Telefónica réduit ses coûts tout en redéfinissant son engagement envers l’infrastructure technologique

Telefónica réduit ses coûts tout en redéfinissant son engagement envers l'infrastructure technologique

Telefónica fait face à une phase de redressement financier où la réduction de la dette et des coûts cohabite avec une transformation de son infrastructure technologique. Le groupe continue d’investir dans la fibre optique, la 5G, l’edge computing et la connectivité satellitaire, tout en procédant à la vente d’actifs, à la réorganisation de ses activités et à nombreux départs en Espagne pour rationaliser sa structure et libérer des ressources.

Les enjeux clés de Telefónica en 30 secondes

  • Telefónica a clôturé 2025 avec une dette financière nette de 26,824 milliards d’euros et un chiffre d’affaires de 35,120 milliards d’euros.
  • La société prévoit que la croissance de ses revenus s’accélérera progressivement jusqu’en 2030.
  • Elle a déployé 17 nœuds d’edge computing en Espagne, tout en maintenant ses investissements dans les réseaux d’accès et les centres de données.
  • Les plans de départs négociés en Espagne concernent jusqu’à 5 870 employés, répartis entre Telefónica Espagne et ses entités corporatives.
  • La connectivité satellite Direct-to-Device s’ajoute à la stratégie pour accroître la couverture et compléter les réseaux terrestres.

La problématique technologique derrière les décisions de Telefónica est plus complexe qu’une simple réduction des coûts. La société cherche à concentrer ses ressources sur les domaines où elle anticipe une croissance, tout en se déchargeant d’actifs dont la propriété directe n’est pas perçue comme indispensable pour fournir ses services.

Pour un opérateur gérant des réseaux de fibre, mobile, des plateformes cloud, des centres de données et des services aux entreprises, cette stratégie a des implications techniques en plus des aspects financiers. La vente d’actifs réduit les besoins en capital mais peut aussi impacter le contrôle que Telefónica conserve sur certaines couches de son infrastructure.

Des centres de données détenus en propre à un modèle avec partenaires

Un exemple illustratif est Nabiax. Telefónica a vendu en 2019 onze centres de données à cette société. Deux ans plus tard, elle a contribué à l’apport de quatre autres centres — deux en Espagne et deux au Chili — en échange d’une participation de 20 % dans Nabiax.

Ce transfert ne signifiait pas un abandon complet des services liés à ces centres. Telefónica a conservé des contrats d’hébergement pour une durée initiale de dix ans, ainsi que la gestion des serveurs et la relation directe avec les clients. La différence résidait dans la propriété partielle de cette infrastructure physique.

Ce modèle autorise Telefónica à offrir certains services sans supporter l’intégralité des investissements pour construire et maintenir les bâtiments et systèmes des centres de données. D’un point de vue financier, cela s’avère plus léger. Techniquement, cela implique une dépendance à une infrastructure partagée plutôt qu’un contrôle total sur tous les actifs physiques.

L’évolution de l’edge computing montre aussi que la société ne cesse d’investir dans une infrastructure distribuée. Telefónica a achevé en 2026 le déploiement de 17 nœuds d’edge en Espagne, conçus pour rapprocher la capacité de traitement et les services des points où les données sont générées.

Ce déploiement est particulièrement pertinent pour des applications requérant des temps de réponse faibles. L’edge ne remplace pas les grands centres de données, mais vient plutôt en complément, avec une capacité de traitement plus proche de l’utilisateur ou du dispositif connecté.

Moins d’infrastructure, mais toujours des investissements en réseau

Le plan de restructuration de la main-d’œuvre est une autre composante essentielle de la stratégie. Telefónica et les syndicats ont conclu des accords pour mettre en œuvre des plans de départs dans sept entités du groupe en Espagne. La documentation officielle prévoit un maximum de 5 870 départs, répartis entre Telefónica Espagne et ses unités corporatives.

La société estime que ces mesures permettront une réduction progressive des coûts. L’objectif financier est de réaliser des économies récurrentes, mais l’impact technologique dépendra aussi de la façon dont seront redistribuées les fonctions actuellement assurées par ces équipes.

Telefónica ne prévoit pas de stopper ses investissements technologiques en même temps. Sa stratégie Transform & Grow projette une croissance des revenus de 1,5 % à 2,5 % par an entre 2025 et 2028, avec une accélération à 2,5-3,5 % pour 2028-2030, grâce à des investissements en capital (CAPEX) représentant environ 12 % du chiffre d’affaires durant cette période.

Ce qui diffère, c’est la répartition de ces investissements. Pour un opérateur télécom, maintenir une infrastructure en fibre et réseau mobile compétitive requiert des investissements soutenus, tandis que d’autres actifs peuvent être gérés via des partenariats.

