Intel et AMD négocient actuellement des contrats d’approvisionnement en processeurs CPU pour serveurs d’une durée d’un à plusieurs ans avec de grands clients chinois, dans un contexte où la demande liée à l’intelligence artificielle dépasse la capacité disponible. Certains processeurs atteignent déjà des prix supérieurs de plus de 40 % à ceux du début de l’année 2026 en Chine, tandis que les acheteurs acceptent de s’engager sur des volumes sans connaître à l’avance le prix final.
Les clés de la pénurie de CPU pour serveurs en 30 secondes
- Intel et AMD recherchent des engagements d’achat de un ou deux ans avec des clients chinois.
- Les contrats garantissent les volumes, mais ne fixent généralement pas le prix des processeurs.
- Certains CPU pour serveurs ont augmenté de plus de 40 % depuis janvier.
- Certains Xeon accusent des délais d’attente jusqu’à six mois, tandis que quelques modèles EPYC attendent entre huit et dix semaines.
- La demande des centres de données spécialisés en IA exerce aussi une pression sur la mémoire, les réseaux et le stockage.
Cette situation confirme que la pression exercée par l’intelligence artificielle ne se limite pas seulement aux GPU de NVIDIA, AMD ou aux accélérateurs développés par les grands fournisseurs de cloud. Chaque nouveau cluster nécessite également des processeurs centraux, de la mémoire, du stockage, des réseaux ultra-rapides et des systèmes complets d’alimentation et de refroidissement.
Les CPU jouent toujours un rôle essentiel dans ces infrastructures. Ils exécutent le système d’exploitation, préparent et distribuent les données, gèrent le stockage, coordonnent les accélérateurs et assurent de nombreux autres services qui ne bénéficient pas d’un GPU. La croissance de l’inférence et des agents d’IA entraîne aussi une charge accrue sur les processeurs classiques.
Contrats d’approvisionnement garantissant les unités, mais pas le prix
Intel et AMD exploitent leur pouvoir de négociation accru pour demander à certains clients chinois des engagements d’achat plus longs. Selon Reuters, ces accords durent généralement environ un an, mais des discussions sur des contrats de deux ans ou plus ont également eu lieu.
L’aspect principal de ces contrats est qu’ils couvrent les volumes de processeurs achetés par le client, sans en verrouiller le prix. Le fournisseur réserve une partie de sa production, tandis que l’acheteur bénéficie d’une certaine prévisibilité quant aux livraisons, mais reste exposé à de potentielles hausses de prix futures.
Il s’agit d’une distinction importante par rapport à un contrat classique d’approvisionnement avec prix et quantité fixes. Une entreprise peut ainsi garantir recevoir des milliers de CPUs dans les trimestres à venir, mais devra payer leur prix selon les conditions de marché et ses accords commerciaux avec le fabricant à un moment donné.
Ce modèle avantage Intel et AMD tant que la demande reste supérieure à l’offre. Certains processeurs ont augmenté de plus de 10 % d’un mois à l’autre en Chine, et plusieurs modèles affichent des hausses supérieures à 40 % depuis janvier 2026.
Ces pourcentages ne signifient pas que toute la gamme Xeon et EPYC ait connu la même hausse. Les prix réels dépendent du modèle, du volume commandé, de la date de livraison, du distributeur et des remises négociées avec chaque client. Les fabricants publient souvent des tarifs de référence, mais les grands fournisseurs de cloud et opérateurs de centres de données travaillent avec des contrats spécifiques.
Les délais de six mois ont anticipé la crise
Les premières signaux de pénurie ont émergé début février. Intel a informé plusieurs clients chinois que certains Xeon Scalable de quatrième et cinquième génération pouvaient atteindre des délais de livraison allant jusqu’à six mois. Chez AMD, certains délais pour les CPU EPYC atteignaient entre huit et dix semaines.
À cette époque, les processeurs serveurs d’Intel s’étaient déjà renchéris de plus de 10 % en moyenne pour certains acheteurs en Chine. Cinq mois plus tard, la pression persiste, et le marché passe d’un gestion de retards ponctuels à des négociations d’approvisionnement avec un ou deux ans d’avance.
Intel a reconnu que la demande en Xeon dépasse toujours sa capacité d’approvisionnement. La société a également rehaussé ses prévisions d’investissement en capital pour 2026, passant de 18 à 20 milliards de dollars, après avoir publié des résultats trimestriels favorisés par la croissance des CPUs pour centres de données.
AMD dépend de TSMC pour produire ses processeurs EPYC. La fonderie taïwanaise doit aussi satisfaire la demande d’accélérateurs IA, de puces réseau, de processeurs consommateurs et d’autres produits fabriqués dans ses nœuds les plus avancés. La limitation ne concerne pas nécessairement une seule partie du chipset : encapsulage, substrats, mémoire et capacité d’assemblage peuvent influencer le nombre de systèmes finis.
