Au premier trimestre 2026, les plateformes basées sur Arm ont dépassé 45 % des revenus du marché mondial des serveurs, selon IDC via Tom’s Hardware. Ce chiffre ne dit pas qu’Arm vend plus de puces que x86 — loin de là. Mais dans un marché où les systèmes d’IA concentrent l’essentiel de la valeur économique, cette part de revenus est l’indicateur qui compte désormais.
Sur les 122,6 milliards de dollars de revenus générés ce trimestre (+30,4 % sur un an), plus de 70 % proviennent de systèmes accélérés par GPU, ASIC ou FPGA. C’est dans ces architectures qu’Arm s’est imposé, sans avoir à détrôner x86 en volume.
L’IA a changé ce qu’on mesure sur le marché des serveurs
L’indicateur clé n’est pas Arm seul, mais la composition du marché. Un serveur généraliste à deux sockets x86 reste essentiel pour la virtualisation, les bases de données, l’ERP ou le cloud privé. Mais un rack dédié à l’IA coûte dix à vingt fois plus par unité. Quand on mesure en revenus, ces systèmes pèsent bien plus que leur nombre d’unités ne le laisse croire.
C’est là qu’Arm entre dans l’équation. Dans les architectures IA les plus onéreuses, le CPU Arm n’est pas seul : il est embarqué dans un système plus large. NVIDIA Grace Blackwell associe des accélérateurs Blackwell à des CPUs Grace à architecture Arm. Les grands hyperscalers ont suivi la même voie avec leurs puces maison : AWS Graviton, Google Axion, Microsoft Cobalt. Ces processeurs réduisent les coûts d’exploitation, améliorent la densité par rack et donnent aux clouds un contrôle complet sur leur pile matérielle.
| Métriques du marché des serveurs, Q1 2026 | Faits marquants |
|---|---|
| Revenu mondial des serveurs | 122,6 milliards de dollars |
| Croissance annuelle | +30,4 % |
| Revenus des plateformes non-x86 | 58,7 milliards de dollars |
| Part des plateformes non-x86 | 47,9 % |
| Poids de Arm dans le non-x86 | Plus de 95 % |
| Part estimée de Arm en revenus | Plus de 45 % |
| Revenus des serveurs avec GPU | 68,9 milliards de dollars |
| Part des serveurs avec GPU | 56,2 % |
| Revenus des serveurs accélérés | 86,6 milliards de dollars |
| Part des serveurs accélérés | 70,6 % |
x86 résiste mais perd du terrain économique
Interpréter ces données comme une défaite immédiate de x86 serait excessif. Les serveurs x86 représentent encore environ 52 % du marché en revenus selon IDC, et leur position en volume est encore plus forte. Intel et AMD continuent à expédier des millions de Xeon et d’EPYC chaque trimestre. Ces processeurs restent essentiels pour les charges généralistes, la virtualisation d’entreprise et les applications qui ne requièrent pas d’accélération IA intensive. Notre analyse sur le recul de x86 face aux architectures alternatives détaille les segments où cette transition est la plus marquée.
Ce qui change, c’est le centre de gravité. L’infrastructure qui progresse le plus vite — et qui concentre les plus gros budgets — ce sont les systèmes accélérés à haute valeur ajoutée, où Arm s’est solidement implanté. Pour Intel et AMD, la situation n’est pas catastrophique, mais la dynamique du marché pousse les investissements vers des architectures où le coût par watt, la densité par rack et l’intégration d’accélérateurs comptent plus que la compatibilité historique.
L’approvisionnement joue aussi un rôle. IDC indique que les pénuries de CPU, DRAM et composants de stockage ont pesé sur la croissance x86. La chaîne d’approvisionnement privilégie les plateformes IA à plus forte marge. Selon Dell’Oro Group, les revenus des semi-conducteurs et composants pour data centers ont bondi de 116 % en glissement annuel au Q1 2026 — un chiffre qui dit clairement où vont les budgets.
Arm passe du licensing à la conception propriétaire
Arm ne fabrique ni ne vend ses propres puces. Son modèle repose sur les licences d’architecture et les royalties par chip, ce qui lui a permis de dominer le mobile avant de s’étendre à l’embarqué, l’edge et maintenant les data centers.
