Cisco a présenté Cloud Control, une plateforme unifiée conçue pour permettre aux équipes humaines et aux agents d’intelligence artificielle de gérer, surveiller et défendre l’infrastructure critique depuis une interface commune. Annoncée lors de Cisco Live US 2026 à Las Vegas, cette solution s’inscrit dans le cadre de leur modèle AgenticOps, une approche opérationnelle où les agents ne se contentent pas de recommander des actions, mais participent activement à la détection des problèmes, à l’analyse des causes, à la proposition et à l’évaluation de changements, facilitant ainsi la récupération des services.
Ce lancement témoigne de l’évolution du marché des réseaux, de la sécurité et de l’observabilité. La gestion de l’infrastructure d’entreprise ne peut plus se limiter à des tableaux de bord isolés, des tickets manuels ou des interventions humaines lentes. Cisco propose une plateforme de contrôle unique où les réseaux, la sécurité, le calcul, la collaboration et l’observabilité partagent des données en temps réel, permettant aux équipes et aux agents d’opérer dans un contexte commun et selon des règles de gouvernance visibles.
Une plateforme unique pour les humains et les agents
Cisco Cloud Control est une plateforme unifiée offrant une session unique, une vue intégrée et un environnement sécurisé pour piloter les actifs critiques. Son objectif est de centraliser des informations actuellement dispersées entre outils réseau, sécurité, observabilité, collaboration et services tiers. Cisco annonce des intégrations avec AWS, Microsoft, Google Cloud, ServiceNow, PagerDuty, Slack, Linear, ainsi que la prise en charge de connecteurs natifs et du standard ouvert Model Context Protocol (MCP).
L’intention ne se limite pas à simplifier l’interface utilisateur. Cisco souhaite que les agents d’IA puissent agir directement sur une couche de données partagée via un « système d’action » commun. Les signaux de télémétrie ne doivent pas rester de simples alertes isolées, mais activer des flux de diagnostic, de correction et de validation. La compagnie insiste toutefois sur le fait que le contrôle reste entre les mains des opérateurs humains.
Jeetu Patel, président et directeur produit de Cisco, décrit Cloud Control comme un centre de commandement pour l’IA agentique. Cette formule illustre bien la stratégie de Cisco : transformer son expertise historique en réseaux et sécurité en une couche d’intelligence opérationnelle capable de supporter la rythme d’un logiciel moderne.
Un des éléments clés est Cisco AI Canvas, un espace collaboratif génératif où opérateurs et agents investiguent en temps réel sur des incidents, en s’appuyant sur des preuves tangibles. Cisco promet que le contexte sera conservé entre différentes sessions, escalades et équipes, un aspect crucial dans la gestion d’opérations complexes où la répétition ou la reconstruction d’informations coûte du temps et de l’efficacité.
On trouve également Cloud Control Studio, avec deux environnements de personnalisation. Agent Builder permettra de créer des agents adaptés aux politiques et processus internes, tandis que App Builder offrira la possibilité de concevoir des applications et workflows en langage naturel, avec l’intégration de OpenAI Codex pour faciliter la création et le déploiement de logiciels IA. Les applications et agents générés pourront être diffusés via le Cloud Control Marketplace, en complément des solutions Cisco et partenaires.
La plateforme est actuellement en disponibilité restreinte aux États-Unis, avec une disponibilité mondiale prévue ultérieurement. Cisco signale que certaines fonctionnalités sont en cours de développement et seront déployées selon la trajectoire du produit.
Une sécurité à la vitesse de la machine
La deuxième annonce majeure concerne la cybersécurité. Cisco part d’un constat clair : le délai entre la découverte d’une vulnérabilité et son exploitation s’est réduit de semaines à quelques minutes. Dans ce contexte, attendre une mise à jour traditionnelle ou un redémarrage devient souvent trop lent pour protéger les infrastructures critiques voire vitales .
Cisco répond en étoffant Live Protect, une technologie qu’elle décrit comme un « système immunitaire numérique » pour ses produits. Son rôle est de protéger en temps réel des vulnérabilités récentes, sans nécessité de redémarrage, d’installations complètes ou d’interruptions planifiées. Déjà disponible sur certains switches N9000 avec la licence Nexus One, cette solution sera étendue à d’autres produits, notamment les switches campus et branchés, puis aux routeurs sécurisés.
Par ailleurs, Cisco insiste sur la sécurité des agents. Ceux-ci, déployés pour collaborer avec les employés ou pour prendre des décisions dans des workflows, doivent être protégés contre les menaces malveillantes, mais également contre les actions erronées ou non autorisées. La société relie cette démarche à AI Defense, Zero Trust pour agents et Agentic SOC. Elle souligne également sa participation en tant que membre fondateur du projet Glasswing d’Anthropic ainsi que de Daybreak d’OpenAI, ayant pour objectif d’évaluer et d’identifier précocement les faiblesses des IA. La société mentionne aussi Foundry Security Spec, une norme ouverte pour rendre ces évaluations plus rigoureuses et transparentes.