La pénurie ressemble à celle observée pour la mémoire DRAM et, plus particulièrement, pour la mémoire à bande passante élevée (HBM). Les principaux acheteurs ont recouru à des accords pluriannuels pour sécuriser leurs capacités, mais cette stratégie limite la disponibilité pour les petits clients et complique une baisse rapide des prix.
Chine face à une difficulté supplémentaire pour développer son infrastructure IA
Les augmentations de prix affectent surtout les fournisseurs chinois de services cloud, les entreprises Internet et les opérateurs en phase de construction de centres de données pour l’intelligence artificielle. Ces organisations ont besoin de CPU américains, même si elles utilisent leurs propres accélérateurs ou des puces locales.
La Chine maintient un accès restreint aux GPU américains les plus avancés en raison des contrôles à l’exportation américains. La moindre disponibilité des CPU s’ajoute à cette difficulté dans le déploiement de clusters, même si ces processeurs ne sont pas forcément soumis aux mêmes restrictions que les accélérateurs à haute performance.
Les acheteurs peuvent se tourner vers des CPU conçues en Chine, des architectures Arm ou des processeurs dédiés à des applications spécifiques. Cependant, changer de plateforme n’est pas immédiat : les centres de données accumulent des logiciels, outils d’administration, systèmes d’exploitation et applications optimisées pendant des années pour des processeurs x86 d’Intel et AMD.
Une hausse de 40 % du prix d’un CPU ne signifie pas que le coût total d’un serveur augmente dans la même proportion. Le processeur n’est qu’un composant parmi d’autres. Son poids dans l’investissement dépend de la configuration : machines équipées de beaucoup de mémoire, stockage NVMe ou plusieurs GPU peuvent voir d’autres composants représenter une part bien plus importante du coût total.
L’impact sera toutefois visible dans les projets à grande échelle, avec des milliers de nœuds. Plusieurs centaines ou milliers d’euros de différence par processeur peuvent modifier le budget global, ralentir des extensions ou conduire à maintenir en service des équipements plus anciens plus longtemps.
Le marché grand public pourrait ne pas connaître la même pénurie
La tension dans les centres de données a relancé le débat sur une éventuelle réduction de la production de CPU pour PC par Intel et AMD, afin de privilégier des produits plus rentables. Les CPU serveurs se vendent souvent à des prix très supérieurs et via des contrats de volume, mais cela ne signifie pas que chaque unité pour centre de données remplace directement un processeur grand public.
Intel et AMD ont des architectures, des processus de validation, des encapsulages et des chaînes de production différentes. Chez AMD, plusieurs processeurs partagent des blocs fabriqués par TSMC, créant une certaine concurrence pour certaines wafers ou capacités d’encapsulage. Intel produit une grande partie de ses CPU en interne, mais doit aussi répartir ses ressources entre différentes familles et nœuds de fabrication.
La pression sur certains composants communs peut toutefois se répercuter sur d’autres marchés. Les substrats, la mémoire, le stockage et la capacité de production avancée sont employés dans de nombreux appareils. Lorsque les centres de données acceptent de payer plus cher et signent des contrats à long terme, les fournisseurs ont des incitations à privilégier ces commandes.
Cela étant, aucune relation directe prouvée n’existe pour le moment entre ces contrats chinois et une pénurie généralisée de processeurs pour PC. L’impact immédiat concerne surtout les CPUs pour serveurs, leur délai de livraison et l’extension des infrastructures professionnelles.
L’intelligence artificielle a ainsi bouleversé un marché qui, jusque-là, fonctionnait avec une offre relativement prévisible. Après la pénurie initiale des GPU, la pression sur la mémoire HBM, c’est maintenant la disponibilité des CPU qui se négocie avec des mois ou des années d’avance. Pour les opérateurs de centres de données, assurer l’alimentation électrique ne suffit plus : ils doivent aussi réserver chaque composant nécessaire pour transformer cette énergie en capacité de calcul.
Questions fréquentes
Quelle est l’augmentation des prix des CPU pour serveurs en Chine ?
Certains modèles ont augmenté de plus de 40 % depuis le début de 2026. La hausse n’est pas uniforme et dépend du produit, du client et du type de contrat.
Combien de temps prennent Intel et AMD pour livrer leurs processeurs ?
Intel a indiqué des délais pouvant atteindre six mois pour certains Xeon de quatrième et cinquième génération. AMD mentionne des délais entre huit et dix semaines pour certains CPU EPYC.
Les contrats à long terme garantissent-ils le prix ?
En général, non. Ces accords couvrent surtout le volume commandé, mais le prix reste flexible et défini ultérieurement selon les conditions du marché.
La pénurie impactera-t-elle les CPU pour PC ?
Il n’existe aucune preuve d’une pénurie généralisée directement causée par ces contrats. La capacité de fabrication et certains composants communs peuvent être affectés, mais les chaînes de production ne sont pas totalement interchangeables.