Micron a capté 51,7 % du marché mondial de la mémoire pour l’automobile en 2024 en termes de revenus. Samsung Electronics se classat deuxième avec 16,8 %, et SK hynix cinquième avec 3 %. Pour deux fabricants qui dominent une bonne partie du marché mondial de la DRAM, les chiffres de l’Institut de Technologie Automobile de Corée, relayés par Korea JoongAng Daily, sont parlants.
Ce n’est pas un simple retard ponctuel. La Corée du Sud se retrouve dans une position paradoxale : leaders mondiaux sur la mémoire pour centres de données et intelligence artificielle, mais en marge d’un segment qui va devenir stratégique dans la prochaine décennie, celui des puces pour véhicules connectés.
L’avance de Micron : trente ans de relations avec l’industrie auto
Micron a commencé à travailler sur la mémoire automobile au début des années 1990. Trente ans de contrats, de certifications et de relations avec les équipementiers créent un avantage que l’argent seul ne peut pas effacer rapidement. L’automobile ne change pas de fournisseur comme on change de modèle de serveur — les cycles de qualification durent des années, et la continuité du fournisseur est une condition non négociable pour les constructeurs.
Samsung et SK hynix ont fait d’autres choix : centres de données, IA, mobiles, serveurs. Ces segments offrent des marges plus élevées, des cycles de produit plus courts et une demande qui s’accélère. La stratégie a payé dans le cycle actuel, notamment sur la mémoire HBM pour les puces IA. Mais elle a aussi laissé un vide dans l’automobile.
L’automobile possède ses propres règles. Les cycles de développement y sont longs, les contrats engagés sur plusieurs années, et la priorité n’est pas d’atteindre le maximum de performance mais de garantir fiabilité et durabilité dans des conditions extrêmes — températures, vibrations, contraintes qu’un serveur ou un téléphone n’affronte jamais. Les marges y sont aussi moins attractives que sur les produits avancés pour l’IA ou le grand public, ce qui a longtemps relégué le segment en arrière-plan pour certains fabricants.
La demande en mémoire automobile va exploser : 90 Go en 2024, 4 To en 2030
Les prévisions de l’Institut de Technologie Automobile de Corée dessinent une trajectoire nette. Un véhicule standard équipé d’environ 90 Go de mémoire (DRAM et NAND) en 2024 pourrait atteindre 278 Go en 2026 et jusqu’à 4 To en 2030. Si ces chiffres se confirment, l’automobile ne sera plus un marché secondaire pour la mémoire.
Le moteur de cette croissance, c’est la transformation du véhicule lui-même. La conduite assistée, l’infodivertissement, les capteurs, les caméras et les connexions font de la voiture une plateforme numérique sur roues. Les véhicules définis par logiciel ont besoin de mémoire massive, fiable et longue durée. Pas le même profil que les modules pour datacenter, mais un volume qui devient comparable à terme.
Ce dynamisme s’étend au-delà des voitures particulières. La robotique industrielle, les machines automatisées et les systèmes de contrôle dans les usines et entrepôts ont aussi besoin de puces fiables pour des environnements exigeants. La convergence entre IA embarquée et infrastructure physique accélère ces besoins sur plusieurs fronts simultanément.
Le risque d’approvisionnement que la pandémie a déjà illustré
Si Samsung et SK hynix concentrent l’essentiel de leur capacité sur les semi-conducteurs pour l’IA, l’automobile pourrait faire face à de nouvelles tensions en approvisionnement. La pandémie en a donné une illustration brutale : la pénurie de puces a paralysé des lignes de production dans le monde entier, révélant la dépendance critique du secteur à une chaîne d’approvisionnement fragile.
La Corée veut éviter la répétition. Hyundai Mobis a lancé l’an dernier le forum Auto Semicon Korea avec Samsung Electronics, LX Semicon et SK Keyfoundry pour renforcer la filière nationale. Selon une source de Hyundai Mobis citée par Korea JoongAng Daily, la production locale de semi-conducteurs automobile ne représente qu’environ 5 %, une vulnérabilité que personne ne prétend ignorer plus longtemps.
Une opportunité stable face aux cycles volatils de la mémoire
Le marché des semi-conducteurs automobile n’évolue pas aussi vite que celui des datacenters IA, mais il présente un avantage que les dirigeants coréens connaissent bien : la stabilité. Les contrats à long terme génèrent des revenus prévisibles durant les phases de baisse des prix de la DRAM et NAND, qui peuvent être brutales et durables. L’automobile agit comme un amortisseur dans les cycles du marché mémoire.
Pour Samsung et SK hynix, renforcer leur position dans ce segment suppose patience, investissement dans les certifications et collaboration étroite avec les constructeurs sur des horizons de plusieurs années. Ce n’est pas simplement vendre des puces, c’est devenir un partenaire fiable pour des plateformes qui resteront sur le marché bien au-delà de la prochaine génération de processeurs IA.
La Corée dispose des capacités technologiques, des talents et de l’expérience en production de masse. Son défi est de construire la confiance dans un secteur où celle-ci se bâtit sur des décennies. La course aux puces IA concentre aujourd’hui l’attention et les investissements — mais le véhicule intelligent aura lui aussi besoin de mémoire, de stockage et de composants ultra-fiables, avec une dynamique de marché très différente.
Questions fréquentes
Qui domine le marché de la mémoire pour l’automobile en 2024 ?
Micron a capté 51,7 % du marché mondial de la mémoire automobile en 2024 selon l’Institut de Technologie Automobile de Corée. Samsung se classait deuxième avec 16,8 %, et SK hynix cinquième avec seulement 3 %.
Pourquoi Samsung et SK hynix sont-ils en retard dans les puces pour voitures ?
Ils ont privilégié les segments à forte croissance et marges élevées (centres de données IA, mobiles, serveurs), alors que l’automobile exige des cycles de certification longs, des contrats pluriannuels et des standards de fiabilité très différents. Micron a une avance de trente ans dans ce domaine.
Combien de mémoire un véhicule nécessitera-t-il en 2030 ?
Selon les projections de l’Institut de Technologie Automobile de Corée, un véhicule standard pourrait passer de 90 Go en 2024 à 278 Go en 2026 et jusqu’à 4 To en 2030, porté par la conduite assistée, les systèmes d’infodivertissement et les véhicules définis par logiciel.
Source : Korea JoongAng Daily