Les résultats du Q4 fiscal 2026 confirment l’ampleur du changement : revenus record de 1,49 milliard de dollars (+20 % sur un an), dont 819 millions issus des licences (+29 %) et 671 millions de royalties (+11 %). Les royalties spécifiques aux data centers ont plus que doublé sur l’exercice, portées par l’adoption d’Armv9 et le déploiement massif de puces Arm dans les clouds.
La nouveauté est un changement de positionnement assumé. En 2026, Arm a présenté l’Arm AGI CPU, son premier processeur maison pour centres de données IA. La société avance que cette puce offrirait plus du double de performance par rack que les alternatives x86, avec des économies d’investissement jusqu’à 10 milliards de dollars par gigawatt de capacité. Ces projections sont des estimations commerciales d’Arm et restent à valider dans des déploiements réels.
Ce mouvement n’est pas sans risque. Arm a grandi comme fournisseur neutre dans un réseau de partenaires qui s’appuient eux-mêmes sur ses licences. Se lancer dans la conception propriétaire pourrait créer des frictions avec ces acteurs. Dans l’IA, disposer d’un CPU maison donne à Arm un meilleur contrôle sur la plateforme et une capacité accrue à capter de la valeur — mais la réponse de l’environnement sera déterminante. Intel et AMD ne restent pas passifs, avec leur spécification ACE v1.15 pour accélérer l’IA depuis le CPU x86.
Ce que ça change pour les équipes infrastructure
L’architecture des data centers devient moins homogène. x86 restera essentiel, mais cohabitera avec des CPUs Arm, des accélérateurs propriétaires, des GPU, des DPU et des réseaux à très faible latence. Le serveur traditionnel cède la place à un composant dans des systèmes plus grands, plus denses et plus coûteux.
Pour les équipes infrastructure, cela implique de revoir certaines certitudes. Choisir une plateforme ne peut plus reposer uniquement sur la compatibilité x86 et les habitudes d’achat. Le coût par watt, la performance par rack, la disponibilité des outils logiciels, la maturité de l’environnement Arm et la gestion des architectures hybrides deviennent des variables aussi importantes que le prix unitaire. La contrainte énergétique pèse de plus en plus lourd dans ces arbitrages.
Arm n’a pas conquis le marché en volume. Mais dans la partie qui concentre les plus grands budgets infrastructure — les systèmes IA haute densité — sa présence est structurelle. La bataille ne se joue plus sur le nombre de CPU vendus : elle se joue sur l’architecture intégrée dans les systèmes où se concentrent les dépenses.
Questions fréquentes
Arm vend-il plus de serveurs que x86 ?
Non. Le seuil des 45 % concerne le revenu, pas le volume d’unités. x86 garde la majorité en nombre de processeurs expédiés, mais les systèmes Arm liés à l’IA atteignent des prix bien supérieurs, ce qui gonfle leur part économique de façon disproportionnée.
Pourquoi les plateformes IA favorisent-elles Arm ?
Les architectures IA combinent généralement GPU ou accélérateurs spécialisés avec un CPU optimisé. Arm s’est imposé dans ce rôle grâce à son efficacité énergétique et aux investissements massifs des hyperscalers dans des puces Arm maison (Graviton, Axion, Cobalt) qui réduisent leur coût d’infrastructure et leur dépendance à Intel.
Intel et AMD sont-ils en danger sur le marché des serveurs ?
Pas à court terme. Xeon et EPYC restent essentiels pour les charges généralistes, la virtualisation et de nombreux usages d’entreprise. La dynamique de croissance des revenus se déplace vers les systèmes accélérés, mais x86 conserve une base installée considérable et un environnement logiciel mature.
Qu’est-ce que l’Arm AGI CPU change pour le marché ?
C’est la première puce maison d’Arm pour data centers IA, un virage de fournisseur de licences d’IP vers acteur matériel direct. Si l’adoption suit, cela renforcerait son emprise sur la chaîne de valeur. Le risque est de créer des tensions avec les partenaires qui développent leurs propres puces sous licence Arm : Qualcomm, Ampere, AWS, entre autres.