Merlin prépare à Navalmoral un grand centre de données alimenté par l’énergie

Merlin Properties prévoit de débuter la construction de son nouveau centre de données à Navalmoral de la Mata (Cáceres) fin septembre, sous réserve de finaliser la procédure environnementale et d’obtenir la licence correspondante. La première phase bénéficie d’une capacité électrique de 29 MW, équivalente à environ 20 MW en capacité TI, bien qu’il s’inscrive dans un plan beaucoup plus ambitieux pouvant atteindre 1,4 GW sur ce site si la capacité électrique nécessaire est available.

Les points clés du centre de données de Merlin en 30 secondes

  • Merlin souhaite démarrer les travaux à Navalmoral fin septembre, une fois les autorisations en ordre.
  • Initialement, le centre disposera de 29 MW électriques, correspondant à environ 20 MW en capacité TI.
  • Le plan final prévoit jusqu’à 1,4 GW, bien que cette capacité reste une projection future et non une promesse immédiate.
  • L’accès à l’électricité est devenu le principal obstacle à l’expansion du projet.
  • La société anticipe également l’achat de transformateurs et groupes électrogènes face à des délais de livraison prolongés.

La différence entre la capacité initiale de 20 MW et le potentiel total du projet illustre l’un des défis majeurs de l’industrie des centres de données aujourd’hui. La demande en capacité ne cesse de croître, notamment en raison des charges liées à l’intelligence artificielle et au cloud, mais construire de nouveaux bâtiments ne sert à rien si le réseau électrique ne peut pas fournir la puissance nécessaire pour les alimenter en serveurs.

Merlin cherche à gérer cette incertitude par étape. La société prévoit de commencer la construction avec l’électricité déjà attribuée, tout en préparant le site à un accroissement ultérieur si, durant la période de deux ans de construction, de nouvelles capacités électriques sont attribuées.

De 20 MW initiaux à un projet pouvant atteindre 1,4 GW

Les plans de Merlin pour l’Extremadura ont été dévoilés initialement en janvier 2025. La société et la Junta de Extremadura ont annoncé alors deux grands campus dédiés à l’intelligence artificielle générative et à l’informatique avancée à Navalmoral de la Mata et Valdecaballeros.

La planification initiale évoquait environ 1 GW de capacité TI potentielle pour chaque site. Par la suite, Merlin a porté la capacité prévue pour Navalmoral à 1,4 GW.

La présentation corporative de mai 2026 divise cette phase IV en deux parties : les projets EXT-NAV 01 et 02, totalisant 200 MW, ainsi que 1,2 GW additionnels envisagés par la suite.

Il s’agit de chiffres prévisionnels à long terme, et non d’une capacité disponible immédiatement.

Concernant la première étape concrète, Merlin a confirmé disposer de 29 MW d’électricité, suffisants pour environ 20 MW en charge TI.

La société souhaite débuter avec un bâtiment de grande capacité conçu pour une croissance progressive, permettant d’entamer la construction physique tout en attendant que de nouvelles demandes d’accès au réseau soient traitées.

Ce plan évite d’engager dès le départ le coût d’équipements pour plusieurs centaines de mégawatts sans certitude sur le moment de leur raccordement.

Il montre aussi que la principale unité de mesure d’un centre de données ne se limite plus au seul mètre carré. Dans des projets liés à l’intelligence artificielle, la puissance TI réellement disponible détermine le nombre de GPU, serveurs et systèmes de stockage pouvant être installés.

L’électricité rythme la croissance des nouveaux centres de données

La disponibilité en énergie est devenue un facteur clé pour l’expansion des centres de données en Europe.

L’essor de l’IA accentue ce problème, car les clusters récents utilisent des serveurs à densité électrique beaucoup plus élevée. Un rack classique et un rack conçu pour l’accélération IA peuvent avoir des besoins électriques très différents.

Merlin avait déjà anticipé cette évolution en concevant ses projets en Extremadura pour supporter ces charges accrues. La documentation fournie prévoit des densités allant jusqu’à 70 kW par rack en refroidissement par air et 200 kW par rack avec refroidissement liquide.

Cela permet de comprendre l’ampleur des besoins énergétiques lorsque le projet s’étend à des bâtiments entiers.

De plus, Navalmoral bénéficie d’un avantage, puisque le campus est prévu sur le terrain de Expacio Navalmoral et connecté à la sous-station de Arañuelo de 400 kV, propriété de Redeia.

Merlin estime qu’il existe une marge pour augmenter la capacité, et compte progresser dans ce sens durant la période de construction. Toutefois, cette extension dépend des procédures d’accès et de raccordement au réseau électrique, qui ne relèvent pas uniquement de la volonté du promoteur.

Il est donc crucial de distinguer le potentiel de 1,4 GW de la capacité de 29 MW actuellement attribuée.

Un centre de données peut être conçu pour évoluer sur plusieurs années, mais sa capacité commerciale effective dépendra de la disponibilité électrique, des bâtiments achevés et de l’équipement installé.

Les permis environnementaux, premier obstacle à franchir

Avant de lancer la construction, une étape incontournable consiste à obtenir l’autorisation environnementale.

Le projet est encore en phase d’évaluation environnementale. La demande d’autorisation intégrée, ainsi que l’étude d’impact environnemental, ont été rendues publiques en mai dernier.

