélérateurs. La prochaine HBM4 augmentera le débit et modifiera une partie de l’architecture de connexion entre mémoire et processeur.
NVIDIA considère sa relation avec SK comme une alliance dont la portée financière pourrait dépasser 500 milliards de dollars. Ce chiffre, provenant de la société elle-même, doit être interprété comme la valeur potentielle de l’infrastructure et des activités envisagées durant la collaboration, et non comme un investissement immédiat ou un contrat à ce montant.
L’alliance ne concerne pas uniquement la fourniture de mémoire. SK Telecom souhaite développer des capacités informatiques pour les entreprises, la robotique et l’IA physique, tandis que d’autres divisions du groupe peuvent participer dans l’énergie, les centres de données et la connectivité.
Cette intégration témoigne de l’un des atouts de la Corée du Sud. Le pays dispose de fabricants de mémoire, d’opérateurs télécoms, de conglomérats industriels et d’entreprises internet capables de collaborer dans un même déploiement.
| Partenaire sud-coréen | Principal domaine de collaboration |
|---|---|
| NAVER | Usines d’IA, cloud et modèles |
| SK hynix | Mémoire HBM4 |
| SK Telecom | Infrastructure informatique et IA |
| Hyundai Motor Group | Robotique, usines et conduite autonome |
| KAIST | Recherche en IA agentique |
| Université nationale de Séoul | Modèles fondamentaux, sciences et IA physique |
Hyundai déploie l’IA en usine et dans les véhicules
Hyundai Motor Group a présenté une stratégie d’IA physique, un terme désignant des systèmes qui perçoivent leur environnement, prennent des décisions et agissent via des robots, véhicules ou machines industrielles.
Le groupe automobile collaborera avec NVIDIA sur une plateforme de référence pour robots et prévoit d’étendre un déploiement comprenant 50 000 GPU Blackwell.
Ces capacités pourront servir à entraîner des modèles de robotique, créer des jumeaux numériques, simuler des usines et améliorer les systèmes autonomes avant leur déploiement réel.
La collaboration intègre également l’utilisation de NVIDIA DRIVE Hyperion avec les plateformes automobiles de Hyundai. DRIVE Hyperion combine ordinateurs embarqués, capteurs et le système d’exploitation DriveOS pour développer des fonctions de conduite automatisée.
L’accord ne signifie pas que tous les véhicules Hyundai adopteront immédiatement une conduite autonome avancée. Il s’agit d’une plateforme de développement qui permettra au constructeur d’étudier, d’entraîner et de valider ses futurs systèmes.
Pour NVIDIA, l’automobile et la robotique constituent une extension naturelle de ses activités dans les centres de données. Les modèles s’y entraînent dans de grands clusters, sont testés dans des simulateurs et ensuite déployés sur des ordinateurs intégrés dans des véhicules ou des machines.
KAIST et NVIDIA collaboreront à la recherche d’agents adaptés au coréen
NVIDIA et l’Institut national de la science et de la technologie de la Corée, connu sous le nom de KAIST, créeront un laboratoire conjoint dédié à l’intelligence artificielle agentique.
Ce centre sera situé à la Graduate School of AI Kim Jaechul à Séoul, et travaillera sur des modèles et systèmes adaptés à la langue coréenne et aux besoins de l’industrie nationale.
L’IA agentique vise à développer des systèmes capables de planifier des tâches, d’utiliser des outils, de consulter des informations et d’exécuter diverses actions avec une autonomie limitée. Son application dans le secteur nécessite de répondre à des problématiques de précision, de permissions, de sécurité et de supervision humaine.
Le laboratoire utilisera des modèles ouverts NVIDIA Nemotron, des outils de la société et une capacité informatique fournie par les partenaires du NVIDIA AI Cloud. L’accord prévoit également un financement sur plusieurs années et des programmes de formation pour former des chercheurs sud-coréens.
KAIST et NVIDIA préparent aussi un centre technologique dédié à l’IA physique au sein du Département de génie mécanique.
L’Université nationale de Séoul travaille également sur un autre centre collaboratif qui couvrira des modèles fondamentaux, la computation accélérée, l’IA scientifique et la formation. Parmi les technologies envisagées figurent Nemotron et NVIDIA Cosmos, une famille de modèles destinés à comprendre et simuler le monde physique.