Ce message commercial est évident, mais il répond aussi à une problématique concrète. La gestion des alertes de sécurité est devenue ingérable avec la multiplication des outils et la surcharge d’alertes. Si les attaquants mobilisent des modèles IA pour accélérer leurs attaques, les équipiers de défense doivent réduire le délai de détection à la réponse. Cependant, cette accélération doit s’accompagner d’un contrôle fin, car une gouvernance défaillante des agents pourrait en introduire de nouveaux risques.
Cisco IQ, résilience et préparation post-quantiques
Cisco a également dévoilé de nouvelles fonctionnalités pour Cisco IQ, son offre de support et de services professionnels assistés par IA. Complémentaire à Cloud Control, cette solution vise à renforcer la résilience à long terme face aux cybermenaces. Parmi les nouveautés figurent Resilient Infrastructure Services, une approche en trois phases : évaluation des vulnérabilités, modernisation des infrastructures, et renforcement de la résilience défensive.
Cisco propose aussi des options de déploiement en local pour Cisco IQ, destinées aux clients soucieux de leur souveraineté numérique. Ces configurations sont particulièrement adaptées pour la gestion des données sensibles dans les secteurs publics, bancaires, énergétiques, de la défense ou autres industries réglementées, où l’envoi de télémétrie vers des services cloud externes peut poser problème.
Un autre axe majeur concerne la préparation à la cryptographie post-quantique. Cisco met en garde contre les attaques du type « harvest now, decrypt later », où des criminels stockent des données chiffrées pour tenter de les décrypter lorsque la puissance de calcul quantique sera opérationnelle. La société annonce des avancées en communications quantiques sûres et s’engage à la généralisation de capacités post-quantiques dans la majorité de son portefeuille principal avant fin 2026.
Dès lors, la nouvelle génération de routeurs, switches et pare-feux destinés aux campus, succursales et datacenters sera livrée avec un démarrage sécurisé quantique-safe. La gamme Quantum Ready Assessments, accessible via Cisco IQ, permettra d’identifier les actifs les plus vulnérables à cette menace et de prioriser les actions. Leur disponibilité globale est programmée pour juillet 2026.
Cisco combine ainsi plusieurs axes jadis traités séparément : opérations réseau, agents IA, sécurité en temps réel, souveraineté numérique, observabilité et préparation post-quantique. Cette stratégie trouve son sens dans un marché où les entreprises recherchent plus d’automatisation tout en conservant un contrôle strict sur leurs infrastructures critiques, leurs clients et leurs services publics.
Reste à voir si Cisco parviendra à transformer cette vision en une expérience pratique simple. La centralisation des données, outils et agents en une seule plateforme paraît séduisante, mais cela exige une intégration complète, une gouvernance rigoureuse, des permissions granulaires, une transparence sur les actions des agents et une compatibilité avec des environnements hybrides combinant produits Cisco, outils tiers et systèmes legacy.
Cisco Cloud Control illustre la direction prise pour la gestion des infrastructures critiques : moins de tableaux de bord isolés, plus de contexte partagé et des agents capables d’intervenir sous supervision humaine. La promesse est audacieuse. La réussite dépendra de la capacité à faire de AgenticOps une nouvelle norme d’exploitation pour réseaux et sécurité, ou simplement une couche supplémentaire dans un secteur déjà saturé d’outils.
Foire aux questions
Qu’est-ce que Cisco Cloud Control ?
Une plateforme unifiée permettant de gérer, surveiller et défendre une infrastructure critique, avec équipes humaines et agents IA opérant dans un environnement commun.
Que signifie AgenticOps ?
Le modèle opérationnel de Cisco basé sur des agents IA qui aident à détecter, analyser, agir, tester et valider la restauration de services sous la supervision humaine.
Que fournit Live Protect ?
Une protection en temps réel des produits Cisco contre des vulnérabilités critiques, sans nécessiter de redémarrage, de mises à jour complètes ou d’interruptions planifiées.
Pourquoi Cisco évoque-t-elle la cryptographie post-quante ?
Parce que les attaques « harvest now, decrypt later » peuvent capturer des données chiffrées aujourd’hui pour tenter de les décrypter à l’avenir avec la puissance des ordinateurs quantiques. Cisco vise à identifier ces actifs vulnérables et à préparer des communications sûres pour l’ère post-quante.
Sources : newsroom.cisco