L’entreprise espagnole Vortex Bladeless, basée à Ávila, développe un concept de production d’énergie éolienne dépourvu de pales, de rotor et d’engrenages traditionnels présents dans les éoliennes conventionnelles. Au lieu de faire tourner une turbine, son design utilise un mât oscillant sous l’effet des vortex générés par le vent, convertissant ce mouvement en électricité grâce à l’induction électromagnétique. La technologie en est encore au stade de développement, une réalité que l’entreprise reconnaît clairement, ce qui implique de distinguer son potentiel futur de sa disponibilité commerciale à grande échelle.
Les clés de Vortex Bladeless en 20 secondes
- Vortex Bladeless est une startup espagnole basée à Ávila, explorant une alternative aux éoliennes classiques.
- Son appareil ne comporte ni pales, ni axes, ni engrenages, et exploite l’oscillation provoquée par le vent pour produire de l’énergie.
- Des bobines et des aimants transforment ce mouvement en électricité.
- La société envisage diverses applications, depuis la microénergie jusqu’aux installations de taille plus grande, tout en admettant que la technologie reste en phase de développement.
- Des études académiques indépendantes continuent d’explorer cette génération par vibrations induites par vortex.
À première vue, cet appareil peut paraître insolite pour ceux habitués à associer l’énergie éolienne à de grands rotors à trois pales. Son aspect s’apparente davantage à un cylindre vertical flexible qu’à une éolienne conventionnelle.
Ce n’est pas seulement une question esthétique : le principe physique utilisé pour capter l’énergie est également différent.
Il convient de préciser dès le départ : Vortex ne prétend pas que sa technologie remplacera les éoliennes actuelles. La société la présente comme une alternative aux caractéristiques distinctes, destinée à couvrir des scénarios où une turbine classique pourrait être inadaptée.
Comment un éolien qui ne tourne pas peut-il produire de l’électricité ?
La technologie exploite un phénomène appelé Vortex-Induced Vibration (VIV), ou vibration induite par vortex.
Lorsque le vent rencontre un corps présentant certaines caractéristiques, le flux d’air peut générer alternativement des vortex de chaque côté, phénomène appelé vortex shedding.
Ces forces peuvent faire osciller une structure.
En ingénierie, les vibrations induites par vortex sont habituellement des phénomènes que l’on cherche à contrôler, car elles peuvent endommager cheminées, tours, ponts ou autres structures exposées à des courants d’air ou d’eau.
Vortex Bladeless inverse cette approche : utiliser délibérément cette oscillation pour générer de l’énergie.
L’élément vertical entre en résonance aérodynamique sous certaines conditions de vent. La difficulté consiste à maintenir un comportement utile sur une plage étendue de vitesses.
De plus, la société utilise des aimants pour modifier la constante d’élasticité apparente du mât. Ce système d’ajustement vise à élargir la gamme de vitesses dans laquelle l’oscillation est durable.
Ensuite, le mouvement doit être converti en électricité.
Vortex explique que son dispositif utilise bobines et champs magnétiques pour produire de l’électricité par induction électromagnétique. Le principe électrique est similaire à celui d’un alternateur, mais sans qu’un rotor tourne autour d’un axe.
De manière simplifiée, le fonctionnement peut s’illustrer ainsi :
Vent → génération de vortex → oscillation du mât → interaction aimants-bobines → production d’électricité
Supprimer le mouvement rotatif permet également de se passer de plusieurs composants mécaniques classiques. Selon l’entreprise, le système ne nécessite pas d’axes, d’engrenages ni de freins et reste orienté face au vent grâce à sa propre géométrie.
Moins de composants mécaniques pourrait signifier des besoins en maintenance différents. Cependant, les avantages économiques et en longévité devront encore faire leurs preuves dans des installations réelles et sur des périodes prolongées.
Une technologie espagnole encore en phase de développement
Vortex Bladeless est implantée à Paseo de la Estación 20, Ávila, et se définit comme une petite société espagnole parcourant un processus qui pourrait durer entre 10 et 15 ans, depuis l’idée initiale jusqu’à un produit fini.
Son site web porte actuellement une mention particulièrement importante : “En développement”.
L’entreprise indique travailler sur la mise au point, le prototypage et les essais, en collaboration avec diverses organisations et centres de recherche.
Cela permet d’envisager le projet sous un prisme plus réaliste.
Vortex n’est pas encore une technologie comparable, en termes de capacité installée, de coût par mégawatt-heure ou d’expérience opérationnelle, aux grands filtres éoliens commerciaux déployés dans les parcs éoliens classiques.