L’Association pour la Défense de la Nature et des Ressources de l’Extremadura (ADENEX) a formulé par la suite des observations, notamment concernant l’eau, les cours d’eau, le bruit, la chaleur résiduelle, les habitats et le stockage de gasoil.

Merlin a indiqué lors de sa dernière présentation de résultats qu’il était en train de finaliser cette phase, après avoir répondu à ces observations.

Ces observations ne signifient pas que le projet ait été rejeté ; l’administration doit les examiner dans le cadre du processus avant d’émettre une décision environnementale.

Une fois cette étape validée, la licence municipale sera nécessaire pour commencer les travaux.

Ainsi, le lancement prévu fin septembre demeure conditionné à la complétion de ces démarches dans le calendrier prévu.

Merlin anticipe aussi l’achat d’équipements avant leur utilisation

L’électricité n’est pas le seul élément dont la disponibilité inquiète les promoteurs.

Merlin a signalé des délais de livraison plus longs pour certains équipements essentiels à la construction des centres de données. La société craint que ces tensions se répercutent également sur les coûts.

Sa réponse consiste à acheter en avance.

Selon ses déclarations lors de la présentation de ses résultats du premier semestre, tout l’équipement destiné aux bâtiments déjà annoncés et en construction a été acquis.

La société envisage maintenant d’aller plus loin en achetant à l’avance des composants pouvant être réutilisés entre plusieurs projets, notamment des transformateurs et groupes électrogènes.

Les transformateurs permettent de convertir et distribuer l’électricité de la ligne vers les différents systèmes du centre. Les groupes électrogènes, quant à eux, offrent une infrastructure de secours pour garantir la continuité du service en cas d’interruption du réseau principal.

Commander ces composants lorsque le bâtiment est presque achevé peut poser problème si les fabricants accumulent des mois d’attente.

Acheter en avance réduit ce risque, mais nécessite d’engager du capital anticipé et de gérer des stocks pour des équipements encore non utilisés.

Cette stratégie reflète la mutation en cours dans la construction des infrastructures numériques. Le promoteur doit synchroniser en permanence le terrain, les permis, l’énergie, la fibre, la construction, ainsi qu’une chaîne d’approvisionnement dont certains composants électriques voient leurs délais s’allonger.

Les centres de données participent déjà à la croissance de Merlin

L’engagement de Merlin dans ce secteur devient également une réalité financière significative.

En juin 2026, la société a clôturé le premier semestre avec 308 millions d’euros de revenus totaux, en hausse de 11,7 % par rapport à la même période en 2025. L’EBITDA s’élève à 229 millions, également en progression de 11,7 %, tandis que le résultat opérationnel (FFO) atteint 180 millions, en hausse de 8 %.

Merlin a attribué une part de cette croissance à sa division centres de données, qui loue actuellement 160 MW.

Elle opère ou développe des infrastructures à Madrid, Barcelone, Álava et Lisbonne, tout en élargissant ses activités en péninsule ibérique. En juillet, elle a aussi annoncé Zaragoza-WIND, un projet de 144 MW TI à Botorrita (Zaragoza), associé à la production renouvelable.

Navalmoral représente une échelle potentielle différente.

Si l’accès au réseau permet de déployer progressivement les 1,4 GW planifiés, le site pourrait devenir l’un des grands campus européens dédiés à l’informatique avancée.

Cependant, faire passer de la simple possession d’un terrain et d’un plan pour 1,4 GW à une capacité physique réelle constitue encore un défi considérable.

À ce jour, la capacité concrète se limite à 29 MW électriques attribués et environ 20 MW en TI. Merlin souhaite s’appuyer sur cette première capacité pour débuter la construction tout en anticipant une expansion future.

Cette approche reflète bien la situation actuelle de l’industrie européenne des centres de données : la demande existe, le capital est disponible, les projets sont en phase de conception, mais leur calendrier dépend de plus en plus de la disponibilité du réseau électrique et d’une chaîne industrielle capable de fournir à temps transformateurs, générateurs, équipements de refroidissement et autres composants essentiels.

À Navalmoral, la construction du bâtiment n’est qu’une étape. La seconde consiste à obtenir suffisamment d’électricité pour le faire fonctionner progressivement avec toute l’infrastructure technologique souhaitée.

Foire aux questions

Quelle sera la capacité du centre de données de Merlin à Navalmoral ?

Merlin dispose actuellement de 29 MW électriques, ce qui correspond à environ 20 MW en capacité TI. La planification prévoit jusqu’à 1,4 GW, mais cela dépendra des futures extensions et de la disponibilité électrique.

Quand commenceront les travaux du centre de données à Navalmoral ?

La société prévoit débuter fin septembre 2026, après avoir complété la procédure environnementale et obtenu la licence de construire.

Pourquoi l’électricité limite-t-elle la construction des centres de données ?

Les grands centres nécessitent des connexions de dizaines voire de centaines de mégawatts. La croissance de l’IA augmente aussi la densité électrique des serveurs. Disposer d’un terrain et de financement ne suffit pas si le réseau ne peut pas fournir la puissance requise.

Quels autres centres Merlin possède-t-elle en Espagne ?

Merlin possède des projets d’infrastructures numériques à Madrid, Barcelone, Álava, Lisbonne, ainsi que de nouveaux projets comme Zaragoza-WIND et ceux programmés en Extremadura.

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