La Corée du Sud veut couvrir toute la chaîne de l’intelligence artificielle
La stratégie présentée par le président Lee Jae-myung cherche à faire de la Corée du Sud un fournisseur majeur de l’infrastructure mondiale en IA.
Le pays dispose déjà d’atouts difficiles à reproduire : Samsung Electronics et SK hynix, deux acteurs clés dans la fabrication de mémoire et de composants essentiels pour serveurs, accélérateurs et appareils électroniques.
Cependant, l’ambition sud-coréenne va au-delà de l’approvisionnement en puces pour des entreprises étrangères. Le gouvernement et les grandes entreprises veulent accroître leur capacité à opérer des modèles, offrir des services cloud et développer des applications industrielles locales.
Le plan se déploie selon plusieurs axes :
- Semi-conducteurs : mémoire HBM, fabrication et encapsulage.
- Calcul : usines d’IA avec des dizaines de milliers d’accélérateurs.
- Modèles : systèmes adaptés au coréen et aux secteurs nationaux.
- Industrie : robotique, automobile et fabrication avancée.
- Talents : laboratoires universitaires et formations spécialisées.
NVIDIA apparaît comme un partenaire commun à presque tous ces axes. La société fournit GPU, réseaux, logiciels et plateformes de développement, tandis que la Corée du Sud offre mémoire, entreprises industrielles, énergie, centres de données et capacité de fabrication.
Cette collaboration crée aussi une dépendance. Une grande partie de l’infrastructure annoncée reposera sur des technologies propriétaires de NVIDIA, ce qui maintiendra la souveraineté sud-coréenne liée à un fournisseur américain pour certains composants essentiels.
La Corée tente de réduire ce risque par ses capacités industrielles et le développement de modèles et services propres. Elle ne souhaite pas s’isoler des plateformes étrangères, mais éviter que sa position dans l’ère de l’IA se limite à la vente de mémoire et de composants.
De fabricant de puces à centre mondial d’IA
Depuis plusieurs décennies, la Corée du Sud occupe une position de leader dans l’électronique, l’affichage, la mémoire et l’automobile. La nouvelle stratégie vise à transférer ces capacités vers une industrie où la valeur se déplace vers le calcul, les modèles et les services basés sur l’intelligence artificielle.
Le succès dépendra de plusieurs facteurs. Construire 200 MW d’infrastructures nécessite un accès fiable à l’électricité, du financement, un refroidissement adapté et des réseaux performants. Il faudra aussi trouver une demande d’entreprises suffisante pour utiliser ces systèmes une fois installés.
Un autre défi sera de transformer la recherche en produits utilisés hors du pays. Posséder des GPU et des laboratoires n’assure pas que les modèles sud-coréens puissent rivaliser avec ceux des États-Unis ou de la Chine.
Cependant, la synergie entre NAVER, Samsung, SK, Hyundai et leurs principales universités offre une base industrielle peu commune. La Corée du Sud peut participer à l’IA depuis la mémoire intégrée au processeur jusqu’au robot utilisant le modèle dans une usine.
Les annonces de San Francisco montrent que le pays ne souhaite pas simplement fournir des composants pour la révolution de l’IA. Son objectif est de construire une part plus grande de l’infrastructure, de la recherche et des applications qui définiront ce marché.
Questions fréquentes
Combien de GPU aura l’usine d’IA de NAVER ?
NVIDIA estime que l’extension à 200 MW équivaudra à environ 100 000 GPU. Le chiffre final dépendra de la configuration de l’infrastructure et de la consommation des systèmes installés.
Qu’est-ce que Vera Rubin de NVIDIA ?
Il s’agit de la prochaine génération de plateforme informatique pour l’intelligence artificielle de NVIDIA. Elle intégrera accélérateurs, CPU, réseaux et mémoire à haute bande passante pour les grands centres de données.
Quelle contribution apportera SK hynix au projet ?
SK hynix fournira de la mémoire HBM4 pour les systèmes Vera Rubin. Ce type de mémoire permet d’alimenter rapidement les accélérateurs en données et est très demandé dans l’infrastructure IA.
Que rechercheront NVIDIA et KAIST ?
Le laboratoire conjoint travaillera sur une IA agentique adaptée à la langue coréenne et aux secteurs industriels du pays, tout en formant des chercheurs et en développant des technologies pour les entreprises sud-coréennes.
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