La comparaison la plus pertinente réside dans ses caractéristiques techniques :
| Caractéristique | Éolien traditionnel | Vortex Bladeless |
|---|---|---|
| Captation du vent | Pales tournantes | Oscillation du mât |
| Rotor | Oui | Non |
| Axe de rotation | Oui | Non |
| Engrenages | Selon le modèle | Non |
| Conversion | Générateur par rotation | Induction électromagnétique par oscillation |
| Orientation | Peut nécessiter un système d’orientation | Conception orientée vers le vent |
| Principe aérodynamique | sustentation/rotation | Vibrations induites par vortex |
| État technologique | Commercial et largement déployé | En développement |
L’absence de pales conduit également Vortex à envisager des applications dans des zones où le bruit, l’espace disponible, la maintenance ou la coexistence avec la faune imposent des contraintes pour l’installation d’éoliennes classiques.
L’entreprise affirme que son système est plus silencieux et présente moins de risques pour les oiseaux. Ces qualités, déclarées par le développeur, doivent toutefois être évaluées en fonction de la taille finale des appareils et des conditions spécifiques à chaque site.
Elle admet également une limitation importante : un champ d’action en vent plus restreint comparé à une turbine conventionnelle de même hauteur.
Ce point permet d’éviter une comparaison simpliste. La suppression des pales ne garantit pas automatiquement une production accrue d’énergie.
Les éoliennes classiques ont amélioré leur efficacité aérodynamique depuis des décennies et peuvent atteindre actuellement des puissances importantes. Une technologie basée sur l’oscillation doit compétir dans des conditions différentes.
La recherche sur l’éolien sans pales continue d’évoluer
Le principe physique utilisé par Vortex ne repose pas uniquement sur ses affirmations. Les vibrations induites par vortex comme mécanisme de captation d’énergie bénéficient d’un champ de recherche académique actif.
Une étude publiée dans Applied Energy en 2020 a passé en revue différentes technologies de génération par vibrations causées par des fluides, en citant explicitement Vortex Bladeless parmi les concepts existants. Elle soulignait aussi les défis encore à relever par cette famille de systèmes.
La recherche s’est poursuivie.
En 2024, des chercheurs de l’Université de Salamanque et Vortex Bladeless ont publié dans Applied Sciences une étude sur la géométrie de ce type d’éoliennes. Elle analysait comment différentes formes et caractéristiques de surface influencent ce qu’on appelle le régime de Lock-In, c’est-à-dire l’intervalle où la fréquence de vortex et la fréquence propre de la structure peuvent être synchronisées pour maintenir une réponse oscillatoire stable.
D’autres groupes travaillent indépendamment sur des concepts similaires.
Un rapport publié en janvier 2026 a présenté une petite éolienne sans pales équipée d’un système permettant de modifier sa fréquence de résonance afin de s’adapter à différentes vitesses de vent. Les expériences ont permis de déplacer la résonance de 88,9 % et d’élargir la plage de vitesses du vent où le phénomène de lock-in était observé, passant de 1,7 à 3,2 m/s dans ce prototype expérimental.
Une autre étude, publiée en février 2026, a simulé un concept de turbine basé lui aussi sur les vibrations induites par vortex.
Ces études ne valident pas automatiquement la performance commerciale de Vortex Bladeless. En revanche, elles confirment que la captation d’énergie par oscillations induites par le flux constitue un véritable champ de recherche en ingénierie, et pas simplement une idée conceptuelle.
La difficulté réside toujours dans la transition du principe physique à la fabrication d’équipements capables de produire de l’électricité de façon compétitive, fiable et durable sur le long terme.
Vortex envisage des systèmes allant de la microproduction pour l’autoconsommation à une production à plus grande échelle, voire à des applications en mer (offshore). Pour l’instant, ce sont des projets de développement, et non un déploiement commercial équivalent à celui de l’éolien traditionnel.
C’est précisément cette ambition technologique qui rend le projet espagnol intéressant. Il ne cherche pas à prouver que les pales sont une solution inadéquate, car des décennies d’éolien montrent le contraire. Son défi consiste à explorer si un espace existe où une machine plus simple, oscillante et dépourvue de composants rotatifs importants, peut compléter les technologies existantes.
Questions fréquentes
Vortex Bladeless est-elle une technologie espagnole ?
Oui. Vortex Bladeless S.L. est une société espagnole basée à Ávila, dédiée au développement d’une technologie éolienne alternative.
Comment Vortex Bladeless génère-t-elle de l’électricité sans pales ?
Le vent crée des vortex qui font osciller un mât flexible. Ce mouvement est converti en électricité par interaction entre bobines et champs magnétiques via induction électromagnétique.
Peut-on déjà acheter des éoliennes Vortex Bladeless ?
La société précise que sa technologie est encore en cours de développement. Elle ne peut donc pas être considérée comme une alternative commerciale prête à être déployée à grande échelle comme les éoliennes classiques.
Vortex Bladeless souhaite-t-elle remplacer les éoliennes traditionnelles ?
Ce n’est pas la perspective de l’entreprise. Son objectif est de créer une alternative à caractéristiques différentes, adaptée à certains scénarios, depuis de petites applications jusqu’à une production à plus grande échelle.
Sources :
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