Le défi principal réside dans la capacité à réduire la structure des coûts sans compromettre la capacité de déploiement de nouvelles technologies et la maintenance du réseau.

La connectivité satellitaire ajoute une couche supplémentaire au réseau

Telefónica explore aussi une technologie qui, il y a quelques années, aurait semblé hors de portée du modèle traditionnel d’un opérateur : la connexion directe entre satellites et appareils mobiles ou équipements classiques.

La société collabore avec Satellite Connect Europe pour des essais de connectivité Direct-to-Device (D2D) en Espagne et en Allemagne. Lors d’un autre test, Telefónica a utilisé une unité mobile connectée à un satellite en orbite terrestre basse (LEO) de Starlink, atteignant des vitesses supérieures à 300 Mbps en téléchargement avec une latence d’environ 40 millisecondes.

Cette technologie a un potentiel dans les zones isolées, lors d’opérations d’urgence, dans le maritime ou l’aéronautique, voire pour certains scénarios d’entreprise. Toutefois, elle ne remplace pas généralement la fibre ou les réseaux mobiles terrestres.

Pour Telefónica, l’enjeu est d’ajouter une nouvelle couche de connectivité pouvant venir en complément du réseau existant. L’opérateur pourra ainsi maintenir sa couverture terrestre là où c’est économiquement viable, tout en utilisant la satellitaire quand la déploiement physique s’avère coûteux ou difficile.

Ce modèle modifie aussi la relation avec des fournisseurs de constellations LEO telles que Starlink. Ces entreprises peuvent concurrencer certains services d’accès ou même devenir partenaires technologiques des opérateurs comme Telefónica.

Au final, cela favorise une architecture réseau de plus en plus hybride, combinant fibre, 5G, edge, et satellite pour répondre à des besoins variés.

Le dilemme technologique derrière le redressement financier

À la fin de 2025, Telefónica affiche une dette financière nette de 26,824 milliards d’euros, avec un chiffre d’affaires de 35,120 milliards et un flux de trésorerie disponible de 2,069 milliards issus des opérations courantes.

Ces chiffres illustrent bien la pression pour réduire les coûts et améliorer la génération de trésorerie. Ils montrent aussi l’ampleur de l’infrastructure à maintenir tout en cherchant à croître.

La stratégie annoncée vise une croissance annuelle des revenus comprise entre 1,5 % et 2,5 % entre 2025 et 2028, avec une accélération entre 2,5 % et 3,5 % pour la période 2028-2030.

Pour atteindre ces objectifs, l’opérateur doit maintenir des réseaux capables de supporter plus de trafic, d’offrir des services aux entreprises et d’intégrer de nouvelles charges liées à l’intelligence artificielle, au cloud et aux applications distribuées. Parallèlement, il doit éviter que la dépense en infrastructure ne dépasse la croissance des revenus.

C’est là l’un des grands défis technologiques pour la nouvelle Telefónica. La vente d’actifs ou la réduction de la structure peut améliorer les comptes à court et moyen terme, mais une absence d’investissements prolongée aurait un impact négatif sur la qualité, la capacité et l’évolution des réseaux.

Les données disponibles ne permettent pas d’affirmer que Telefónica abandonne des technologies comme l’edge computing ou qu’elle se désengage de son infrastructure numérique. Il s’agit plutôt d’un changement de modèle : moins de capital immobilisé directement dans certains actifs, plus de collaboration avec des partenaires, et une sélection plus stratégique des secteurs où investir.

Pour le secteur technologique, cette distinction est significative. Telefónica reste propriétaire et opérateur d’une vaste infrastructure de communication, mais sa stratégie semble désormais orientée vers la maîtrise sélective de certaines couches et la gestion externalisée d’autres via des accords de partenariat.

Questions fréquentes

Telefónica abandonne-t-elle l’edge computing ?

Non. Telefónica a achevé le déploiement de 17 nœuds d’edge computing en Espagne en 2026. Elle maintient cette technologie dans son infrastructure numérique.

Telefónica a-t-elle vendu ses centres de données ?

Telefónica a vendu en 2019 onze centres à Nabiax, et par la suite a apporté quatre autres centres en échange d’une participation de 20 % dans Nabiax. Elle continue de gérer des serveurs et de maintenir des contrats avec les clients dans ces centres.

Quel rôle jouent Starlink et autres constellations dans la stratégie de Telefónica ?

Telefónica a testé la connectivité via satellites LEO de Starlink et travaille sur des initiatives de connectivité Direct-to-Device. Ces solutions sont envisagées comme des compléments pour certains scénarios en complément des réseaux terrestres.

Combien de départs sont prévus dans le cadre du plan d’ajustement en Espagne ?

Les accords prévoient un maximum de 5 870 départs, impliquant Telefónica Espagne et certaines unités corporatives du groupe en Espagne.

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